CQFD

Baroud d’honneur


paru dans CQFD n°112 (Juin 2013), rubrique , par Jean-Pierre Levaray, illustré par
mis en ligne le 26/07/2013 - commentaires

Dégoûtés. Oui, c’est ça, on est dégoûtés. Cet état d’esprit règne dans la plupart des services de l’usine mais surtout dans les ateliers de fabrication. Je vous l’avais expliqué (CQFD n° 109) : Total est en train de vendre notre usine. Au groupe autrichien, Borealis, dix fois plus petit que le trust pétrolier. Un groupe financé majoritairement par un fond d’investissement d’Abu Dhabi. Ça ressemble à d’autres cessions qui n’ont pas vécu longtemps et qui ont entraîné des fermetures de sites. Par ailleurs, Total ayant des rapports privilégiés avec les pays du Golfe, c’est sans doute un renvoi d’ascenseur.

Ce n’est pas le fait de quitter Total qui nous choque. On a trop subi cette « major  » qui ne cherchait qu’à se débarrasser de nous et qui n’a fait des investissements sur les sites que par la force des choses et surtout à cause des contraintes administratives.

Par Efix. {JPEG}

Pendant ces années, malgré le procès AZF, la multinationale s’est débarrassée de ses petits sites d’engrais, en les fermant ou en les vendant. Sauf que cela s’est toujours passé de façon soft, sans licenciements secs, avec des préretraites et de grosses primes de cession. C’était sans doute à cause d’un deal avec l’État : « Je ne fais pas de vagues socialement, mais je fais ce que je veux, même si c’est limite. » C’était aussi, après la Birmanie, l’Erika, AZF, Pétrole contre nourriture… pour ne pas se faire remarquer une fois de plus.

On commence donc à connaître les ficelles et les façons de faire. Pour une cession, cela entraîne des réunions, des rencontres avec les nouveaux acquéreurs… et, si possible, un mouvement social pour obtenir des garanties, du fric et autres.

C’est vrai que ça a été un peu compliqué d’intéresser les collègues (certains rouspétant même parce qu’ils ne pourraient plus acheter d’actions Total !), mais au fur et à mesure que le temps a passé, des inquiétudes sont apparues. D’autant que c’est encore une des prérogatives des syndicats : ils peuvent diligenter une expertise (financée par la direction) pour étudier si ça le fait ou pas [1]. Et là, ça ne le fait pas du tout : le cabinet d’expertises a découvert qu’il y avait des divergences entre les annonces et la réalité. Bon, c’est difficile à vous expliquer, mais ça craint pour certains ateliers et surtout pour ceux qui y travaillent.

Du coup les gens ont commencé à s’énerver. La mobilisation a grossi, AG et rassemblements devant la direction allant au-delà des seuls militants. La presse locale s’est même intéressée à notre cas. Surtout, il était possible, si ce n’est d’empêcher la vente, au moins de reculer les échéances en traînant le PDG devant les tribunaux pour un délit d’entrave avéré (des gens de Borealis intervenant déjà sur site avant la cession, ce qui est interdit). Bref, emmerder le taulier dans un dernier baroud d’honneur.

Mais voilà, ce n’est pas un scoop, la CFDT est toujours le syndicat des coups fourrés et, même s’ils jouent au début les jusqu’au-boutistes, ça ne dure pas longtemps. Les revendications se diluent très vite dans une discussion de marchands de tapis, une discussion cédétistes-direction qui se termine, entre amis, dans les bureaux de la direction. Et comme, au terme des discussions, il suffit qu’un seul syndicat signe pour que ce soit entériné, hop ! on a le droit a des garanties au rabais… Et une direction qui s’en sort bien. D’ailleurs le PDG a remercié officiellement les syndicalistes « raisonnables et responsables » pour la bonne conduite des opérations.

Dans les garanties, Total s’engage, s’il y a un plan social dans les trois ans, à reprendre les salariés de la boîte, mais quand on lit bien, on s’aperçoit qu’il n’en sera rien. Là encore, l’ANI du 11 janvier dédouanera le pétrolier. De même, rien sur des garanties de paiement pour la dépollution du site.

Le seul fait positif, c’est que les copains des ateliers étant dégoûtés, il y a comme une volonté de se bastonner une dernière fois avec cette direction. Tout semble être prétexte à mettre bas les marteaux. Ne serait-ce que pour quelques heures.


Notes


[1Le dernier Accord national interprofessionnel ou ANI en date remet partiellement en question ce droit.



1 commentaire(s)
  • Le 26 juillet 2013 à 10h20, par Nada -

    Merci l’ANI, merci la CFDT... (Je vois que Berger est le digne héritier de Chérèque). Courage les gars !

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Par Jean-Pierre Levaray


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