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Karimouche : du stand-up au chant, l’énergie de la scène


paru dans CQFD n°131 (avril 2015), rubrique , par Nicolas Norrito, illustré par
mis en ligne le 01/06/2015 - commentaires

Elle a signé son premier album, Emballage d’origine, en 2010 (Atmosphériques), puis a écumé les scènes. La voici de retour avec Action (Pias/Blue Line, dans les bacs depuis le 29 mars), un joli disque de dix titres où elle déploie une nouvelle fois sa voix exceptionnelle. Elle était sur scène le 6 mars à Paris, pour un show quasi intimiste tout en beauté. On en a profité pour lui poser quelques questions. Chanteuse sensible et danseuse redoutable, Karimouche est une artiste à découvrir.

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Tu arrives tout juste de Lyon, c’est ta ville d’adoption ?

En fait, je suis lyonnaise depuis une quinzaine d’années. Je suis née à Angoulême, j’ai fait des études à Montargis puis à Paris, et enfin je me suis installée à Lyon. J’y suis arrivée en 2000, je travaillais déjà avec la compagnie Käfig comme costumière et comme danseuse. Dans les faits, je vis la moitié du temps à Paris, quand je n’ai pas mon fils. Je suis moi aussi en « garde alternée ». Toute mon équipe est à Lyon, on répète donc là-bas, dans le local d’un de mes musiciens.

Tu soutiens en ce moment Action, ton nouvel et deuxième album. Pas trop de pression ?

J’ai le trac. J’ai toujours le trac. Même à l’époque où je faisais du stand-up, tant cette peur est un moteur.

Ton idée, c’est de tourner autant que possible ?

Oui, on est déjà partis pour quelque 80 concerts, mais j’aimerais en faire davantage. J’aime la scène. J’ai fait 400 concerts à la suite du premier album, 400 concerts en quatre ans, c’est le bon rythme. Et puis la scène, c’est plus qu’une passion, c’est aussi mon gagne-pain !

J’avais vu un de tes concerts à la fête de Lutte ouvrière en 2011, et ce qui m’avait marqué, c’était ton énergie sur scène. Tu n’avais qu’un musicien à l’époque ?

Sur ce concert, il y avait eu une panne ! Il avait fallu redoubler d’énergie. Généralement, je tourne avec deux musiciens, mais en ce moment, on est cinq. Ce nouvel album, il m’a fallu dix-huit mois pour en venir à bout. J’ai à nouveau collaboré avec Mouss et Hakim, j’ai donc fait pas mal de sessions à Toulouse. Et puis j’ai rencontré Lionel Suarez (accordéoniste), qui m’a emmenée dans d’autres contrées, qui m’a poussée à chanter davantage. J’ai travaillé les mélodies avec une guitare ou un accordéon tandis que pour le premier album, je travaillais d’abord sur la rythmique. Peut-être que pour le troisième album, je ferai quelque chose de plus minimaliste car ce nouveau disque est très riche musicalement. En musique, je suis autodidacte, je dois donc beaucoup aux propositions de Lionel. On a fait des sessions de travail de 9 heures du matin à minuit, pendant plusieurs jours de suite, puis on rodait les morceaux sur scène en fin de semaine. Je les ai testés de juin 2014 à aujourd’hui, on a tourné à Mayotte et au Canada.

Tu peux revenir sur ton parcours de comédienne, puis avec Käfig ?

Avec la compagnie de danse Käfig, on a fait des tournées magnifiques de plusieurs semaines en Asie et au Moyen-Orient. Mais j’ai d’abord été comédienne, j’ai commencé le théâtre à l’âge de 12 ans. Puis j’ai fait du stand-up à partir de l’âge de 18 ans. En parallèle, j’ai suivi une formation dans une école de mode. À Lyon, je donnais des cours de théâtre la journée, faisais du stand-up le soir au Nombril du monde, et travaillais parallèlement comme costumière pour Käfig. Dans ce métier, si tu veux t’en sortir, il vaut mieux avoir plusieurs cordes à ton arc. J’ai fait aussi beaucoup de doublage de jeux vidéo. J’ai toujours chanté, mais chanter mes textes devant des gens, je n’aurais jamais cru que je le ferai.

Il y a un côté court-métrage pour chaque morceau de ce nouvel album, non ?

Oui. Western ou sixties. « Dans la lune », je l’ai écrit chez moi, dans un état un peu mélancolique. « La Noiraude », c’est une référence à la vache du dessin animé, c’est un morceau qui groove et qui est un peu barré. « Princes et princesses », c’est un morceau écrit avec Magyd Cherfi, qui renvoie à mes origines culturelles. Je me suis davantage lâchée pour cet album parce que lors du premier, j’avais plutôt tendance à éluder tout lien avec l’orientalité, à dire : « Oui, je m’appelle Carima, je suis née en Charentes, mais je chante de la chanson française et n’ai pas à être cantonnée dans le rap, le raï ou le R’n’B. »

Photo de Victor Delfim. {PNG}

En plus, tu chantes avec une gouaille très marquée « titi parisienne », avec parfois un accent à couper au couteau.

J’ai été bercée avec Ferré et Piaf, ça m’a marquée ! Mais aussi Idir (avec lequel j’ai fait quelques duos sur scène), Lounes Matoub, Cheb Khaled, Oum Kalsoum. Sur le premier album, j’ai refusé deux musiques orientales, je ne voulais pas tomber dans le cliché. Un mec m’a dit : « Tu devrais faire quelque chose de chez toi. » J’ai répondu : « Quoi, une bourrée charentaise ? » Tout ça est plus apaisé désormais. J’évoque la vie des sans-papiers dans « Mon nom est personne ». J’aborde la question des maisons closes dans « Ma place au soleil ». « Ki cki mm » (« Qui c’est qui m’aime ? »), c’est à la fois l’acceptation de la différence et le reflet de la superficialité d’une société contemporaine. Pour résumer, dans cet album, je me livre davantage, mais avec des clés. En revanche, je chante presque exclusivement en français. Je n’ai pas trop envie de me risquer à l’anglais, ou à l’arabe, même si dans ce dernier cas, je pense que cela viendra. Quand je vois la façon dont les choses se dégradent, je me dis qu’il faut que j’affirme aussi mes origines.

Karimouche, c’est un nom que tu utilises depuis que tu es chanteuse ?

C’était déjà mon nom de scène dans mes vies artistiques d’antan. Je l’ai conservé. C’est court et renvoie à un imaginaire ludique, circassien. C’est un peu comme cette grande affiche de moi dans le métro, elle est belle et signifiante, mais on ne me reconnaît pas. C’est une photo qui me ferait plutôt penser à ma grand-mère, qui était tatouée et arborait plein de bijoux.

Tu es distribuée par Pias, tu travailles avec Blue Line qui s’occupe aussi du management et du booking d’HK, de ZEP et de Zebda. Une grande famille ?

J’ai l’impression d’être dans un cocon ! Je suis très protégée et puis on travaille en petite équipe. Je suis vraiment contente. Cela permet des rencontres et des échanges, des duos sur scène comme sur disques.



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Par Nicolas Norrito


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