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En couverture : « Flicage généralisé : c’est par où la sortie ? », Gwen Tomahawk

Quelques articles seront mis en ligne au cours du mois. Les autres seront archivés sur notre site progressivement, après la parution du prochain numéro. Ce qui vous laisse tout le temps d’aller saluer votre marchand de journaux ou de vous abonner...

Actualités d’ici & d’ailleurs

- Passe sanitaire : des bleus partout – Avec le passe sanitaire, le gouvernement a transformé des centaines de milliers de bistrotiers et autres personnes chargées d’accueillir du public en auxiliaires de police. Un nouveau type de flicage qui ne vient pas de nulle part.

Dessin de Nardo

- À Grenoble, une écologie sauce tartuffe – Du 16 au 28 septembre aura lieu la primaire écologiste, chargée de désigner le candidat « vert » à l’élection présidentielles (...)





Vingt-sept ans après le génocide des Tutsis
La France et les leçons du Rwanda

paru dans CQFD n°200 (juillet-août 2021), par Benoît Godin, illustré par

Le 27 mai dernier, dans un discours très médiatisé prononcé à Kigali, un président de la République reconnaissait enfin une « responsabilité accablante » de la France dans le génocide des Tutsis en 1994. Emmanuel Macron faisait alors sienne la formule du rapport Duclert, rendu public deux mois plus tôt. Dans le même temps pourtant, il refusait de présenter des excuses et rejetait l’idée d’une complicité française. Pour les rescapés, pour tous ceux et celles qui ont combattu pour mettre en lumière le rôle de l’État français dans cette tragédie, ces mots, si tardifs, apparaissent tout à la fois essentiels et insuffisants. Surtout, ils doivent maintenant se traduire en actes, particulièrement sur le terrain judiciaire.

Kabuga, Rwanda, avril 2019. Derrière la palissade se trouvait un charnier. Un an plus tôt, les confidences d'un génocidaire avaient permis la découverte de nombreuses fosses communes dans cette ville ordinaire de la périphérie de Kigali. D'après les associations de rescapés, près de 40 000 corps y gisaient / Photo d'Alexis Huguet {JPEG}

« Nous étions parvenus à nous échapper en passant par le Burundi. Une autre partie de ma famille a pris un autre chemin, tous se sont fait tuer. J’ai pu rejoindre la région de Bordeaux où vivait déjà ma sœur. Tout de suite, j’ai compris que j’arrivais dans un pays qui était de l’autre côté. À la télévision, on ne parlait pas de génocide, mais de conflits interethniques ou tribaux. Il y avait une volonté évidente que ça reste une violence de là-bas. »

Adélaïde Mukantabana, une « survivante » comme elle se présente, l’admet : lorsqu’elle atterrit en France peu après avoir fui les massacres, elle ne mesure pas encore à quel point sa terre d’accueil est en effet « un pays de l’autre côté ». Bien sûr, depuis l’opération Noroît [1], elle sait que l’État français appuie avec force le régime raciste du dictateur Juvénal Habyarimana. Mais elle n’apprendra que bien plus tard la profondeur de ce soutien aux extrémistes hutus qui a duré tout au long du génocide, et se poursuivra même longtemps après [2]. Cette réalité atroce et stupéfiante, déjà connue à l’époque des faits, archidocumentée depuis, sue du monde entier, la France va s’acharner à la dissimuler pendant plus de vingt-cinq ans.

C’est dire l’événement qu’a représenté la publication ce 26 mars du rapport de la commission présidée par l’historien Vincent Duclert et chargée par l’Élysée « d’analyser le rôle de la France durant cette période ». De nombreuses interrogations entouraient cette commission, mise en place par un Macron que l’on sait adepte des coups marketing, hébergée au ministère des Armées, bousculée par des polémiques autour de sa composition, amenée à ne travailler qu’à partir d’archives [3]… De quoi faire craindre une nouvelle tentative d’absoudre la France de ses fautes et de prolonger (...)




Popularisées par des films grand public comme Priscilla, folle du désert, les drag-queens sont depuis longtemps sorties de l’ombre. Moins connu, leur pendant masculin, le « drag-king », se démocratise peu à peu à la faveur de l’intérêt grandissant pour les questions queer. Prenant sa source dans les bars lesbiens underground des années 1990, la pratique revêt une dimension émancipatrice pour qui s’y adonne loin des strass et paillettes. Plongée dans un univers qui ambitionne de faire des « fringues d’hommes » portées par des femmes des armes de destruction massive des stéréotypes de genre.

Photo Yann Levy

Barbe de trois jours et bonnet vert vissé sur les oreilles, Joe porte fièrement sa salopette de bleu de travail. L’homme est docker sur le port de Marseille. Marié, trois enfants, chez lui rien ne dépasse si ce n’est quelques poils s’échappant de son marcel. Rien, ou presque : il lui arrive parfois de passer la nuit avec un homme. On (...)


Tissu révolutionnaire, junte dans la galère
En Birmanie, des pagnes contre les tanks

paru dans CQFD n°201 (septembre 2021), par Laurent Perez

Les Birmanes se sont massivement mobilisées contre le coup d’État militaire de février dernier. Se saisissant du mythe patriarcal selon lequel passer sous les vêtements d’une femme peut faire perdre la puissance virile à un homme, les manifestantes ont accroché leurs jupes sur du fil à linge au milieu de la rue pour ralentir l’avancée des tanks.

Le 8 mars 2021, dans le quartier kachin de San Chaung, à Rangoun, les manifestantes et manifestants des « lignes de défense » (casqués de jaune et de blanc) se protègent derrière des {htamein} suspendus. On distingue, au fond, des camions de la police.

Le 1er février dernier, la Tatmadaw, toute-puissante armée birmane, invalidait les élections législatives de novembre 2020 où ses partisans venaient de prendre une sacrée dérouillée. En parallèle, elle arrêtait les leaders du mouvement démocratique – dont « la Dame », Aung San Suu Kyi, Première ministre de facto depuis 2016 – et (...)


Du 16 au 28 septembre aura lieu la primaire écologiste, chargée de désigner le candidat « vert » à l’élection présidentielles 2022. Parmi les cinq aspirants déclarés, un certain Éric Piolle, maire de Grenoble depuis 2014, ancien ingénieur informatique ayant le vent médiatique en poupe et se rêvant un destin national. Et tant pis si son bilan écologique municipal est proche du néant, comme le détaille un journaliste du canard local farouchement indépendant Le Postillon dans son livre Le Vide à moitié vert – La gauche rouge-verte au pouvoir : le cas de Grenoble. On lui a posé quelques questions.

Dessin de Nardo

Certains les traitent de « briseurs d’espoir ». Et c’est logique en un sens. Car les rédacteurs du très conseillé canard de combat grenoblois Le Postillon ne mâchent ni leurs mots ni leurs arguments quand il s’agit de pointer les tartufferies de la municipalité grenobloise « rouge-verte » aux commandes. Pire, l’un des contributeurs (...)


« Il est où le patron ? » Cette question, de nombreuses paysannes l’ont déjà entendue. Une phrase sexiste récurrente qui illustre bien les problématiques auxquelles elles font face. C’est aussi le titre qu’ont choisi les Paysannes en polaire, cinq agricultrices du Sud-Est qui se sont alliées à la dessinatrice Maud Bénézit pour mettre en bande dessinée ces situations, les dénoncer et se donner de la force pour lutter.

Photo de Maud Bénézit

Environ un quart des exploitant·es agricoles en France sont des femmes. Si ces dernières décennies, les agricultrices ont conquis certains droits, comme la création en 1980 du statut de « co-exploitante » ou encore l’obtention d’un congé maternité équivalent à celui des salariées en 2008, le tableau est loin d’être reluisant [(...)


Fragments d’une histoire genrée des vêtements
« La fabrique des apparences est politique »

paru dans CQFD n°201 (septembre 2021), par Laurent Perez

Dès l’enfance, le vêtement détermine les normes des genres : aux filles, les jupettes roses ; aux garçons, les shorts bleus. Il est donc un reflet idéal des rapports de domination à diverses époques, ainsi qu’un enjeu majeur des luttes féministes. L’historienne Christine Bard, professeure d’histoire contemporaine à l’université d’Angers et présidente de l’association Archives du féminisme, a ainsi publié en 2010 une histoire politique du pantalon et Ce que soulève la jupe : identités, transgressions, résistances, qui prolongeaient son essai sur Les Garçonnes — mode et fantasmes des Années folles, réédité cet automne chez Autrement. Entretien.

Les femmes portent des robes à fleurs roses, les mecs se fringuent comme des croque-morts : les normes vestimentaires en vigueur jusqu’aux années 1960, et les assignations de genre qu’elles supportent et prolongent jusqu’à nos jours, sont un phénomène relativement récent à l’échelle de l’histoire, reflet des bouleversements (...)


Un pas de plus vers la société du tout-contrôle
Passe sanitaire : des bleus partout

paru dans CQFD n°201 (septembre 2021), par Emilien Bernard & Clair Rivière, illustré par

Avec le passe sanitaire, le gouvernement a transformé des centaines de milliers de bistrotiers et autres personnes chargées d’accueillir du public en auxiliaires de police. Un nouveau type de flicage qui ne vient pas de nulle part.

Photo de Serge d'Ignazio

Fin août, Marseille, une heure du mat’. José * se présente aux deux chauffeurs du FlixBus censé le conduire vers le Sud-Ouest après des vacances en terre phocéenne. Il ne stresse pas, pense entrer easy. Il faut dire qu’il a mené ces derniers jours un véritable marathon administratif pour être en règle. Atteint du Covid en mars, il (...)


Comment un simple contrôle routier a-t-il pu s’achever par la mort de Souheil, 19 ans, d’une balle policière en plein thorax ? Tandis que le parquet de Marseille parle de légitime défense, la famille demande une enquête indépendante.

Souheil El Khalfaoui avait 19 ans, un bébé de 14 mois et probablement quelques rêves dans la vie. Il est mort le 4 août dans le quartier marseillais de la Belle de Mai, d’une balle dans le thorax tirée par un policier. « Comment ? Pourquoi ? », lisait-on une semaine plus tard sur une pancarte tendue par des proches au milieu du (...)


Politique, l’art de la sape ? Oui. Et pas qu’un peu. Outil d’affirmation de soi et de construction identitaire, symbole d’appartenance communautaire, marqueur social, objet de domination et sujet de luttes émancipatrices, le vêtement est tout ça à la fois et plus encore. Dans son dossier de septembre, CQFD explore quelques liens unissant les fringues aux mouvements qui contestent le pouvoir en place et/ou l’ordre établi.

Par Maïda Chavak {JPEG}

Des pompes de luxe peuvent-elles servir une cause ? Fondatrice du comité Adama, du nom de son frère mort en 2016 après avoir été interpellé par des gendarmes, Assa Traoré considère vraisemblablement que oui. En juin 2021, la militante antiraciste poste sur Facebook une photo d’elle posant poing levé et paire de Louboutin aux pieds. Le (...)


Toute honte bue, une petite troupe d’intellectuels conservateurs français instrumentalise la situation des femmes afghanes pour casser de la féministe.

Brice Couturier est un éditocrate réac, ennemi de longue date des « islamo-gauchistes » et de l’honnêteté intellectuelle. Le 21 août, six jours après la chute de Kaboul, il twitte la photo d’une avenue parisienne déserte, accompagnée de cette légende : « Les femmes afghanes, retombées sous la coupe des islamistes talibans, remercient (...)



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