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Aiton : autopsie d’un enfer militaire

Le bagne au pied des montagnes


paru dans CQFD n°177 (juin 2019), rubrique , rubrique , rubrique , par Iffik Le Guen, illustré par
mis en ligne le 04/08/2019 - commentaires

Bien des lignes ont été écrites sur l’histoire du bagne militaire de Biribi, en Afrique du Nord [1]. On sait moins que le dernier avatar de « l’archipel punitif » [2] organisé par l’armée française pendant deux siècles se trouvait en Savoie et qu’il n’a fermé qu’en 1972. Dans un livre tout récemment paru [3], un ancien disciplinaire témoigne.

Par L. L. de Mars {JPEG}

Besançon, juin 1968. Tout commence par une banale scène de comique troupier. Arsène Altmeyer est un appelé du contingent parmi des centaines de milliers d’autres à une époque où le service militaire ne fait encore l’objet que de contestations minoritaires dans la France profonde. Secrétaire et chauffeur d’un colonel aux manières d’aristo, il supporte de moins en moins bien d’être traité comme un domestique. Arsène est comédien dans le civil et un scénario un peu dingue lui vient à l’esprit : emprunter le plus bel uniforme du gradé pour aller passer en revue les troupes situées dans un patelin voisin. Un instant, il devient le colonel Tricque et fait marcher à la baguette 30 gendarmes mobiles.

L’armée goûte mal cette blague de potache et le pouvoir gaulliste, confronté depuis mai à une vague de révolte sans précédent dans la jeunesse estudiantine et ouvrière, veut faire un exemple. Le 14 juin, alors qu’à Paris le préfet commande en personne les effectifs de gendarmerie et de police à la reconquête, drapeau tricolore en tête, du théâtre de l’Odéon, le tribunal militaire de Metz condamne le bidasse Altmeyer pour atteinte à la dignité militaire et intelligence avec l’ennemi. C’est ce second chef d’accusation (qualifié plus tard de « grotesque » par le général Massu lui-même) qui lui vaut, en plus de six mois d’incarcération dans une citadelle militaire, un ordre de mutation pour six mois supplémentaires dans la compagnie spéciale des troupes métropolitaines (CSTM) du fort d’Aiton, héritière des bat’ d’Af’ après l’indépendance de l’Algérie. Une simple mutation ? C’est que le bagne n’a pas d’existence juridique en tant que tel. Un système très pratique pour des autorités affichant leur attachement aux valeurs républicaines et – « en même temps » – cautionnant les mauvais traitements entraînant mutilations et décès parmi la chiourme.

Encore inconscient du danger de mort pesant sur lui, dans le camion qui le transporte de la gare vers le fort, Arsène Altmeyer entrevoit à travers la bâche une inscription sur le mur d’une ferme : « Fort Aiton=SS ». Roué de coups dès son arrivée, il subit pendant six mois le quotidien du forçat : injures, humiliations à répétition, tabassages réguliers. Le calbo, « bocal », est le trou taillé dans la roche brute dans lequel officiers, sous-offs et « petits cadres » (appelés), souvent à la limite du coma éthylique, brisent les fortes têtes. Sans chauffage, sans lumière, sans bruit, sans manger pendant quinze jours. De quoi transformer les plus déterminés en morts-vivants. Il témoigne : « Le silence sépulcral, la mécanisation insupportable des faits et des gestes, la soumission zélée me plongèrent dans un univers démoniaque. »

Dès 1970, une campagne de presse, similaire à celle menée par Albert Londres contre le bagne de Guyane dans les années 1920, exige la fermeture de celui d’Aiton, en s’appuyant notamment sur la parole anonyme de certains « petits cadres » [4] : « Ce que je tiens à dire avec force, c’est que je trouve odieux de prendre de pauvres types appelés pour leur faire faire pendant seize mois de leur vie un travail d’apprenti-kapo. En ce qui concerne les grands cadres, les officiers et sous-officiers engagés, il est exact que ce sont des anciens d’Indochine et d’Algérie, pour la plupart, qui campent leur rôle de SS avec une déconcertante facilité. Il ne leur manque que le fouet pour compléter le personnage. Aiton est la survivance au XXe siècle de méthodes de répression et de châtiment dignes du Moyen Âge. » Aiton est même le théâtre de la geste gauchiste et néanmoins prolétarienne d’un Alain Geismar [5] arrêté une nuit d’octobre 1970 alors qu’il place des explosifs à la base des remparts !

Quand l’existence du bagne savoyard est rendue publique après huit ans de bons et loyaux sévices, Arsène Altmeyer est sorti depuis un an, non sans avoir été contraint à signer un formulaire l’engageant à ne porter aucune plainte contre les autorités. Ultime humiliation et preuve s’il en fallait que l’institution comme le pouvoir connaissaient parfaitement les exactions infligées aux troufions du fort d’Aiton.

Iffik Le Guen

Notes


[1On peut notamment lire Biribi de George Darien (1890) aux éditions du Serpent à plumes et Chéri-Bibi de Gaston Leroux (1913) chez Libertalia.

[2Lire Biribi – Les bagnes coloniaux de l’armée française, de Dominique Kalifa (Perrin, 2009).

[3Arsène Altmeyer, Jean-Marc Villermet, J’ai été disciplinaire au fort d’Aiton, Cabédita, 2019.

[4Le Nouvel Observateur (13/04/1970).

[5Présenté comme l’un des leaders de mai 68 avec Daniel Cohn-Bendit et Jacques Sauvageot.



11 commentaire(s)
  • Le 6 août 2019 à 22h36, par COCO -

    Bonjour,j ai fait 13 mois la bas,j en ai souffert et moi j ai terminé en 1ère section en cellule individuelle qui venaient d être construites en au du fort,mais quant on parle de gardes ss j ai honte.....je medmande ou les commentaires d anciens ont été trouvés ? Ou sont nos compagnons pour commenter ? Et puis il n y avait pas que des conscrit j étais timonier dans la Marine j e n avais même pas 19 ans et je rentrai du pacifique campagne nucléaire mururoa entre autre.....et moi j ai mérité d être là je n ai pas fait que pisser dans la soupe......ILS ne m on pas cassé,ni dressé,j en rigole encore.......

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    • Le 11 janvier à 14h47 -

      cstm une crise de rires faut pas dire n’importe quoi. fort d’aiton c’est tout simplement une prison sans cloture . une seule obligation déblayer à la main avec pioche et pelle le remblais recouvrant le fort .deux camions remplis à trois .j’ai fait six mois en 1964.la prison ne concernait que les détenus s’étant battus. arrétez vos conneries.RAB.

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      • Le 7 mars à 13h28, par Coppens christian dit coco -

        Salut jamais je n ai dit que c était une crise de rire,j ai dit qu ils m ont fait rigoler en croyant m avoir cassé.moi j ai pas fait 6 mois j en ai fait 13 j ai eu le temps d en attraper plein la gueule et toi la 1ère section t as pas connu ils l ont faite pour des gars comme moi.a bon entendeur salut.

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    • Le 30 janvier à 15h48, par JP -

      hello , j’ai fais 6 mois 11 jours entre 1964/1965 !! j’étais engagé dans la marine,, j’ai fais des conneries et me suis retrouvé au fort ... c’est vrai qu’il y avait des conditions de "séjour" très dures, mais de la à qualifier les types qui nous encadraient, de SS , c’est un gros mensonge, pour la plupart, ils faisaient leur service ! juste quelques juteux de retour d’algérie ou d’indo qui avaient tendance à se prendre pour des durs , il y en avait même un qui avait toujours son berger allemand avec lui ... et nous faisais croire qu’il était méchant !! Un chien reste un animal sociable, et celui la l’était .... En fait , il y avait plus de problèmes entre nous, certains disciplinaires étaient réellement des têtes brûlées ... Bon, fallait pas mollir sur la pelle et la pioche ... Le fort était bien planqué et recouvert ! et il fallait remplir un GMC par jour ... pour aller ensuite décharger en bord de Durance et remplir de galets ...

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    • Le 31 janvier à 19h02, par ywes17 -

      Salut à tous, je suis un ancien qui a fait 14 mois la bas et en ce qui concerne les p’tits cadres je suis d’accord avec toi, la plupart étaient juste, ils respectaient les ordres sauf un ou deux qui faisaient du zèle. J’ai fais la moitié des 14 mois en 1 er section et 2 mois complets dans les cellules du bas creusées dans la roche.

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      • Le 6 mars à 10h24, par Coppens christian dit coco -

        Salut mec,pourrais tu me dire en quelle année tu étais en haut en cellule individuelle c’est à dire en 1ère section,car j aimerai bien retrouver des potes,car nous n’etions pas nombreux .moi c’etait en 68 et69. mon premier message est en haut de la page.merci.Coco

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  • Le 17 septembre 2020 à 14h37 -

    Moi j’y étais. Affecté aux effectifs 71/06. Je faisais les incorporations, les permissions... De l’administratif.... Les classes à Vulmix, 7ème Bca Bourg Saint Maurice puis CSTM Aiton, Devenu par la suite je crois Compagnie D’instruction....Capitaine Cdt Charbonnel et Baron... Je n’ai rien vu ni noté dans les agissements mis à part les incarcérés entre eux et 1 sergent appelé qui s’est fait tabassé , parti en ambulance et plus jamais entendu parlé de lui... J’ai beaucoup de souvenirs, En particulier un certain Cappel aux arrêts de rigueur en cellule à qui je filais des cloppes/troupes car j’avais accès au stock. Souvenirs,Souvenirs quand tu nous tiens. Agt Secret 69 ans

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    • Le 24 septembre à 20h45 -

      Bonjour encore un qui veut se faire passer pour un disciplinaire et bien sûr il n à rien vu,rien noté.....pauvre clown !

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    • Le 26 septembre à 12h07 -

      Bonjour un petit cadre qui s incruste parmi les disciplinaires faut être gonflé !! et en plus il n à rien vu ni noté quel clown !! en 68/69 il y avait le capt. Montaz le lieutenant mazurier cette grande brèle désaxée et le lieutenant chapeau ce n’était pas le plus mauvais....mais on en attrapait plein la gueule surtout en 1ère section et quant toute la journée on avait creuser la montagne à coup de barre à mine ,à la pioche,et à la pelle,juste derrière le fort on avait pas le temps de se cogner sauf quand il le fallait pour défendre sa peau et cela s était où on se lavait ça après on était enfermé dans nos cellules et puis on évitait car ras le bol du calbot quand on y a gouté on évite d y retourner. Quant aux ptits cadres sauf le ptit caporel chef qui exerçait en 1ère section et qui nous venait du côté de Lille, les autres étaient tous des enfoires pour être poli et prenaient un malin plaisir à nous emmerder mais qui devaient baliser quant on sortait et que l on savait le bled ou ils crechaient .sur ce salut ptit enfoire .honte à toi.

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    • Le 2 octobre à 18h47 -

      bonjours je voulais te demandez tu étais en section spécial a aiton ? je suis arrivez a aiton d’ébus spetembre 1971 et libéré le 15 fevrier 1972 je crois que le pitaine s’étais baron brave type il a tous fais pour me sortir de se merdier quand jy étais, il y avais coco gudicéli un corse (( je ne ces pas comme sa s’écrie (( ne fais pas attention au faute (( jais apris a lire et a écrire en prison alors dsl )) je ne ces pas ci tu a connue PENNEC , DERUEL , GRANDEMACHE ,GLESE ,et d’autre que je ne me souvien pas de leur nom en plus jais perdu beaucoup de photo que l’omomier nous fesais avoir (( super brave type il me menez du pastis dans une petite bouteille d’orangina quand j’étais au arret )) j’aimerais retrouvez des amis de la cstm sa me ferrais plaisirs moi ces jeannot le marseillez je te laisse mon adresse MAIL tomtomjeannot@hotmail.fr merci ci tu répond , jeannot

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    • Le 25 octobre à 09h34 -

      bonjours jais vus ton message, tu a aité libéré quand ? moi je suis arrivez a aiton d’ébu septembre 1971 et ai aité liberé le 15 février 1972 je pense que on du se connètre moi ces jeannot le marseiller , le capitaine charbonnel et baron sur tous baron ma éviter pas mal de merde et du rabe quand je suis arrivez il avais coco (( gudicéli (( corse )) il y avais et d’autre que tu a connue comme glaise ,pénnec ,grandemache ci tu veux on peu en discuté mon portable 06.27.39.29.85 ou mon adresse Mail tomtomjeannot@hotmail.fr je voudrais retrouvez des copain de la cstm sa me ferais grand plaisirs merci pour ta réponse .jeannot .

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