« Changer de vie ! Sur terre ! Maintenant ! »

par Rémi

L’Artivisme de Stéphanie Lemoine et Samira Ouardi (éd. Alternatives) est le cadeau à offrir, à recevoir, à emmener avec soi au pieu, au turbin, au mastroquet. On y dépeint de la plus surenflammante manière les mille et une manières de réenchanter ludiquement la vie illico en en faisant voir de toutes les couleurs aux galuchets du vieux monde flico-marchand. Mises à feu par les guerrilleros de la jouissance radicale du passé (de Dada à Abbie Hoffman, des situs à Hakim Bey), Samira et Stéphanie nous abouchent pour nous réveiller explosivement avec les seuls utopistes vraiment baisables, ceux qui sont passés guillerettement aux actes : des squatters « contre-culturels » tentant d’acoquiner l’art et la vie aux fêtards de Carnival Against Capital préfigurant un monde sans contraintes ni tabous, sans oublier les bâtisseurs de cités idéales d’une semaine comme Black Rock City une fois par an dans le désert du Nevada et les insurgés des TAZ niquant les rites sécuritaires…

À épingler, par ailleurs, quelques parutions récentes axées autour du mot de désordre yippie « Changer de vie ! Sur terre ! Maintenant ! » : – fricassé par Madonne Desbazeille, préfacé futefutement par René Scherer, Ouverture pour le XXIe siècle. Saurons-nous changer de cap ? (L’Harmattan) oppose à « l’apocalypse libérale » l’expérimentation critique des utopies (à commencer par Fourier). – Marcel Schwob dans son succulent François Rabelais (1928), réédité par Allia, relate les mises à l’index et brimades dont fut l’objet le concepteur de Thélème, l’abbaye du « Fais ce que veulx ». Dans son truculent Fils de Rabelais (éd. Aden), Valérie de Changy explique aussi à quel point l’abbaye sans clés et aux repas sans fin filait les foies verts aux « bigotz, vieux matagotz, marmiteux borsouflez, torcoulx, caffars empantouflez, frapars escorniflez, usuriers chichars » de son temps. – Présenté avec verve par l’objecteur de croissance Serge Latouche, Comment nous pourrions vivre (1884), du socialiste révolutionnaire William Morris (éd. Le Passager clandestin), nous exhorte à transformer nos « existences mécaniques » en sources d’aventures et de plaisirs non-stop. Mais, avant d’en arriver là, précisait Morris, il faut détruire totalement le système capitaliste. – Et on se délecte des Dialogues avec un Sauvage de Lahontan (éd. Lux) passant à la moulinette en 1702 les valeurs coloniales, monarchistes et théologiques.

Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.

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