Sur la Sellette
« Un échec judiciaire patent »
Les deux prévenus comparaissent pour avoir cassé la fenêtre d’une voiture et pris une enceinte bluetooth, de l’argent et un boîtier à lunettes. Quand ils sont interpellés, les forces de l’ordre réalisent que l’un des deux est un évadé : en mars 2025, Mathieu O. n’est pas rentré à la prison de Seysses après une permission de sortie pour aller voir le dentiste.
Mathieu O. comparait aussi pour huit cambriolages qu’il a ensuite commis, seul, dans des garages et des cabanes de jardin. Le président lit soigneusement la liste des objets volés – taille-haie, perceuse, meuleuse, gants de jardinage, arrosoir, trottinette, vélo, visseuse, sécateur, caméra – avant de l’interroger : « Vous êtes né en 1990 à la Réunion, vous êtes sans domicile fixe, sans profession et sans ressources, c’est bien ça ? »
Mathieu O. confirme. Comme en garde à vue, il reconnaît la totalité des faits.
Dans deux des cas, il y a des vidéos à l’appui. Dans un troisième, il a été identifié par son profil génétique : « Vous avez mangé un fruit pris sur un arbre et vous l’avez laissé. C’est le fruit du péché ! Ça commence par Adam et Ève et ça finit par Monsieur ! [Dans le public, deux personnes s’esclaffent bruyamment.] Et tout ça pour quoi ?
— Je suis à la rue, j’ai faim, j’ai froid. J’ai demandé de l’aide mais je ne l’ai pas eue.
— Le problème c’est que vous consommez de la cocaïne. Vous avez aussi déclaré que vous entendiez des voix. Vous avez déjà suivi un traitement ? Non ? Vous avez 36 ans et déjà 24 mentions sur votre casier. Il va falloir que ça s’arrête. Il y a là encore un échec judiciaire patent ! »
L’interrogatoire du second prévenu, Hamza D., est plus sommaire : né en 1989 en Algérie, il est SDF lui aussi, et n’a qu’une seule mention sur son casier pour vente frauduleuse de cigarettes en 2024. « Pourquoi est-ce que vous avez volé ?
— J’avais faim.
— Bah oui, mais si tout le monde fait ça on va pas y arriver ! »
La procureure demande 24 mois pour Mathieu O. et six pour Hamza D., avec incarcération immédiate dans les deux cas.
L’avocate de Hamza D. ne s’embête pas et charge le premier prévenu : « C’est l’autre qui a brisé la vitre et qui lui a donné l’enceinte. Compte tenu du butin modique qui lui a été donné, je demande la clémence. »
L’avocat de Mathieu O. regrette que son client n’ait pas évoqué sa situation familiale : « Après être passé chez le dentiste lors de sa permission, il est allé voir la mère de sa fille. Et celle-ci est quasiment décédée dans ses bras ! Ce fait pourrait expliquer sa désertion. »
Surpris par cette déclaration, le président se tourne vers Mathieu O. : « Vous avez entendu la supplique de votre conseil concernant votre refus de réintégrer la maison d’arrêt. Vous n’avez pas parlé de cet événement en garde à vue. Vous avez simplement dit que vous étiez persécuté à Seysses…
— Elle est morte dans mes bras. Elle est morte dans mes bras. J’ai pété un câble. Je suis parti. »
Sans plus de commentaires, le président lève l’audience pour délibérer. Mathieu O. est condamné à 18 mois de prison, et Hamza D. à quatre, tous les deux avec mandat de dépôt.
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
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Cet article a été publié dans
CQFD n°253 (juin 2026)
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Paru dans CQFD n°253 (juin 2026)
Dans la rubrique Chronique judiciaire
Par
Mis en ligne le 01.07.2026
Dans CQFD n°253 (juin 2026)
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