Animal politique
Règlements de contes
Tout commence comme une fable écolo bien élevée. Une forêt jadis paisible est en proie à un incendie ravageur. Les animaux assistent, horrifiés, à l’effondrement de leur monde. Seul un petit colibri, héroïque, s’élance vers le brasier avec quelques gouttes d’eau dans le bec… Puis la morale nunuche de l’histoire à laquelle s’attend le lecteur prend un grand coup de pelle : lesdites gouttes ont été collectées auprès « des gens qui font pipi sous la douche pour sauver la planète ». Le colibri ne sauvera pas la forêt. Il mourra comme tout le monde, mais « couvert de pisse ».
Popolitique règle chaque page comme un piège désopilant en six cases : le temps d’installer une situation l’air de rien, de désarçonner un peu et d’aussitôt mordre, jusqu’à l’histoire suivante. Rien que des mini-fables dans lesquelles animaux, végétaux, personnages mythologiques et icônes de la pop culture cessent d’être de gentils symboles sans relief pour adopter les comportements névrotiques des humains contemporains. On y croise Prométhée, qui tente de saboter son supplice à grand renfort d’alcool et de tabac, espérant transformer son foie en plat suffisamment toxique pour écœurer l’aigle chargé de le grignoter jusqu’à la fin des temps. Le personnage de Sacha, qui découvre avec effroi que l’extinction massive des espèces concerne aussi les Pokémons. Ou encore un dinosaure de Jurassic Park, pris de logorrhées réactionnaires, racistes et sexistes, parce que, ressuscité après 200 millions d’années, forcément, le logiciel idéologique n’est plus vraiment à jour. Un bestiaire halluciné, qui raconte un monde capitaliste aussi absurde que dévasté où même les mythes antiques, les créatures disparues et les héros de l’enfance cherchent péniblement une issue de secours.
Trait simple, aplats de couleurs vifs et francs : la BD va droit au but. Inutile de surcharger le dessin, les références fonctionnent d’autant mieux, la charge critique et humoristique aussi. « À leur naissance, les baleineaux pèsent deux tonnes et demie pour une longueur de sept mètres », légende Popolitique au-dessus d’une case poétique où une baleine bleue et son petit dérivent ensemble au milieu de l’océan. Et la vignette suivante, d’ajouter doctement : « Ce sont les plus gros bébés de la planète, juste après les hommes blancs cis hétéros qui se sentent opprimés. » Rien n’est épargné : les évidences, les postures morales, les petits conforts idéologiques sont retournés, raillés. Entre deux traits d’humour, l’auteur glisse l’air de rien, un petit arsenal théorique : Guy Debord, Karl Marx, Philippe Descola… Une référence, un gag, un taquet. Et c’est reparti.
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CQFD n°253 (juin 2026)
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Paru dans CQFD n°253 (juin 2026)
Dans la rubrique Bouquin
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Mis en ligne le 01.07.2026
Dans CQFD n°253 (juin 2026)
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