Doigts de fée et voix étouffées
A travers les yeux des dames de fraises
Poussée par la nécessité de nourrir son mari asthmatique et ses deux enfants, et voyant que les petits boulots au Maroc ne lui permettent pas de se projeter plus loin que le lendemain, Farida s’inscrit à l’Anapec1 pour tenter le coup de l’autre côté de la Méditerranée. Elle embarque sur un ferry direction les productions de fraises de la province de la Huelva, dans le sud de l’Espagne.
Sur place, les serres s’étalent à perte de vue, entrecoupées d’exploitations agricoles aux clôtures barbelées et de bidonvilles. Dès le premier jour, elle découvre la chaleur étouffante, le rythme effréné de la récolte, les nuages de pesticides, les violences (sociales, racistes, sexistes et sexuelles) et, surtout, le dénuement : aucun matériel de protection n’est fourni, l’eau vient souvent à manquer – « les fraises boivent avant les humains » – la nourriture s’achète… À plusieurs kilomètres de marche au milieu de terres dévastées par l’agro-industrie. Heureusement, la sororité, la débrouille et la résistance aident à la survie, et mettent à jour toute une exploitation organisée qui concerne « chaque année entre janvier et juin, environ 15 000 femmes […] venant souvent des zones rurales et marginalisées du Maroc profond ».
Pour réaliser Dames de fraises, doigts de fée (Alifbata, 2025), la dessinatrice Annelise Verdier s’est librement appuyée sur plusieurs recherches sur le sujet, en particulier celle de Chadia Arab2, qui, dans la préface, pose l’importance d’une œuvre qui donne enfin un visage aux « travailleuses marocaines, invisibles d’un monde globalisé, recrutées pour leurs mains agiles et leurs doigts de fée, mais aux voix étouffées ».
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
Nous, c’est CQFD, plusieurs fois élu « meilleur journal marseillais du Monde » par des jurys férocement impartiaux. Plus de vingt ans qu’on existe et qu’on aboie dans les kiosques en totale indépendance. Le hic, c’est qu’on fonctionne avec une économie de bouts de ficelle et que la situation financière des journaux pirates de notre genre est chaque jour plus difficile : la vente de journaux papier n’a pas exactement le vent en poupe… tout en n’ayant pas encore atteint le stade ô combien stylé du vintage. Bref, si vous souhaitez que ce journal puisse continuer à exister et que vous rêvez par la même occas’ de booster votre karma libertaire, on a besoin de vous : abonnez-vous, abonnez vos tatas et vos canaris, achetez nous en kiosque, diffusez-nous en manif, cafés, bibliothèque ou en librairie, faites notre pub sur la toile, partagez nos posts insta, répercutez-nous, faites nous des dons, achetez nos t-shirts, nos livres, ou simplement envoyez nous des bisous de soutien car la bise souffle, froide et pernicieuse.
Tout cela se passe ici : ABONNEMENT et ici : PAGE HELLO ASSO.
Merci mille fois pour votre soutien !
1 Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences, au Maroc.
2 Dames de fraises, doigts de fée. Les invisibles de la migration saisonnière marocaine en Espagne, En toutes lettres, 2018, rééditée en 2023.
Cet article a été publié dans
CQFD n°250 (mars 2026)
En écriture
Trouver un point de venteJe veux m'abonner
Faire un don
Paru dans CQFD n°250 (mars 2026)
Dans la rubrique Bouquin
Par
Mis en ligne le 28.03.2026
Dans CQFD n°250 (mars 2026)
Derniers articles de Jonas Schnyder



