Bulles pas pâles
Viande de chien et chienne de banque

LES PERSONNAGES ont des têtes de chiens, la vie de Liisa est jalonnée de violences conjugales mâtinées d’alcoolisme et Kalevi était lutteur dans sa jeunesse… Contrairement à ce qu’on pourrait penser, De la viande de chien au kilo1 ne se déroule pas dans le Sud des États-Unis. Non, cela se passe en Finlande, pays d’origine de l’auteur, Marko Turunen, qui narre ici l’histoire de ses darons toute en couleurs pétaradantes. Le flashy claque, mais pour le reste, c’est assez noir, y compris l’humour quand il relate les méchantes galères de sa mère (Liisa, donc) : « Leur union dura six jours, après quoi le mari partit picoler. » Son père (Kalevi, donc) était lutteur. Combattant, comme Liisa,mais professionnel. Sa carrière est retracée à travers ses joutes contre moult bestioles chatoyantes qui valent le coup d’œil, comme ce « Singe-Écureuil et [ce] Shetland [qui] se sont défendus âprement mais ont fini deuxième et troisième ». Dans ce format à l’italienne, le lecteur nage dans du bon gros social qui cogne dur, mais tout en atténuations animalières et colorées. À déguster lentement, à reprendre du début si nécessaire, pour bien appréhender ce bel objet si singulier dans la production BD actuelle.
Avec L’Affaire des affaires, l’enquête2, retour au classique : il s’agit du deuxième tome des tribulations de Denis Robert, journaliste et écrivain par qui est arrivée la première affaire Clearstream au début des années 2000. Attention, hein, la véritable affaire, pas Clearstream II, cette pauvre intrigue à nanar entre un futur ex-Président et un ex-Premier ministre se rêvant futur Président. Non, la vraie, celle qui nous a révélé l’existence de la désormais célèbre « banque des banques ». Ce volume retrace toute l’enquête de Denis Robert, de sa rencontre en 1997 au Luxembourg avec Ernest Backes, ancien cadre de Clearstream en possession de documents sur les fameux comptes « non publiés […] dont la plupart sont domiciliés dans des paradis fiscaux », jusqu’au limogeage du PDG de Clearstream, en 2001. Depuis, Denis Robert doit faire face aux plaintes à répétition de la banque des banques. Pour couvrir les frais des procès, on lui conseille un compte aux îles Caïman.
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
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1 Marko Turunen, De la viande de chien au kilo, éditions FRMK, 2009.
2 Denis Robert et Laurent Astier, L’Affaire des affaires, L’Enquête, Dargaud, 2009.
Cet article a été publié dans
CQFD n°76 (mars 2010)
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Paru dans CQFD n°76 (mars 2010)
Dans la rubrique Culture
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Mis en ligne le 30.04.2010
Dans CQFD n°76 (mars 2010)
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