P’tits trous & gros sous
Zones À Détruire
Ils veulent tout déréguler. Sabrer les impôts. Brider la démocratie. Multiplier les zones où le droit des États-nations ne s’applique plus. Bref : faire sécession avec toute entité bridant le sacro-saint règne du capitalisme effréné. Et ils font office de flippant fil rouge du costaud mais très éclairant essai de Quinn Slobodian – Le capitalisme de l’apocalypse, ou le rêve d’un monde sans démocratie (Le Seuil, 2025).
« Ils », ce sont les libertariens, mais aussi les fondus de néolibéralisme ou les empereurs cinglés de la Tech. Et selon Mister Slobodian ils ont tellement le vent en poupe que leur utopie sécessionniste a grandement déteint sur l’ordonnancement du monde, désormais « constellé de trous […] et de zones grises, résultats de perforations et de déchirures ». Au menu : ports francs sans droits de douane, zones à fiscalité sabrée, technopoles semi-indépendantes à l’image de la future Neom en Arabie Saoudite, paradis fiscaux… Au total, estime Slobodian, ce sont plus de 5 400 zones de ce type qui parsèment la planète. La « classique » carte du monde ? Totalement has-been.
Ça ne date pas d’hier. Prenez cet enfoiré fini de Milton Friedman, économiste ultralibéral qui a précocement soutenu le régime de Pinochet au Chili : dès les années 1970, il encense à gros torrents le modèle économique de Hongkong. La colonie britannique est alors précurseuse en matière de « zones économiques spéciales ». Bonus : il n’y a sur ce territoire ni syndicats ni élections, ces trucs relous qui entravent le capitalisme. Friedman pose donc Hongkong comme « solution à la crise », protégée qu’elle est de l’enquiquinante « souveraineté populaire ».
L’essor des « zones » déréglementées a depuis explosé, notamment au XXIe siècle, avec des territoires gonflés aux stéroïdes financiers – comme Dubaï où sont disséminées une quarantaine de zones franches au régime fiscal dérogatoire doublé d’une exemption de taxes. Impossible ici de rentrer dans le détail ou de viser l’exhaustivité. On retiendra juste que les ultra-riches multiplient dans le monde entier les tentatives de sécession en vue d’accroître leur magot et d’effacer tout contre-pouvoir. Processus encouragé par des milliardaires comme le roi des libertariens high-tech Peter Thiel, qui éructe régulièrement contre les pare-feu démocratiques. Et Slobodian d’enfoncer le clou : « Nous devons réaliser que pour les partisans radicaux du marché [la zone] n’est pas simplement le moyen de parvenir à une fin économique, mais une source d’inspiration pour la réorganisation politique de la société. »
De quoi décupler notre envie de perforer leurs grosses faces d’exploiteurs. Des p’tits trous, des p’tits trous…
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
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Cet article a été publié dans
CQFD n°250 (mars 2026)
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Paru dans CQFD n°250 (mars 2026)
Dans la rubrique Bouquin
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Mis en ligne le 28.03.2026
Dans CQFD n°250 (mars 2026)
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