Riposte féministe

Lobotomie wokiste

Manif, robocops, molotov et laboratoire clandestin : avec Elsa & Haters, épisode 1 : Not All Cops, Elsa Klée signe une bande dessinée furieusement révolutionnaire. Un premier épisode qui dynamite la police, le patriarcat et la bienséance. Boum !

Ça commence en pleine action, comme un coup de matraque. En pleine manifestation féministe à Paris, Neylan et Maria se font gazer par les cowboys de la street. Réponse immédiate : elles lancent un cocktail molotov. Un robocop s’effondre. Plutôt que de fuir, elles l’embarquent. Mais ce qui ressemble à un débordement improvisé fait en réalité partie d’un plan bien huilé. Direction le Planning familial, quartier général discret où trois autres militantes les attendent. Tout a été calculé.

Grâce aux réseaux sociaux, l’identification est rapide : Clément Wurtz, gradé de police. « On a tiré le gros lot ! » Après une course-poursuite digne de Thelma et Louise, Neylan et Maria prennent la route vers le Sud, le poulet dans le coffre, et rejoignent le reste du groupe. Elles sont cinq au total – Neylan, Bru, Elsa, Garbo et Maria – unies par une certitude : il faut s’attaquer au premier rempart du système patriarcal et raciste, la police. Et ce n’est que le début !

Car Elsa & Haters, épisode 1 : Not All Cops (Cambourakis, 2026) ne se contente pas de fantasmer une vengeance brute. Dans leur labo souterrain, ces super-héroïnes version punk expérimentent une autre piste : pénétrer le cerveau de ces mâles blancs en uniforme pour leur infliger un petit lavage de cerveau wokiste. Rééduquer plutôt que punir ? Même là, le doute s’invite, et la BD se permet de questionner ses propres élans révolutionnaires. « Je croyais qu’on avait dit que c’est pas en butant deux ou trois keufs qu’on renverserait le système patriarcal et raciste », lâche l’une d’elles, rappelant que la radicalité n’exclut pas le débat stratégique ni une certaine éthique de l’action.

Graphiquement, l’autrice Elsa Klée opte pour un noir et blanc sec, efficace, sans fioritures. Le trait est fin, tendu, résolument moderne. L’esthétique underground irrigue chaque page, sans jamais sombrer dans le glauque. Oui, ça tape du flic, parfois de manière gore, mais toujours avec un sens du rythme et du découpage qui maintient une distance ironique. L’humour est grinçant et salvateur.

Ce premier épisode est volontairement court, mais il va droit au but. Il pose un univers, un collectif, une colère, et surtout une promesse : celle d’une série aussi jubilatoire que subversive. Elsa & Haters s’annonce comme une BD révolutionnaire, qui refuse la tiédeur, assume la provocation et redonne à la fiction politique un goût de poudre et de liberté. Une entrée en matière particulièrement savoureuse, qui donne terriblement envie de lire la suite.

Thelma Susbielle

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CQFD n°248 (janvier 2026)

En Syrie, les Druzes de Soueïda continuent de se battre pour l’indépendance après la chute de Bachar al-Assad : iels nous racontent leur méfiance vis-à-vis du nouveau pouvoir en place. En France, si on n’a pas été choqué-es que l’Etat et les fachos s’engouffrent dans la brèche guerrière du moment, quand la gauche s’y est mise, on a eu du mal à avaler la pilule. Entre réarmement démographique et le Service national universel, des gens qu’on pensait camarades se sont dit prêts à prendre les armes. Chez nous, c’est pas question. Pour s’en échapper, on s’est plongé dans des supers bouquins et ça nous a inspiré : rencontre avec Wendy Delorme, autrice de romans d’anticipation queer et écolo, entretien avec Benjamin Daugeron qui raconte l’alcoolisme de son père dans Treize années à te regarder mourir et analyse du Girlcott qui a mené à l’annulation du Festival de BD d’Angoulême.

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