Concerts
Place au texte !
Cela faisait peut-être dix ans que je n’avais pas revu les Têtes raides sur scène, ayant assisté à beaucoup de leurs concerts au cours des années 1990. Cette fois-ci, pour la sortie de l’album-DVD Corps de mots, je me suis rendu au Lavoir moderne et j’en suis sorti époustouflé. Cinquante personnes tout au plus dans la petite salle de la Goutte d’Or face à une dizaine de musiciens et de musiciennes emmenés par Christian Olivier, le charismatique chanteur à la voix grave. Ce spectacle – joué initialement aux Bouffes du Nord –, mêle poésie et accordéon, littérature classique et violon. En quelque 90 minutes, Christian Olivier déclame tour à tour des textes de Lautréamont, de Marina Tsvétaïeva, de Raymond Queneau ou encore d’Antonin Artaud. Plus que tout, j’ai été saisi par l’intensité des lectures du Condamné à mort de Jean Genet et de Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, de Stig Dagerman.

Autre belle surprise : le 25 mai, Marc Nammour (photo), du groupe de rap La Canaille, se produisait à la Maison de la poésie pour une lecture du Cahier d’un retour au pays natal, d’Aimé Césaire. Accompagné par Serge Teyssot-Gay et Cyril Bilbeaud, respectivement guitariste et batteur de Zone libre, le chanteur montreuillois se livre à une redécouverte acérée du texte anticolonial et surréaliste : durant une heure, il pose son flow sur des extraits préalablement choisis. Pas facile de s’attaquer au monument littéraire de la négritude, mais il s’en tire fort bien. Exercice de style supplémentaire, le trio ne répète jamais, les musiciens improvisent et posent riffs, rythme et scansion sur le texte ténébreux : « Au bout du petit matin, une autre petite maison qui sent très mauvais dans une rue très étroite, une maison minuscule qui abrite en ses entrailles de bois pourri des dizaines de rats et la turbulence de mes six frères et sœurs, une petite maison cruelle dont l’intransigeance affole nos fins de mois et mon père fantasque grignoté d’une seule misère, je n’ai jamais su laquelle, qu’une imprévisible sorcellerie assoupit en mélancolique tendresse ou exalte en hautes flammes de colère. »
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
Nous, c’est CQFD, plusieurs fois élu « meilleur journal marseillais du Monde » par des jurys férocement impartiaux. Plus de vingt ans qu’on existe et qu’on aboie dans les kiosques en totale indépendance. Le hic, c’est qu’on fonctionne avec une économie de bouts de ficelle et que la situation financière des journaux pirates de notre genre est chaque jour plus difficile : la vente de journaux papier n’a pas exactement le vent en poupe… tout en n’ayant pas encore atteint le stade ô combien stylé du vintage. Bref, si vous souhaitez que ce journal puisse continuer à exister et que vous rêvez par la même occas’ de booster votre karma libertaire, on a besoin de vous : abonnez-vous, abonnez vos tatas et vos canaris, achetez nous en kiosque, diffusez-nous en manif, cafés, bibliothèque ou en librairie, faites notre pub sur la toile, partagez nos posts insta, répercutez-nous, faites nous des dons, achetez nos t-shirts, nos livres, ou simplement envoyez nous des bisous de soutien car la bise souffle, froide et pernicieuse.
Tout cela se passe ici : ABONNEMENT et ici : PAGE HELLO ASSO.
Merci mille fois pour votre soutien !
Cet article a été publié dans
CQFD n°112 (Juin 2013)
Trouver un point de venteJe veux m'abonner
Faire un don
Paru dans CQFD n°112 (Juin 2013)
Dans la rubrique Page Musique
Par
Illustré par Yann Levy
Mis en ligne le 09.09.2013
Dans CQFD n°112 (Juin 2013)
Derniers articles de Nicolas Norrito