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En couverture : « Santé connectée : Allô, écran, bobo », de Aurélien Godin

Quelques articles seront mis en ligne au cours du mois. Les autres seront archivés sur notre site progressivement, après la parution du prochain numéro. Ce qui vous laisse tout le temps d’aller saluer votre marchand de journaux ou de vous abonner...

Actualités d’ici & d’ailleurs

- Exilés dans la boue et le froid : l’état assume – À Calais, 37 jours de grève de la faim. À Briançon, l’occupation de la gare et une procédure judiciaire. Ces dernières semaines, des militants solidaires usent de procédés percutants pour faire revenir l’État à un minimum d’humanité dans le traitement des personnes migrantes. Sans grand succès pour le moment.

Illustration de Pirrik

- Frontière franco-anglaise : Effets de manche – Largement (...)





Vingt-sept ans après le génocide des Tutsis
La France et les leçons du Rwanda

paru dans CQFD n°200 (juillet-août 2021), par Benoît Godin, illustré par

Le 27 mai dernier, dans un discours très médiatisé prononcé à Kigali, un président de la République reconnaissait enfin une « responsabilité accablante » de la France dans le génocide des Tutsis en 1994. Emmanuel Macron faisait alors sienne la formule du rapport Duclert, rendu public deux mois plus tôt. Dans le même temps pourtant, il refusait de présenter des excuses et rejetait l’idée d’une complicité française. Pour les rescapés, pour tous ceux et celles qui ont combattu pour mettre en lumière le rôle de l’État français dans cette tragédie, ces mots, si tardifs, apparaissent tout à la fois essentiels et insuffisants. Surtout, ils doivent maintenant se traduire en actes, particulièrement sur le terrain judiciaire.

Kabuga, Rwanda, avril 2019. Derrière la palissade se trouvait un charnier. Un an plus tôt, les confidences d'un génocidaire avaient permis la découverte de nombreuses fosses communes dans cette ville ordinaire de la périphérie de Kigali. D'après les associations de rescapés, près de 40 000 corps y gisaient / Photo d'Alexis Huguet {JPEG}

« Nous étions parvenus à nous échapper en passant par le Burundi. Une autre partie de ma famille a pris un autre chemin, tous se sont fait tuer. J’ai pu rejoindre la région de Bordeaux où vivait déjà ma sœur. Tout de suite, j’ai compris que j’arrivais dans un pays qui était de l’autre côté. À la télévision, on ne parlait pas de génocide, mais de conflits interethniques ou tribaux. Il y avait une volonté évidente que ça reste une violence de là-bas. »

Adélaïde Mukantabana, une « survivante » comme elle se présente, l’admet : lorsqu’elle atterrit en France peu après avoir fui les massacres, elle ne mesure pas encore à quel point sa terre d’accueil est en effet « un pays de l’autre côté ». Bien sûr, depuis l’opération Noroît [1], elle sait que l’État français appuie avec force le régime raciste du dictateur Juvénal Habyarimana. Mais elle n’apprendra que bien plus tard la profondeur de ce soutien aux extrémistes hutus qui a duré tout au long du génocide, et se poursuivra même longtemps après [2]. Cette réalité atroce et stupéfiante, déjà connue à l’époque des faits, archidocumentée depuis, sue du monde entier, la France va s’acharner à la dissimuler pendant plus de vingt-cinq ans.

C’est dire l’événement qu’a représenté la publication ce 26 mars du rapport de la commission présidée par l’historien Vincent Duclert et chargée par l’Élysée « d’analyser le rôle de la France durant cette période ». De nombreuses interrogations entouraient cette commission, mise en place par un Macron que l’on sait adepte des coups marketing, hébergée au ministère des Armées, bousculée par des polémiques autour de sa composition, amenée à ne travailler qu’à partir d’archives [3]… De quoi faire craindre une nouvelle tentative d’absoudre la France de ses fautes et de prolonger (...)




Santé connectée, santé confisquée
Fracture numérique : la plaie s’agrandit

paru dans CQFD n°204 (décembre 2021), par Frédéric Peylet, illustré par

On ne saurait parler de santé connectée sans évoquer le sort des patients dont elle entrave l’accès au soin. Entre ceux qui ne possèdent pas d’ordinateur, ceux qui maîtrisent mal ces outils et ceux qui vivent en « zone blanche », les laissés-pour-compte de la révolution numérique en matière de santé, ou autres services publics, sont nombreux. Tour d’horizon de la situation.

Illustration de Clément Buée

Dans son deux-pièces au rez-de-chaussée donnant sur l’arrière de la mairie de Vidauban (Var), Marie B., 85 ans, se sent plutôt patraque. Elle regarde avec appréhension la pendule qui indique que son infirmière ne sera pas là avant une petite heure. Sans l’aide de la soignante, impossible pour Marie de contacter son médecin : dans le (...)


À Calais, 37 jours de grève de la faim. À Briançon, l’occupation de la gare et une procédure judiciaire. Ces dernières semaines, des militants solidaires usent de procédés percutants pour faire revenir l’État à un minimum d’humanité dans le traitement des personnes migrantes. Sans grand succès pour le moment.

Illustration de Pirrik

Le 20 octobre, quand on avait rencontré Ludovic Holbein à l’église Saint-Pierre de Calais, il refusait d’envisager l’échec. Dix jours déjà qu’il avait cessé de s’alimenter. Avec sa compagne Anaïs Vogel et le prêtre Philippe Demeestère, Ludovic avait lancé une grève de la faim en solidarité avec les exilés du Calaisis, (...)


Le gars nous annonce ça l’air de rien, entre la troisième dose de vaccin et une énième loi sur la sécurité intérieure. Comme une anodine mention « corn flakes » griffonnée au milieu de la liste des courses, entre « beurre » et « moutarde ». Sauf qu’on parle d’une décision qui aura encore des implications radioactives dans plus de 100 000 ans.

Le 9 novembre, Emmanuel Macron a donc annoncé que « nous allons, pour la première fois depuis des décennies, relancer la construction de réacteurs nucléaires dans notre pays ». Ah bon ? Mais il en a causé à quelqu’un avant, le type ? Par exemple, euh, au Parlement ? Que nenni.

« En annonçant ces constructions comme une évidence déjà (...)


Numérisation des données médicales, objets connectés, téléconsultations... l’univers de la « e-santé » s’impose à grande vitesse, aussi bien dans le monde hospitalier que chez les patients. Ses promesses ? Faire avancer la recherche, rendre aux individus le pouvoir sur leur corps ou encore pallier l’effondrement annoncé du système de soins. Pas franchement convaincue par le tout numérique, la rédaction de CQFD s’est penchée sur l’envers du décor de la santé de demain.

Collage de 20100

« Le bloc et la salle de réveil ont été réquisitionnés pour créer une autre salle de réa, mais quid du matériel ? Les masques manquent, ainsi que les respirateurs. Franchement, c’est pitoyable le peu de moyens et les économies sur tout. [...] Ils font désormais appel à tous les médecins retraités et à des étudiants gratos. Tout (...)


15 % des grossesses se soldent par une fausse couche. Si l’événement est souvent banal du point de vue physiologique, il l’est parfois moins pour le moral des premières concernées. Tout près de nous, des femmes le vivent ou l’ont vécu. Une amie, une mère, une collègue. Certaines font face à la douleur de la perte, au deuil à entamer. Parce que ces souffrances sont encore trop souvent passées sous silence, les femmes qui témoignent ici ont pris la parole pour briser le tabou.

Illustration de Pole Ka

Parmi les injonctions patriarcales qui pèsent sur les femmes, il y a celle de la maternité. Pensés comme des machines à reproduire, leurs utérus ne leur appartiennent toujours pas entièrement. Tout du moins, l’État et le corps médical s’arrogent le droit de définir à leur place si l’embryon ou le fœtus qu’elles portent est ou (...)


Romancier contempteur de toutes les dominations, Jean Meckert voit ses œuvres rééditées, et c’est une bonne nouvelle. Viennent de paraître un recueil de reportages, Chez les anarchistes (éd. Joseph K.), et un roman, La Ville de plomb (éd. Joëlle Losfeld).

Le réel, c’est la domination : des riches sur les pauvres, des hommes sur les femmes – et c’est le réel que décrit Jean Meckert (1910-1995), dont on republie peu à peu les livres. Dans ses romans d’une noirceur presque écœurante (Les Coups, Nous avons les mains rouges, Je suis un monstre…), parus de 1942 à 1952 chez Gallimard, (...)


Sur la pauvreté en France, Emmanuel Macron et le Secours catholique ne sont pas d’accord. Mais qui donc croire ?

« Grâce à une politique d’hébergement social inédite et aux aides exceptionnelles versées, nous avons évité à près d’un demi-million de nos compatriotes de basculer dans la pauvreté. »

Cette perle proférée par Emmanuel Macron lors de son autocélébration télévisuelle du 9 novembre extrapole des statistiques de l’Insee sur le (...)


Toujours peu porté sur les réjouissances, notre jovial camarade Chien Noir a vu cet été se télescoper deux actualités brûlantes : l’Europe en feu des suites du réchauffement climatique et l’arrivée surmédiatisée d’un footballeur-star au PSG. Il en a tiré ce texte.

Truc de dingue.

Un rêve éveillé, pur miracle, à pas en croire son bulletin d’information, à dégoupiller de joie dans la rue en montrant ses deux lunes à tout un chacun.

Il a signé chez nous.

Le joueur le plus exceptionnel de la planète Terre a choisi notre club.

J’ai appris la mirifique nouvelle alors que je zappais de chaîne en (...)


Longtemps marginale en France, la sépulture en caveau à étages (enfeu) se développe un peu partout, sous la pression de l’explosion du prix du foncier. Plus ou moins admise culturellement, cette pratique promet aux cimetières un avenir vertical triomphant, et surtout low cost.

Photo de Clair Rivière

Vues de l’autoroute, elles écrasent le paysage du cimetière Saint-Pierre, à Marseille, avec leurs silhouettes de « parkings des allongés », comme le chantait Allain Leprest. De près, la visite des « cathédrales du silence » ne dément pas l’impression : sur quatre à huit étages, les sept bâtiments de ces « HLM de la mort » empilent (...)



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