Rita contre le système
« Dans ton cul l’espoir »
« Mathis a fait des bêtises. » Vite, après un appel de l’école, Rita se presse. Derrière ce drôle d’euphémisme, cette mère se heurte à la violence raciste. À Charleroi, un enfant noir de neuf ans est écrasé au sol par la police. Plaquage ventral. Le même geste que celui qui a tué George Floyd. Un enfant étranglé, parce qu’il a jeté un objet sur un camarade qui l’insultait. Parce qu’on l’appelait « chocolat ». Parce qu’il est noir. Dans Portrait de Rita (Blast 2025), l’autrice, comédienne et metteuse en scène Laurène Marx choisit de se faire chambre d’écho. Elle donne alors à entendre l’histoire de Rita, la mère de Mathis, en commençant par son arrivée en Europe depuis Yaoundé, où elle avait pourtant une affaire florissante.
Rita rencontre un homme sur un site de rencontres. Un Belge blanc. Hors de question pour elle de quitter le Cameroun. Mais après la mort de son père, la pression de Christian s’accentue. Il la harcèle à propos de son visa et appelle même l’ambassade pour savoir où en est le dossier. La jeune femme finit par céder. En Belgique, Rita se retrouve enfermée dans une vie de campagne, assignée au soin d’une belle-mère raciste, sommée de satisfaire sexuellement son compagnon plusieurs fois par jour. « C’est aux femmes de payer pour apaiser toute la frustration accumulée des hommes. » Le jour où elle se refuse à lui, il la frappe. La grossesse devient un piège. Rita comprend que son corps ne lui appartient plus, que son enfant « appartient désormais plus à l’État belge qu’à son ventre ». Elle est coincée chez les Blancs. Après avoir quitté le conjoint violent, Rita se retrouve en foyer. Et surtout, seule. Dans un pays qui ne l’a jamais accueillie.
Le récit revient alors à la scène fondatrice. Rita arrive à l’école et voit son fils à terre, un genou de flic sur son dos. Elle tente de comprendre. Que s’est-il passé pour que la police s’acharne ainsi ? La directrice parle d’un « parpaing ». Ce n’était qu’un caillou. Les insultes racistes, elles, ne semblent pas mériter d’enquête. À neuf ans, Mathis n’est déjà plus un enfant : il est noir. « On ne le traite pas comme un criminel, il EST un criminel », lui lance l’un des charmants keufs.
Laurène Marx écrit à la troisième personne, à partir du récit de Rita. La langue est oralisée, rythmée, faite pour être dite et performée au sens théâtral, puisque le texte est écrit pour être incarné sur scène. Et pourtant, le livre se lit d’une traite. L’autrice partage son point de vue : elle commente, interpelle, ironise parfois, injectant une rage lucide et salutaire. Ici, pas de neutralité journalistique : Portrait de Rita est un texte à charge, contre les Blancs colonisateurs, contre les hommes, contre les institutions violentes. Court, efficace et teinté de poésie, ce récit met en lumière ce que certains voudraient maintenir dans l’ombre. « Ils m’ont tout fait, mais je suis encore là », dit Rita. « Cette Rita-là n’est pas tuable. » Laurène Marx conclut son récit avec un appel : « Il faut que le jour se lève. » Une urgence qui s’impose d’autant plus en refermant le livre.
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CQFD n°249 (février 2026)
Cet hiver, les agriculteurs ont été nombreux à se mobiliser pour tenter de faire entendre leurs voix contre la gestion de l’épidémie de dermatose et le traité du Mercosur. On vous a concocté un dossier spécial agriculture : on y évoque l’entente surprenante entre la Confédération paysanne et la Coordination rurale, puis on s’est entretenu avec Morgan Ody, coordinatrice générale de La Via Campesina, qui nous donne son ressenti après la suspension du traité de libre-échange avec le Mercosur après 26 ans de contestation. Hors dossier, on vous parle du projet bien polluant et loin d’être démocratique des JO d’hiver 2030, qui se doivent se dérouler dans les Alpes. On prend des nouvelles de la situation au Venezuela après l’enlèvement de Nicolàs Maduro et on discute de Tête dans le mur, le bouquin gonzo d’Emilien Bernard, l’un de nos journalistes qui a remonté la frontière murée entre les US et le Mexique.
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Paru dans CQFD n°249 (février 2026)
Dans la rubrique Bouquin
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Mis en ligne le 28.02.2026
Dans CQFD n°249 (février 2026)
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