CQFD

En couverture : "Le complotisme nuit gravement à la lutte sociale", de Marine Summercity

Quelques articles seront mis en ligne au cours du mois. Les autres seront archivés sur notre site progressivement, après la parution du prochain numéro. Ce qui vous laisse tout le temps d’aller saluer votre marchand de journaux ou de vous abonner...

Actualités d’ici & d’ailleurs

- Déchets nucléaires : À Bure, le débat public six pieds sous terre – La future poubelle nucléaire de Bure (Meuse) fait actuellement l’objet d’une enquête publique. N’y voyant qu’une simple formalité préalable à la déclaration d’utilité publique du projet, les opposants dénoncent un « simulacre de démocratie ». Reportage.

Illustration de Martin Viot

- « 7 de Briançon » : Et à la fin, c’est la solidarité qui gagne (ou presque) – Condamnés en (...)





Vingt-sept ans après le génocide des Tutsis
La France et les leçons du Rwanda

paru dans CQFD n°200 (juillet-août 2021), par Benoît Godin, illustré par

Le 27 mai dernier, dans un discours très médiatisé prononcé à Kigali, un président de la République reconnaissait enfin une « responsabilité accablante » de la France dans le génocide des Tutsis en 1994. Emmanuel Macron faisait alors sienne la formule du rapport Duclert, rendu public deux mois plus tôt. Dans le même temps pourtant, il refusait de présenter des excuses et rejetait l’idée d’une complicité française. Pour les rescapés, pour tous ceux et celles qui ont combattu pour mettre en lumière le rôle de l’État français dans cette tragédie, ces mots, si tardifs, apparaissent tout à la fois essentiels et insuffisants. Surtout, ils doivent maintenant se traduire en actes, particulièrement sur le terrain judiciaire.

Kabuga, Rwanda, avril 2019. Derrière la palissade se trouvait un charnier. Un an plus tôt, les confidences d'un génocidaire avaient permis la découverte de nombreuses fosses communes dans cette ville ordinaire de la périphérie de Kigali. D'après les associations de rescapés, près de 40 000 corps y gisaient / Photo d'Alexis Huguet {JPEG}

« Nous étions parvenus à nous échapper en passant par le Burundi. Une autre partie de ma famille a pris un autre chemin, tous se sont fait tuer. J’ai pu rejoindre la région de Bordeaux où vivait déjà ma sœur. Tout de suite, j’ai compris que j’arrivais dans un pays qui était de l’autre côté. À la télévision, on ne parlait pas de génocide, mais de conflits interethniques ou tribaux. Il y avait une volonté évidente que ça reste une violence de là-bas. »

Adélaïde Mukantabana, une « survivante » comme elle se présente, l’admet : lorsqu’elle atterrit en France peu après avoir fui les massacres, elle ne mesure pas encore à quel point sa terre d’accueil est en effet « un pays de l’autre côté ». Bien sûr, depuis l’opération Noroît [1], elle sait que l’État français appuie avec force le régime raciste du dictateur Juvénal Habyarimana. Mais elle n’apprendra que bien plus tard la profondeur de ce soutien aux extrémistes hutus qui a duré tout au long du génocide, et se poursuivra même longtemps après [2]. Cette réalité atroce et stupéfiante, déjà connue à l’époque des faits, archidocumentée depuis, sue du monde entier, la France va s’acharner à la dissimuler pendant plus de vingt-cinq ans.

C’est dire l’événement qu’a représenté la publication ce 26 mars du rapport de la commission présidée par l’historien Vincent Duclert et chargée par l’Élysée « d’analyser le rôle de la France durant cette période ». De nombreuses interrogations entouraient cette commission, mise en place par un Macron que l’on sait adepte des coups marketing, hébergée au ministère des Armées, bousculée par des polémiques autour de sa composition, amenée à ne travailler qu’à partir d’archives [3]… De quoi faire craindre une nouvelle tentative d’absoudre la France de ses fautes et de prolonger (...)




Seconde étape d’un retour récent sur les rives du Tage, où l’on plonge dans le passé colonial refoulé du Portugal, avant d’examiner la léthargie d’une société que gouverne toujours le Parti socialiste, défenseur historique de l’ordre capitaliste. Mais des éclats d’insubordination brillent ici et là.

Cet article est le deuxième pan d’une enquête consacrée aux maux du Portugal contemporain. On peut lire la première partie ICI.


Illustration L.L. de Mars

I.

Le Portugal est l’un de ces pays que l’on pense pouvoir aborder directement au présent, dans l’envoûtement de la douceur de vivre et de la beauté des lieux. C’est une forme d’aveuglement, car (...)


Un mythe peut en cacher un autre
De l’Internationale au complot juif

paru dans CQFD n°202 (octobre 2021), par Mathieu Léonard, illustré par

En 1871, pour faire diversion de leur responsabilité dans le massacre de la population parisienne, les vainqueurs de la Commune désignent la main de l’Internationale derrière l’insurrection. Cette séquence constitue un passage dans l’histoire du conspirationnisme, entre les thèses antimaçonniques et la judéophobie obsessionnelle.

Illustration de Mortimer

En cette année de commémoration de la Commune de Paris, un aspect symptomatique du conspirationnisme d’État a été négligé : ce moment où le gouvernement de Versailles va accuser contre toute vraisemblance l’Association internationale des travailleurs (AIT, dite ultérieurement première Internationale) d’en être l’instigatrice (...)


Cordistes morts au travail
Sucre amer

paru dans CQFD n°202 (octobre 2021), par Eric Louis, illustré par

En 2012, deux cordistes perdaient la vie dans un silo de sucre. Condamnés en première instance il y a deux ans, leur employeur et son donneur d’ordre, le groupe Cristal Union, ont été rejugés en appel le 21 septembre. Lui-même ancien cordiste, Éric Louis* nous raconte ce procès chargé de violence sociale.

Illustration de Pole Ka

Le 13 mars 2012, Arthur Bertelli, 23 ans, et Vincent Dequin, 33 ans, tous deux cordistes, descendent en rappel les 53 mètres du silo n° 4 de la sucrerie Cristal Union de Bazancourt (Marne). Arrivés sur le sucre, ils s’emploient à dégager une porte latérale, située à 7 mètres au-dessus du niveau du sol. Mais au bout de dix minutes, la (...)


Petit tour d’horizon des cortèges anti-passe
Le « complotisme » a-t-il bon dos ?

paru dans CQFD n°202 (octobre 2021), par Emilien Bernard, illustré par

De Marseille, on a l’impression d’un glissement vers la « confusion » et l’extrême droite des cortèges opposés à la politique sanitaire liberticide du gouvernement. Un tableau à nuancer...

Photo de Serge d'Ignazio

« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines  ? Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ? »

Ce samedi 25 septembre, sur le Vieux-Port de Marseille, une dame affable me glisse un tract fort artisanal reproduisant les paroles du « Chant des partisans », hymne de la résistance française à l’Occupation. Venue (...)


La future poubelle nucléaire de Bure (Meuse) fait actuellement l’objet d’une enquête publique. N’y voyant qu’une simple formalité préalable à la déclaration d’utilité publique du projet, les opposants dénoncent un « simulacre de démocratie ». Reportage.

Illustration de Martin Viot

Les utilisateurs de Google Street View auront-ils un aperçu réaliste de ce qu’est devenue la Meuse depuis que l’industrie du nucléaire y a planté ses griffes ? Le 15 septembre, peu avant midi, une voiture aux couleurs de l’entreprise américaine est passée deux fois devant la mairie de Montiers-sur-Saulx. Elle a filmé les fourgons (...)


Membre des collectifs d’écriture italiens d’extrême gauche Luther Blissett Project puis Wu Ming, Roberto Bui vient de sortir en Italie un livre intitulé La Q di Qomplotto (« Q comme Qomplot »). Il y revient sur l’imaginaire complotiste développé par le mouvement QAnon, qui a bousculé l’actualité américaine et mondiale et participé à l’assaut du Capitole en janvier dernier, replaçant ce moment délirant dans un champ historique et politique élargi.

Dessin d'Etienne Savoye

« Au cours de ces dix dernières années, j’ai croisé [des prédicateurs d’Apocalypse] à chaque coin de rue, dans chaque lupanar, dans les églises les plus perdues. Certains n’étaient que des charlatans et des acteurs, d’autres croyaient sincèrement à leur propre terreur. […] Ils étaient en mesure de choisir les mots justes, de (...)

Condamnés en 2018 après une manifestation antifasciste et antifrontières, les « 7 de Briançon » ont été relaxés en appel. L’un d’eux écope tout de même de quatre mois de prison avec sursis pour « rébellion ». Dans les Hautes-Alpes, l’accueil des exilés s’organise plus que jamais sans l’État, voire malgré lui. Reportage.

Photo C. R.

La présidente de la cour d’appel a prononcé la relaxe et, à la sortie du palais de justice de Grenoble, le 9 septembre dernier, Benoît Ducos en a eu les larmes aux yeux. « Quand même, c’est inespéré », soufflait ce menuisier haut-alpin de 52 ans, devenu habitué des maraudes de secours dans la neige depuis que des migrants risquent (...)


Généalogie d’une pseudo « théorie » foireuse
Grand remplacement : les racines du fiel

paru dans CQFD n°202 (octobre 2021), par Frédéric Peylet, illustré par

Apparu sous la plume de Renaud Camus, le « concept » raciste de Grand remplacement – à savoir le remplacement des populations européennes par des populations étrangères issues d’une immigration massive et « organisée » – trace une ligne inquiétante entre complotisme identitaire et politique mainstream. Des terroristes suprémacistes blancs s’en sont réclamés, la fachosphère l’agite comme une oriflamme et des politiques l’évoquent franchement dans leurs discours. Depuis dix ans, il infuse tant que ses relents imposent de questionner ses racines complotistes et ses relais médiatiques.

Collage de 20100

En 2010, Renaud Camus, écrivain (ex-membre du Parti socialiste, châtelain gersois, esthète réac, déjà épinglé pour antisémitisme [1]), se rêve un destin présidentiel et prononce diverses conférences exposant son programme : celle de Lunel (Hérault) a pour titre « Le Grand remplacement ». Le texte devient ensuite un livre du même (...)


Illustration de Jérémy Boulard Le Fur

« Complot partout, révolution nulle part ». Ainsi avions-nous titré notre numéro 127, daté de décembre 2014. Dans l’article principal du dossier, intitulé « On nous cache tout », un constat était tiré : « Les phénomènes conspirationnistes posent la nécessité d’établir un cordon sanitaire avec ceux qui occultent les rapports de (...)



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