Bouteille partout, révolution nulle part
Finie la bamboche pour les gauchistes ?
Cela peut sembler contre-intuitif. Voire rabat-joie. On pensait que tout le monde rêvait de trinquer au champagne sur une barricade enflammée dans les jardins de l’Élysée. Eh bien non. Dans le passé tout du moins. Ce que montre Sobres pour la révolution – les anarchistes contre l’alcool (Nada, 2026), de l’ami et camarade CQFDien Mathieu Léonard.
Remontons le temps en titubant. Le XIXe siècle a vu l’alcoolisme exploser, avec des chiffres vertigineux : de 1830 à 1900, la consommation d’alcool annuelle est passée de 15 à 35 litres d’alcool pur par personne. Pour principaux soiffards, les classes populaires. Et les penseurs libertaires de faire un constat : la « pieuvre alcool » n’est plus seulement le « symptôme des maux sociaux » (exploitation par les patrons = refuge dans la boutanche), mais « cause profonde du frein à la marche vers la liberté », résume Mathieu Léonard. Jusqu’à l’anarchiste illégaliste Étienne Monier, membre de la bande à Bonnot, qui au moment de monter sur l’échafaud refuse le verre de rhum habituellement offert au condamné : « Je ne veux pas m’alcooliser ». « Prophylaxie ultime ! », s’exclame l’auteur.
Une tendance qui n’est pas du goût de tout le monde. Les discours portant sur « le déterminisme biologique » de l’alcoolisme ou relevant du camp néo-malthusien (pas de progéniture pour les adeptes de la picole) prennent vite du plomb dans l’aile. Il faut dire que la prohibition en terre ricaine, imposée par des ligues de vertu réacs, montre qu’interdire l’alcool ne fait que le rendre plus attirant – « Nulle part ailleurs on ne rencontre autant d’ivrognes que dans les villes acquises à la prohibition », souligne Emma Goldman, militante anarchiste russe. Dans le même temps, nombre d’anars s’insurgent face au mode de vie prôné : « [Les anarchistes individualistes] veulent l’ivresse, non point la tristesse de la vie », s’écrie Lucien Ernest Juin.
La Seconde Guerre mondiale et « l’extermination de groupes jugés inférieurs par la biopolitique nazie » mettent un point quasi final aux idéaux de lutte libertaire sobre. Hormis dans quelques territoires « libérés », à l’image du Chiapas néozapatiste où règne une « loi sèche » en partie propulsée par des femmes.
Morale de l’histoire : si libération de la bouteille il y a, ce sera en s’attaquant aux causes profondes de l’alcoolisme, à savoir l’exploitation de la main-d’œuvre sous la houlette du capitalisme vampire. Quant à ma propre conviction, elle est limpide : la révolution sera anisée ou ne sera pas. Avec modération…
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CQFD n°249 (février 2026)
Cet hiver, les agriculteurs ont été nombreux à se mobiliser pour tenter de faire entendre leurs voix contre la gestion de l’épidémie de dermatose et le traité du Mercosur. On vous a concocté un dossier spécial agriculture : on y évoque l’entente surprenante entre la Confédération paysanne et la Coordination rurale, puis on s’est entretenu avec Morgan Ody, coordinatrice générale de La Via Campesina, qui nous donne son ressenti après la suspension du traité de libre-échange avec le Mercosur après 26 ans de contestation. Hors dossier, on vous parle du projet bien polluant et loin d’être démocratique des JO d’hiver 2030, qui se doivent se dérouler dans les Alpes. On prend des nouvelles de la situation au Venezuela après l’enlèvement de Nicolàs Maduro et on discute de Tête dans le mur, le bouquin gonzo d’Emilien Bernard, l’un de nos journalistes qui a remonté la frontière murée entre les US et le Mexique.
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Paru dans CQFD n°249 (février 2026)
Dans la rubrique Bouquin
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Mis en ligne le 07.02.2026
Dans CQFD n°249 (février 2026)
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