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En couverture : « Justice : l’obsession punitive » (par Émilie Seto

Quelques articles seront mis en ligne au cours du mois. Les autres seront archivés sur notre site progressivement, après la parution du prochain numéro. Ce qui vous laisse tout le temps d’aller saluer votre marchand de journaux ou de vous abonner...

Actualités d’ici & d’ailleurs

- Accès aux droits des étrangers : Covid, la galère de plus – Pandémie oblige, c’est désormais uniquement par internet que les étrangers doivent adresser leurs demandes aux préfectures. Sauf que les réponses de l’administration sont rares. Déjà malmené d’ordinaire, leur accès aux droits subit de nouvelles entraves. Cas pratique dans les Bouches-du-Rhône.

- Chasse aux migrants : « Ça ne peut pas arriver en France, tout de même ? » – (...)



Par Tommy



Parce qu’elles sont soumises à un contrôle accru et à un conditionnement de leur financement, certaines associations d’éducation populaire finissent par accompagner l’État dans ses dérives réactionnaires. Du soutien au Service national universel à la ratification d’une déclaration contre le « séparatisme », l’éduc’ pop’ prend l’eau.

Par Clément Buée {JPEG}

« Un dialogue de sourds » : c’est par ces mots que la Fédération des centres sociaux (FCSF) décrit sur son site la rencontre qu’elle a organisée en octobre entre la secrétaire d’État à la Jeunesse et une centaine de jeunes de toute la France. Réunis à Poitiers, ces derniers ont reçu la visite de Sarah El Haïry à l’issue de trois jours de débats sur « la place des religions dans la société ». Le rendez-vous a rapidement tourné au fiasco. D’un côté, des adolescent·es et des jeunes adultes dénonçant les discriminations dont ils sont victimes ; de l’autre, Sarah El Haïry qui crée le malaise en déroulant un catéchisme pseudo-républicain hors-sol [1], avant de tenter de couper court au débat en entonnant La Marseillaise devant une salle incrédule.

Avec ses collègues de La Boîte sans projet, une association d’éducation populaire basée à Amiens, Romain Ladent a animé des ateliers pendant cette semaine de débats. Il raconte : « La secrétaire d’État ne s’attendait visiblement pas à trouver en face d’elle des jeunes qui s’interrogent sur les contours des règles sur la laïcité, qui pointent du doigt des incohérences, en argumentant. Pourquoi sont-ils autorisés à porter des signes religieux dans un centre social ou un lycée privé, mais pas dans un établissement public  ? Quand ils ont parlé de discriminations liées à leur couleur de peau et à leur religion, elle s’est enfermée dans le déni, alors que les jeunes cherchaient à montrer qu’ils ne témoignaient pas d’exemples individuels, mais d’une réalité structurelle. »

Répression des associations

Sarah El Haïry pensait sans doute arriver en terrain conquis. Deux jours plus tôt, le 20 octobre, elle avait obtenu des principales associations et fédérations d’éducation populaire (dont la FCSF) qu’elles signent une déclaration commune (...)




Entretien avec l’auteur d’À la ligne, pépite noire décrivant trois années passées dans l’enfer quotidien des abattoirs et conserveries de poisson. Il y est question de temps volé par le capitalisme, de travail à la chaîne, des différentes facettes du monstre-usine et de littérature qui rue dans les brancards.

Par Baptiste Alchourroun {JPEG}

Ce 24 février 2021, six mois après la publication de cet entretien sur papier dans le n°190 de CQFD, nous apprenons le décès de Joseph Ponthus. Nous publions donc cet entretien sur ce site en guise d’hommage.

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L’ami Joseph Ponthus, dit Ubi pour les intimes d’alors, je l’ai connu il y a quelques années à l’époque de feu (...)


Dans la région du sertão, au nord-est du Brésil, le peuple autochtone des Pankararu résiste aux pressions pour continuer à occuper librement ses terres, spoliées pendant la colonisation portugaise. Au terme d’une lutte acharnée, les Pankararu ont finalement réussi à faire reconnaître par l’État brésilien leurs droits sur une partie de leur territoire d’origine. Ils restent pourtant menacés par les anciens occupants des terrains, confortés par l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro et l’inaction des pouvoirs publics.

Photographie de Narimane Baba Aïssa et Lucas Roxo

« C’est de la vengeance gratuite : comme les anciens propriétaires ne peuvent plus occuper ces terres, ils font en sorte que nous ne puissions pas y vivre en paix », déplore Alexandre Pankararu Santos, cinéaste et responsable de la communication pour la communauté, en évoquant les récentes intimidations auxquelles son peuple a été (...)


De quelques mécanismes de justice de classe
Condamnés d’avance

paru dans CQFD n°195 (février 2021), par Clair Rivière, illustré par

Pourquoi les pauvres et les immigrés sont-ils si nombreux en prison ? Tentative de réponse à l’aune des sciences sociales.

Par Gwen Tomahawk

Parmi les détenus incarcérés en 2014, plus de 43 % n’avaient aucun diplôme. Et 76 % ne dépassaient pas le niveau CAP [1]. En clair : les prisons françaises sont remplies de personnes socialement défavorisées. Autre réalité : en 1999, 30 % des détenus avaient un père né en Afrique, contre 7,6 % dans la population générale [2](...)


Le retour d’un modèle traditionnel
Repenser la justice en terre Navajo

paru dans CQFD n°195 (février 2021), par Marine Bobin, illustré par

Les Navajos, plus grande nation amérindienne des États-Unis, ont mis en place à partir des années 1980 une justice inspirée de celle qui avait cours avant la colonisation. Ici, plutôt que punir, on tente via le peacemaking de réparer les torts et de restaurer les relations brisées.

Illustration de Victor

Lorsqu’on laisse dans son dos la ville de Flagstaff (Arizona) et que l’on emprunte la route 89 qui mène tout droit jusqu’à Tuba City, on remarque à peine, au niveau de Gray Mountain, le panneau « Now entering Navajo Nation » signalant l’entrée de la plus grande réserve amérindienne des États-Unis. Il faudra attendre un peu, être (...)


Qu’est-ce que punir ? Pourquoi punir ? Qui punit-on ? En 2017, le sociologue Didier Fassin tentait de répondre à ces questions dans un stimulant essai, Punir : une passion contemporaine. Mettant les théories de la peine à l’épreuve d’observations ethnographiques, il critiquait sévèrement le « moment punitif » que nous vivons depuis une quarantaine d’années : une époque où l’obsession pour le châtiment a engendré une augmentation colossale – et discriminatoire – de la population carcérale, alors même que la criminalité est en baisse. Entretien.

Illustration de Vincent Croguennec

Dès la première phrase du livre, le constat est implacable : « La France traverse la période la plus répressive de son histoire récente en temps de paix. » Dans Punir : une passion contemporaine [1], Didier Fassin tente de comprendre pourquoi le nombre de personnes emprisonnées est passé d’environ 20 000 en 1955 à plus de 70 000 au (...)


En ces temps de galère covidée, il est d’autant plus important de soutenir les lieux et collectifs qui se bougent les fesses pour venir en aide à ceux qui se prennent la crise de plein fouet : les plus précaires. C’est le cas de la Dar Lamifa, espace associatif marseillais et lieu d’organisation de maraudes, qui aurait bien besoin d’un coup de main. On fait tourner.

Vaillant espace associatif culturel niché rue d’Aubagne, entre Noailles et le cours Julien, la Dar Lamifa a dû fermer ses portes aux concerts, spectacles et ateliers – coronavirus oblige. Dès le premier confinement, elle est devenue la base arrière de divers groupes de maraudeurs et maraudeuses, préparant et distribuant des repas aux (...)


Courrier d’une autre Amérique
De la guerre de Sécession au Capitole

paru dans CQFD n°195 (février 2021), par John Marcotte, Mickael Correia, illustré par

Camionneur à la retraite, John Marcotte a milité au sein d’un courant marxiste humaniste influencé par l’intellectuel caribéen C.L.R. James. Depuis l’an dernier, il nous envoie régulièrement d’outre-Atlantique ses analyses sur une nation gangrenée par le racisme depuis ses origines. Ce mois-ci, il revient sur l’invasion du Capitole le 6 janvier dernier. Un événement inscrit selon lui dans la continuité de l’histoire de la domination blanche aux États-Unis.

Collage de 20100

Une évidence : ce suprématisme blanc n’a rien de nouveau. Les événements auxquels nous assistons – assaut du Capitole en tête – marquent la résurgence de vieilles contradictions datant de la fondation de cet État colonial. Elles ont conduit à une guerre civile, gagnée militairement [1] puis perdue politiquement, et dont les Noirs (...)


On a reçu ce texte il y a quelques jours, signé du CCFR (Collectif des combattantes et combattants francophones du Rojava). Il est consacré à l’arrestation de sept personnes par la DGSI en décembre 2020 pour « association de malfaiteurs terroristes » et dénonce les calculs politiques grossiers impulsant cette affaire, qui rappelle grandement le fiasco Tarnac. Avec au cœur de la manipulation soi-disant « antiterroriste » la présence parmi les personnes arrêtées d’un ancien volontaire des YPG, qui a combattu au Rojava contre Daesh. Les logiques dénoncées dans ce texte d’intervention nous semblant particulièrement importantes, on a décidé de le publier, en soutien aux sept personnes mises en examen.

En décembre dernier, sept personnes ont été arrêtées par la DGSI et mises en examen pour « association de malfaiteurs terroriste ». Un ancien volontaire du YPG, les forces armées du Kurdistan syrien, a été désigné comme le meneur du groupe et incarcéré. De cette affaire nous ne connaissons que ce qui a fuité dans la presse. Quelques (...)


L’hiver froid et humide n’y change rien : plusieurs fois par semaine, les préfectures du Nord et du Pas-de-Calais font démanteler des campements de migrants, détruisant leurs tentes voire leurs effets personnels. Des opérations indignes que les forces de l’ordre tentent de cacher : à plusieurs reprises, le photographe Louis Witter et le journaliste Simon Hamy se sont vu refuser l’accès aux lieux. Pour pouvoir couvrir ces incessantes expulsions, les deux reporters ont déposé un référé-liberté auprès du tribunal administratif de Lille : en vain [3]. Ils nous livrent ici le récit de la matinée du 29 décembre dernier, pendant laquelle ils ont pu se faufiler entre les mailles du filet et documenter le démantèlement du campement du Puythouck, à Grande-Synthe, dans la périphérie de Dunkerque.

Photographie de Louis Witter

« Brother, there is an expulsion in Grande-Synthe, are you coming ? » Dès le coup de fil d’un bénévole afghan, nous savions à peu près ce que nous allions trouver sur place. Un coup d’autoroute à 110 à l’heure plus tard, nous nous retrouvons à la queue d’un convoi, bus, bennes, police, qui fait lentement le tour du rond-point (...)



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