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En couverture : « Et la mort elle est à qui ? Elle est à nous ! », de Katja Bot

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Actualités d’ici & d’ailleurs

- Une réforme antisociale – Chômeuses go on ! – Le nouveau mode de calcul de l’allocation chômage est entré en vigueur le 1er octobre. Dans les mois à venir, les personnes alternant périodes travaillées et chômées verront leurs indemnités baisser drastiquement. Si les hommes sont statistiquement légèrement majoritaires dans les rangs des demandeurs d’emploi, cette réforme impactera aussi de façon notable les femmes, a fortiori les (...)



Par Soulcié {JPEG}



Vingt-sept ans après le génocide des Tutsis
La France et les leçons du Rwanda

paru dans CQFD n°200 (juillet-août 2021), par Benoît Godin, illustré par

Le 27 mai dernier, dans un discours très médiatisé prononcé à Kigali, un président de la République reconnaissait enfin une « responsabilité accablante » de la France dans le génocide des Tutsis en 1994. Emmanuel Macron faisait alors sienne la formule du rapport Duclert, rendu public deux mois plus tôt. Dans le même temps pourtant, il refusait de présenter des excuses et rejetait l’idée d’une complicité française. Pour les rescapés, pour tous ceux et celles qui ont combattu pour mettre en lumière le rôle de l’État français dans cette tragédie, ces mots, si tardifs, apparaissent tout à la fois essentiels et insuffisants. Surtout, ils doivent maintenant se traduire en actes, particulièrement sur le terrain judiciaire.

Kabuga, Rwanda, avril 2019. Derrière la palissade se trouvait un charnier. Un an plus tôt, les confidences d'un génocidaire avaient permis la découverte de nombreuses fosses communes dans cette ville ordinaire de la périphérie de Kigali. D'après les associations de rescapés, près de 40 000 corps y gisaient / Photo d'Alexis Huguet {JPEG}

« Nous étions parvenus à nous échapper en passant par le Burundi. Une autre partie de ma famille a pris un autre chemin, tous se sont fait tuer. J’ai pu rejoindre la région de Bordeaux où vivait déjà ma sœur. Tout de suite, j’ai compris que j’arrivais dans un pays qui était de l’autre côté. À la télévision, on ne parlait pas de génocide, mais de conflits interethniques ou tribaux. Il y avait une volonté évidente que ça reste une violence de là-bas. »

Adélaïde Mukantabana, une « survivante » comme elle se présente, l’admet : lorsqu’elle atterrit en France peu après avoir fui les massacres, elle ne mesure pas encore à quel point sa terre d’accueil est en effet « un pays de l’autre côté ». Bien sûr, depuis l’opération Noroît [1], elle sait que l’État français appuie avec force le régime raciste du dictateur Juvénal Habyarimana. Mais elle n’apprendra que bien plus tard la profondeur de ce soutien aux extrémistes hutus qui a duré tout au long du génocide, et se poursuivra même longtemps après [2]. Cette réalité atroce et stupéfiante, déjà connue à l’époque des faits, archidocumentée depuis, sue du monde entier, la France va s’acharner à la dissimuler pendant plus de vingt-cinq ans.

C’est dire l’événement qu’a représenté la publication ce 26 mars du rapport de la commission présidée par l’historien Vincent Duclert et chargée par l’Élysée « d’analyser le rôle de la France durant cette période ». De nombreuses interrogations entouraient cette commission, mise en place par un Macron que l’on sait adepte des coups marketing, hébergée au ministère des Armées, bousculée par des polémiques autour de sa composition, amenée à ne travailler qu’à partir d’archives [3]… De quoi faire craindre une nouvelle tentative d’absoudre la France de ses fautes et de prolonger (...)




15 % des grossesses se soldent par une fausse couche. Si l’événement est souvent banal du point de vue physiologique, il l’est parfois moins pour le moral des premières concernées. Tout près de nous, des femmes le vivent ou l’ont vécu. Une amie, une mère, une collègue. Certaines font face à la douleur de la perte, au deuil à entamer. Parce que ces souffrances sont encore trop souvent passées sous silence, les femmes qui témoignent ici ont pris la parole pour briser le tabou.

Illustration de Pole Ka

Parmi les injonctions patriarcales qui pèsent sur les femmes, il y a celle de la maternité. Pensés comme des machines à reproduire, leurs utérus ne leur appartiennent toujours pas entièrement. Tout du moins, l’État et le corps médical s’arrogent le droit de définir à leur place si l’embryon ou le fœtus qu’elles portent est ou (...)


Romancier contempteur de toutes les dominations, Jean Meckert voit ses œuvres rééditées, et c’est une bonne nouvelle. Viennent de paraître un recueil de reportages, Chez les anarchistes (éd. Joseph K.), et un roman, La Ville de plomb (éd. Joëlle Losfeld).

Le réel, c’est la domination : des riches sur les pauvres, des hommes sur les femmes – et c’est le réel que décrit Jean Meckert (1910-1995), dont on republie peu à peu les livres. Dans ses romans d’une noirceur presque écœurante (Les Coups, Nous avons les mains rouges, Je suis un monstre…), parus de 1942 à 1952 chez Gallimard, (...)


Sur la pauvreté en France, Emmanuel Macron et le Secours catholique ne sont pas d’accord. Mais qui donc croire ?

« Grâce à une politique d’hébergement social inédite et aux aides exceptionnelles versées, nous avons évité à près d’un demi-million de nos compatriotes de basculer dans la pauvreté. »

Cette perle proférée par Emmanuel Macron lors de son autocélébration télévisuelle du 9 novembre extrapole des statistiques de l’Insee sur le (...)


Toujours peu porté sur les réjouissances, notre jovial camarade Chien Noir a vu cet été se télescoper deux actualités brûlantes : l’Europe en feu des suites du réchauffement climatique et l’arrivée surmédiatisée d’un footballeur-star au PSG. Il en a tiré ce texte.

Truc de dingue.

Un rêve éveillé, pur miracle, à pas en croire son bulletin d’information, à dégoupiller de joie dans la rue en montrant ses deux lunes à tout un chacun.

Il a signé chez nous.

Le joueur le plus exceptionnel de la planète Terre a choisi notre club.

J’ai appris la mirifique nouvelle alors que je zappais de chaîne en (...)


Longtemps marginale en France, la sépulture en caveau à étages (enfeu) se développe un peu partout, sous la pression de l’explosion du prix du foncier. Plus ou moins admise culturellement, cette pratique promet aux cimetières un avenir vertical triomphant, et surtout low cost.

Photo de Clair Rivière

Vues de l’autoroute, elles écrasent le paysage du cimetière Saint-Pierre, à Marseille, avec leurs silhouettes de « parkings des allongés », comme le chantait Allain Leprest. De près, la visite des « cathédrales du silence » ne dément pas l’impression : sur quatre à huit étages, les sept bâtiments de ces « HLM de la mort » empilent (...)


Des émeutes de 2005 au mouvement des Gilets jaunes, de la mort de Rémi Fraisse à la gestion policière de la crise sanitaire, l’État n’a cessé de s’enfoncer dans la brutalité. Engagé dans des collectifs de mutilés et chercheur en sciences sociales, Pierre Douillard-Lefèvre vient de publier une saisissante radiographie de ce durcissement durable du maintien de l’ordre. Paru en septembre chez Grevis, Nous sommes en guerre – Terreur d’État et militarisation de la police tente également d’esquisser des pistes de résistance. Entretien.

Illustration d'Aurélien Godin

En 2016, tu as écrit L’Arme à l’œil  [1], sous-titré « Violences d’État et militarisation de la police ». Dans ton nouvel ouvrage, tu utilises plutôt l’expression « terreur d’État ». Pourquoi ce changement de termes ?

« J’ai été blessé à l’œil droit par un tir de lanceur de balles de défense – LBD 40 – en (...)


Le 6 septembre 2021, six prisonniers palestiniens s’évadent de la taule de Gilboa, dans le nord d’Israël, après avoir creusé un tunnel à l’aide de cuillères. Parmi eux, une célébrité : Zakaria Zubeidi. L’homme vient de Jénine et c’est dans le soulèvement des camps que s’est forgée son histoire.

Illustration de Gwen Tomahawk

Le temps des brigades

Zakaria est né en 1976. Son père est ouvrier et meurt d’un cancer, sa mère élève seule huit enfants. Il a 11 ans quand éclate la première Intifada. À 13 ans il reçoit une balle dans le genou ; à 14 il est envoyé en prison pour six mois. Avec les accords d’Oslo s’établit l’Autorité palestinienne (AP). (...)


La pauvreté et l’isolement se poursuivent jusque dans la tombe. De nombreuses personnes en grande précarité ou à la rue sont ainsi privées de funérailles décentes. Une situation qui n’émeut pas grand monde en dehors d’une poignée d’associations. De Rennes à Paris en passant par Marseille, leurs membres se démènent pour organiser des cérémonies dignes pour celles et ceux dont l’existence a été volée par la galère.

Illustration de Théo Bedard

« Tous les soirs, lorsque je m’endors, je sais que le lendemain j’ai perdu 200 grammes. » Dans la rue, on meurt d’usure, comme s’y attendrait presque Samir [1]. On meurt de suicide, de maladie, d’accidents. On meurt aussi d’épuisement comme ce fut le cas d’un autre Samir, dit « Samy », âgé de 48 ans, parti à l’hôpital pour (...)


Une réforme antisociale
Chômeuses go on !

paru dans CQFD n°203 (novembre 2021), par Tiphaine Guéret, illustré par

Le nouveau mode de calcul de l’allocation chômage est entré en vigueur le 1er octobre. Dans les mois à venir, les personnes alternant périodes travaillées et chômées verront leurs indemnités baisser drastiquement. Si les hommes sont statistiquement légèrement majoritaires dans les rangs des demandeurs d’emploi, cette réforme impactera aussi de façon notable les femmes, a fortiori les mères, fréquemment abonnées aux carrières fractionnées et aux emplois à temps partiel.

Illustration de Clément Buée

Devant les marches du World Trade Center Marseille Provence, centre des congrès campé à deux rues du Vieux-Port, l’angoisse de Maria * est palpable. On est le 12 octobre, la refonte du mode de calcul de l’allocation chômage est entrée en vigueur le 1er. Après un remplacement dans une maison de retraite et une période de chômage, (...)



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