CQFD

La solidarité bloquée à quai

Laisser noyer les sans-papiers


paru dans CQFD n°178 (juillet-août 2019), rubrique , par Clair Rivière, Pierre Isnard-Dupuy, illustré par
mis en ligne le 06/07/2019 - commentaires

En 2018, six personnes sont mortes chaque jour en essayant de traverser la Méditerranée. Pas assez pour l’Europe, qui fait tout pour empêcher le sauvetage des migrants par les ONG. Alors que l’Italie ferme ses ports et poursuit les secouristes en justice, les Pays-Bas donnent dans les tracasseries administratives. La France offre des bateaux aux gardes-côtes libyens, pourtant impliqués dans de sordides affaires de trafic d’êtres humains. À Tripoli, c’est la guerre ; viols et tortures sont quotidiens. Qu’importe : les victimes ne sont ni blanches ni riches.

Par Vincent Croguennec {JPEG}

« Où sont des morts les phrases familières, l’art personnel, les âmes singulières ? »

Paul Valéry, Le cimetière marin (1920)
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Quand les gardes-côtes libyens ont intercepté leur canot, Farah, sa femme et leur bébé étaient en mer depuis douze heures. Ils fuyaient la Libye, après plusieurs mois de torture. Dans un triste hangar, Farah était battu et sa femme violée par des bandes criminelles libyennes tentant d’obtenir une rançon de leurs proches. « Je savais qu’il valait mieux mourir que retourner en Libye, mais ils nous ont menacés avec des armes », se souvient le jeune Somalien. La suite de son récit se passe à Tripoli. Sept mois de détention : « Il n’y avait pas de nourriture ou de soins pour mon bébé. Elle est morte à huit mois. Elle s’appelait Sagal. »

Rapporté par Amnesty International [1], ce témoignage n’a rien d’extraordinaire. Qu’ils proviennent d’ONG ou qu’ils émanent de l’ONU, les rapports se répètent : la Libye est un pays en guerre, une terre d’esclavage et d’horreurs.

Depuis Marseille, où il a déposé une demande d’asile, Valdo confirme : « En Libye, j’ai été de prison en prison. La dernière, j’y ai passé cinq mois. Pour en sortir, on a attendu que le gars vienne nous donner de l’eau et on l’a maîtrisé. On est sortis, mais les “Asma Boys” [2] sont arrivés. Ils nous ont tiré dessus. » Pour le jeune Camerounais, la messe était dite : il fallait fuir le pays. « On était 136 dans un Zodiac de 9 mètres. Ce jour-là, un autre Zodiac s’est perdu en mer. Il y a eu des morts : plus tard, sur le navire qui nous a sauvés, on a vu les gens qui pleuraient, qui avaient perdu leur enfant. Nous, on avait été secourus avant, juste au moment où des “Asma Boys” arrivaient encore. Quand ils vous prennent, ils vous ramènent, vous remettent dans des prisons et demandent de l’argent. Dieu merci, ce bateau nous a sauvés à l’heure exacte. »

Ce 5 mai 2017, quel bateau a donc sauvé Valdo ? Il ne sait plus trop. C’était peut-être le navire de sauvetage d’une ONG. Les vies qu’ils ont sauvées se comptent par dizaines de milliers. Mais depuis l’an dernier, ils n’ont quasiment plus droit de cité en Méditerranée.

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Lampedusa, octobre 2013. À quelques encablures de la petite île italienne, un bateau s’abîme. 500 migrants, 155 survivants. « Ce naufrage a servi d’électrochoc, se souvient Sophie Beau, de l’association SOS Méditerranée. Les autorités italiennes de l’époque ont mis en place une opération de sauvetage d’envergure. Mare Nostrum a permis de secourir 150 000 personnes, mais un an plus tard, elle a été torpillée par l’Union européenne. » L’Italie demandait du soutien à ses voisins. En vain : Mare Nostrum prend fin. « À ce moment-là, on a pu voir que le fameux argument de l’appel d’air, selon lequel ce sont les navires de sauvetage qui provoquent les traversées, ne tient absolument pas  : cet hiver-là, il n’y avait plus aucun navire de sauvetage en mer et les gens continuaient à traverser par milliers. Et se sont également noyés par milliers. C’est alors que, face à la défaillance des États européens, la société civile a réagi. »

En Allemagne, en Espagne, en France, en Italie et ailleurs, des associations sont créées, des bateaux de sauvetage affrétés. Pendant l’année 2016, la relation avec les gardes-côtes transalpins se passe bien. Mais dès 2017, le climat politique se tend. « Une campagne de communication, venant de la fachosphère italienne, s’est répandue petit à petit aux médias plus installés. Elle a finalement atteint la sphère politique, relate Sophie Beau. On a inventé des choses, on nous a criminalisés. »

À l’été 2017, l’offensive judiciaire commence. Elle frappe d’abord le Iuventa (lire ci-contre). Puis, « les uns après les autres, tous les navires de sauvetage ont été ciblés par la justice italienne. La tactique consiste à incriminer avec des fausses allégations. Ensuite, la justice met des mois et des mois à se dérouler, ça bloque les actions. »

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Au printemps 2018, l’extrême droite accède au pouvoir en Italie. À peine nommé ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini restreint l’accès aux ports transalpins.

Désormais, à chaque sauvetage, la même question se pose : où débarquer les personnes recueillies ? D’après le droit maritime international, les rescapés doivent être déposés dans le « port sûr » le plus proche. Mais Malte n’en veut pas et l’Italie non plus. Ces refus sont clairement illégaux, mais Salvini s’en moque : au cours de l’été 2018, il bloque même l’entrée au port d’un bateau de ses propres gardes-côtes.

Avant d’autoriser un débarquement, l’apprenti Duce exige que d’autres pays européens s’engagent à accueillir les naufragés : l’Italie, dit-il, ne peut à elle seule prendre en charge tous les migrants sauvés en Méditerranée centrale. Mais les autres États rechignent. Presque systématiquement, les bateaux restent bloqués plusieurs jours en mer, avant que l’Europe finisse par se mettre d’accord. Cela concerne aussi la marine marchande, dont les navires ont également sauvé des dizaines de milliers de personnes ces dernières années. Sachant qu’ils auront du mal à les débarquer, ces bateaux, aux plannings de livraisons souvent serrés, peuvent être tentés de ne pas s’arrêter…

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En août 2018, l’Aquarius, bateau de SOS Méditerranée, subit une autre attaque : Gibraltar lui retire son pavillon. L’association se tourne alors vers le Panama. Mais rebelote : « Les Italiens ont dit aux Panaméens que s’ils gardaient l’Aquarius dans leurs registres, ils fermeraient leurs ports à tous les navires de la flotte panaméenne, qui est la plus grande au monde, relate Sophie Beau. Donc évidemment, le Panama a cédé et nous a dépavillonnés ».

À la fin de l’été 2018, les ONG se débattent comme elles peuvent, entre problèmes administratifs, judiciaires et financiers. Plusieurs navires sont coincés à quai. « En septembre, c’était la première fois depuis des années qu’il n’y avait pas un seul bateau de sauvetage en Méditerranée, s’indigne Ruben Neugebauer, du Sea Watch [3], affrété par l’association du même nom. À ce moment-là, sur six personnes qui partaient de Libye, il y en avait une qui n’arrivait pas. C’est comme si vous remplissiez une voiture et qu’un passager mourait pendant le trajet. Vous ne monteriez jamais à bord de cette voiture ! Pourtant, c’est bien le risque que les gens ont pris à ce moment-là. »

Dans les mois qui suivent, les magistrats italiens redoublent d’inventivité. SOS Méditerranée se voit reprocher d’avoir mal trié ses déchets, en l’occurrence des vêtements portés par des migrants. « Ils étaient dans nos poubelles et allaient se faire incinérer, précise Sophie Beau. Mais apparemment, il aurait fallu les séparer du reste de nos déchets, parce qu’il y avait des risques infectieux ! Nous avons été poursuivis pour ce motif, avec une demande de mise sous séquestre de l’Aquarius. En novembre 2018, nous avons dû renoncer à l’affréter, parce qu’on risquait de se faire arraisonner dès qu’on repartirait sur la zone de détresse. » En 34 mois, 29 523 personnes avaient été sauvées par l’Aquarius. Ça ne pouvait plus durer.

***

Ce 14 mars 2019, le Sea Watch est en escale technique à Marseille. Sur le pont, les postes à souder crépitent et les discussions mécaniques vont bon train. Le bateau est censé repartir dans les 72 heures vers la zone de sauvetage, au large de la Libye.

Trois semaines plus tard, il est toujours à quai. Les réparations prennent plus de temps que prévu et, surtout, l’équipage a des problèmes administratifs avec les Pays-Bas, où le bateau est immatriculé. « C’est un problème européen : aucun pays ne veut prendre la responsabilité de sauver des migrants. Donc l’État néerlandais aussi essaye de durcir la réglementation sur notre bateau. En gros ils nous ont interdit de repartir vers la zone de sauvetage en prétextant que notre bateau n’est pas assez sécurisé pour rester en mer longtemps avec beaucoup de monde à bord. C’est complètement cynique, s’agace Johannes Bayer, le président de l’association. Nous ce qu’on veut, c’est amener les gens dans un port sûr le plus rapidement possible. Bien sûr que le bateau n’est pas fait pour garder des gens à bord dix-neuf jours, comme la dernière fois. Mais il faut toujours regarder l’agenda politique. Pourquoi les États européens payent-ils les soi-disant gardes-côtes libyens et leur donnent-ils des bateaux militaires  ? Parce qu’ils ne veulent pas que les gens viennent en Europe ; et ça les arrange que les Libyens fassent le sale boulot. »

Les gardes-côtes libyens, Johannes les connaît. Le 6 novembre 2017, il était à bord du Sea Watch quand un bateau pneumatique a fait naufrage. Les Libyens ont été les premiers sur place. Comme l’a détaillé une enquête du New York Times [4], ils n’ont pas respecté les règles élémentaires. Leur bateau est arrivé à toute vitesse, formant de grosses vagues. Des passagers du pneumatique sont tombés à l’eau. Puis le bateau des gardes-côtes s’est collé à l’esquif naufragé. Coincées entre les deux embarcations, plusieurs personnes se sont noyées. Une fois sur place, l’équipe du Sea Watch a mis à l’eau ses canots de sauvetage et commencé à repêcher des naufragés. Au même moment, les rescapés qui avaient réussi à se hisser à bord du bateau libyen étaient frappés, à coup de pied, de ceintures, de cordages, par des membres d’équipages. Certains ont replongé à l’eau.

Plusieurs rapports ont prouvé la complicité des gardes-côtes libyens avec les trafiquants d’êtres humains. Pourtant, l’Europe les finance généreusement. Cet hiver, la France a annoncé qu’elle allait leur fournir six bateaux. Pis encore : à l’été 2018, la coordination des secours leur a été confiée pour une vaste zone de la Méditerranée. Il revient donc à ces « gardes-côtes » d’indiquer aux bateaux de secours un « port sûr » où débarquer les personnes sauvées. Absurde : dans cette Libye en pleine guerre civile, il n’existe pas de « port sûr ».

***

Début mai, victoire ! Déboutant son gouvernement, la justice néerlandaise autorise le Sea Watch à repartir en mission. Quelques jours plus tard, il porte secours à 65 personnes. À la recherche d’un port, il reste un temps bloqué au large de Lampedusa. Le 19 mai, l’équipage est autorisé à débarquer les rescapés, mais le navire est confisqué. Salvini exulte : « Le capitaine du Sea Watch est maintenant poursuivi pour aide à l’immigration clandestine, mieux vaut tard que jamais ! »

Au ministre italien, Ruben Neugebauer répond vertement : « Salvini accuse régulièrement les ONG de trafic d’êtres humains. Mais les seuls qui en sont vraiment complices, ce sont les gouvernements européens, parce qu’ils soutiennent les soi-disant gardes-côtes libyens. Nous, ce qu’on fait, c’est de la recherche et du sauvetage en mer. Et chaque jour que notre bateau passe sous séquestre met en danger des vies humaines. »

***

Le 26 mai, élections européennes : en Italie, la Lega de Salvini arrive en tête, avec près de 35 % des suffrages. Début juin, le Sea Watch est finalement libéré de ses entraves judiciaires. Il change de capitaine et reprend la mer. Le 12, à 47 milles marins des côtes libyennes, il sauve 53 personnes en détresse sur un bateau pneumatique. Comme « port sûr », le centre de coordination des secours libyens lui propose… Tripoli. Inenvisageable pour l’équipage du Sea Watch, qui reprend la direction de Lampedusa. Problème  : s’il entre dans les eaux territoriales italiennes, il s’expose à une amende de 50 000 € et à la saisie du navire, conformément à un tout nouveau décret-loi impulsé par Salvini.

Pendant deux semaines, le bateau fait des ronds dans l’eau. Onze rescapés très mal en point sont tout de même ramenés à terre par la marine italienne. Aucun pays ne se porte volontaire pour accueillir les autres. Le 26 juin, le Sea Watch pénètre dans les eaux territoriales italiennes  : « J’ai décidé d’entrer dans le port de Lampedusa, explique la capitaine, Carola Rackete. Je sais ce que je risque, mais les 42 naufragés à bord sont épuisés. Je les emmène en lieu sûr. » L’ONG se désespère : « En quatorze jours, aucune solution politique ou juridique n’a été possible, l’Europe nous a abandonnés. » Salvini éructe : « Ceux qui se foutent des règles doivent en répondre, je le dis aussi à cette emmerdeuse de capitaine du Sea Watch qui fait de la politique sur la peau des immigrés, payée par on ne sait qui. »

L’équipage (bénévole) attend 60 heures tout près du port, dans la crainte que des rescapés, à bout de nerfs, ne finissent par se jeter à l’eau alors qu’ils ne savent pas nager. Dans la nuit du 28 au 29 juin, Carola Rackete se résout à forcer le passage, obligeant la vedette de police qui bloquait le quai à s’éloigner. Peu après, la capitaine quitte le navire encadrée par des agents de police. Sur le quai, des habitants l’ovationnent. D’autres applaudissent l’arrestation. Dans la foule, une voix crache sa haine à la jeune femme : « J’espère que tu vas te faire violer par ces nègres.  [5] » Salvini dénonce « un acte criminel, un acte de guerre » et réclame de la prison ferme. Carole Rackete risque dix ans de prison pour « résistance ou violence envers un navire de guerre ».

Ce même samedi 29 juin, deux navires de sauvetage, l’Open Arms et l’Alan Kurdi, voguent vers la Libye, ignorant les menaces de Matteo Salvini. SOS Méditerranée espère toujours repartir avec un nouveau bateau. À l’aube, les derniers rescapés du Sea Watch posent le pied sur la terre ferme. En Italie, et non en Libye. Ils sont vivants. À cet instant, c’est le plus important.

Clair Rivière

La plupart des témoignages sont issus de « Migrants en Méditerranée, la solidarité à quai », reportage réalisé par Pierre Isnard-Dupuy et l’auteur de ces lignes pour la radio publique belge (RTBF-La 1è re, 01/06/2019).


L’équipage du Iuventa face à la justice italienne : « On risque vingt ans de prison »

Avant de conter la bravoure de Carole Rackete, les médias ont narré celle de Pia Klemp. Les faits qui lui sont reprochés remontent à l’époque où elle commandait le Iuventa, navire de l’association allemande Jugend Rettet. En tout, dix ex-membres d’équipage sont dans le viseur des magistrats transalpins. Entretien avec Sascha Gierke, ancien chef de mission.

Quand vous avez commencé vos opérations de sauvetage, en 2016, quelles étaient vos relations avec les gardes-côtes italiens ?

« Au début, ils nous ont très bien acceptés. Chaque opération était dirigée par le MRSC [Maritime Rescue Coordination Centre] de Rome. Ils connaissaient notre position en permanence et nous transmettaient des appels au secours pour qu’on aille sauver les gens. À ce moment-là, c’était comme si on faisait partie de leur flotte. Mais au bout d’un an, en août 2017, les autorités italiennes ont confisqué notre bateau. L’année suivante, avec neuf autres membres d’équipage, on a appris qu’on était accusés d’aide et de complicité à l’immigration illégale. Désormais, ils nous accusent aussi d’avoir été en collusion avec les trafiquants d’êtres humains. On risque de cinq à vingt ans de prison et une amende de 210 millions d’euros, soit 15 000 euros pour chaque clandestin dont on est responsables de l’entrée en Italie. »

Comment en est-on arrivé là ?

« Le climat politique a changé. Dès septembre 2016, il y a eu une grosse enquête contre nous : nos téléphones ont été mis sous écoute, tandis qu’un policier s’est infiltré sur un autre navire de sauvetage pour accumuler du matériel sur nous. On nous a confisqué de nombreux effets personnels, des téléphones, des ordinateurs. Ils ont même mobilisé des unités de lutte contre la mafia. »

Quand serez-vous jugés ?

« Nous ne connaissons pas encore la date, mais notre procès pourrait commencer à la fin de l’été ; quoi qu’il en soit nous sommes partis pour trois à cinq ans de procédure judiciaire. Pourtant, ces accusations ne reposent sur rien. Nous sommes persuadés que les procureurs eux-mêmes savent que nous n’avons jamais eu de collusions avec les passeurs, que nous étions là pour des raisons humanitaires. Mais ils utilisent des procédures judiciaires pour mettre des questions politiques au premier plan. »

Ainsi, ils vous empêchent de faire votre travail de secours maritime…

« Les poursuites judiciaires contre les sauveteurs en mer ont des conséquences fatales : tous les jours, des personnes meurent alors qu’elles auraient pu être sauvées. D’autres sont ramenées en Libye. Refuge et protection leur sont refusés, alors qu’ils leur sont désespérément nécessaires. »

Propos recueillis par Pierre Isnard-Dupuy (Collectif Presse-Papiers)

Notes


[1Matteo de Bellis, « L’incapacité européenne face à la maltraitance des réfugiés en Libye », Amnesty.fr (11/03/2019).

[2C’est ainsi que Valdo désigne les membres des groupes armés libyens, sur terre comme sur mer.

[3Légalement parlant, ce navire s’appelle le Sea Watch 3.

[4« How Europe Outsources Migrant Suffering at Sea » (27/12/2018), vidéo disponible sur YouTube.

[5AFP (29/06/2019).



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