Capture d’écran

La revanche des utérus

Les bas-fonds des réseaux sociaux, c’est la jungle, un conglomérat de zones de non-droits où règnent appât du gain, désinformation et innovations pétées. On y a envoyé en reportage exclusif la téméraire Constance Vilanova, pour une chronique mensuelle. Dans cette troisième plongée numérique : des Américaines qui prêchent le boycott des hommes depuis la réélection de Trump.
Céleste Maurel

Le 7 octobre 2016, en pleine campagne présidentielle, le Washington Post publie une vidéo devenue virale. On y voit le futur président des États-Unis, Donald Trump, en 2005, se vautrer dans la misogynie la plus crasse : « Quand vous êtes une star, les femmes vous laissent faire, vous pouvez faire tout ce que vous voulez. Les attraper par la chatte. » Pas étonnant que la réélection le 5 novembre dernier de celui qui a été reconnu coupable d’agression sexuelle en mai 2023 inquiète les féministes.

Sur TikTok et Instagram, la résistance s’organise. Déjà en 2022, avec l’abrogation du droit constitutionnel à l’IVG par la Cour suprême, les internautes se transmettaient des infos pour se fournir en pilule du lendemain et se glissaient en messages privés des adresses de cliniques pratiquant encore des IVG. Mais depuis la réélection de Trump, un nouvel hashtag de self-defense féministe déferle sur les réseaux : #4B. Ce mouvement s’inspire de la lutte des Sud-Coréennes.

À l’aube des années 2020, dans un pays où l’écart salarial entre femmes et hommes est le plus élevé de l’OCDE (29 % de différence en moyenne), les Coréennes fondent le mouvement « 4B ». Quatre fois « b », pour les quatre termes qui commencent tous par « bi » dans leur langue : pas de rencontre amoureuse, pas de sexe, pas de mariage et pas d’enfant. Cinq ans après son essor, quelles conséquences de ce boycott des hommes ? Sur X, certaines défenderesses du mouvement 4B établissent un lien entre celui-ci et la baisse de la courbe de natalité en Corée. Aucune étude n’a été publiée à ce sujet.

« Il est temps de fermer vos utérus aux hommes. Cette élection prouve plus que jamais qu’ils nous détestent et nous détestent fièrement. Ne les récompensez pas. »

Peu importe, aux États-Unis, les recherches associées au mouvement 4B explosent sur Google. C’est en Géorgie que le terme est le plus recherché. Pas étonnant puisque cet état du sud-est du pays est devenu le plus restrictif en matière d’avortement. Sur TikTok, armée du précieux hashtag 4B, Jada Mevs, une Américaine de 25 ans conseille aux Américaines de prendre des cours de self defense, d’arrêter les applications de rencontre et d’échanger avec les mecs, de se faire poser un stérilet et d’investir dans un sex-toy. D’autres se filment alors qu’elles se rasent le crâne, la chevelure rimant selon elles avec séduction. Sur X, l’un des posts viraux vu 17 millions de fois pose les termes : « Il est temps de fermer vos utérus aux hommes. Cette élection prouve plus que jamais qu’ils nous détestent et nous détestent fièrement. Ne les récompensez pas. » Le blocus des utérus vient de commencer.

Constance Vilanova
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Cet article a été publié dans

CQFD n°236 (décembre 2024)

Dans ce numéro, vous trouverez un dossier spécial États-Unis, faits de reportages à la frontière mexicaine sur fond d’éléction de Trump : « Droit dans le mur ». Mais aussi : un suivi du procès de l’affaire des effondrements de la rue d’Aubagne, un reportage sur la grève des ouvriers d’une entreprise de logistique, une enquête sur le monde trouble de la pêche au thon.

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Paru dans CQFD n°236 (décembre 2024)
Dans la rubrique Capture d’écran

Par Constance Vilanova
Illustré par Céleste Maurel

Mis en ligne le 28.02.2025