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Grande braderie chez Total !


paru dans CQFD n°109 (mars 2013), rubrique , par Jean-Pierre Levaray, illustré par
mis en ligne le 03/05/2013 - commentaires

Il y a eu des signes avant-coureurs comme le départ de notre directeur alors qu’il n’avait même pas deux ans de fonction sur le site. Il y a eu aussi les départs de certains cadres de l’usine et, plus nombreux encore, du siège social. Comme des rats quittant le navire. Mais on n’a pas trop fait gaffe. Et puis il y a eu les communiqués de presse pour nous annoncer que Total allait vendre sa filiale engrais. L’acquéreur serait Borealis, un groupe autrichien aux capitaux venant d’un fond d’investissement d’Abu Dhabi. Ce n’est pas à proprement parler un scoop. En décembre dernier le Pdg de Total avait annoncé, malgré des bénéfices records, qu’il y aurait de nombreuses cessions en 2013.

Voilà plus d’une décennie que Total veut se débarrasser de Grande-Paroisse. Depuis que Total a absorbé Elf, auquel la branche engrais appartenait. Total a déjà fourgué toute sa filiale chimie à Arkhema, pour que le sale boulot de licenciements et de fermetures d’usines n’éclabousse pas son « image ». Par contre, la multinationale n’a pas pu vendre ses engrais à cause d’un événement majeur : la catastrophe d’AZF. Là, ça aurait été vraiment trop voyant, presque grossier, que d’essayer de passer les usines à risque sous le tapis pendant les procès. Maintenant, quatre mois après la fin du procès en appel, les affaires peuvent reprendre leurs cours normal et Total d’officialiser cette vente, sans doute préparée depuis des années.

Bon, quitter le giron de Total, trust pétrolier qui se traîne des tas de casseroles (de la Birmanie à « Pétrole contre nourriture »), à titre perso, ça ne me fait ni chaud ni froid. D’autant que l’ère Total ne nous a amené que des technocrates et des cadres dirigeants se sentant au-dessus des lois. Changer de taulier, dans nos usines c’est quelque chose qui se fait souvent. Sauf qu’on n’était plus trop habitué, le règne Elf-Total ayant duré près de 20 ans. En plus, on va certainement y perdre des plumes. Quand on voit la vétusté des ateliers et les pannes récurrentes, on se doute que le nouvel acquéreur va faire le ménage à plus ou moins long terme. De toute façon, Borealis, groupe dix fois plus petit que Total, n’a sûrement ni les moyens ni la volonté de faire les investissements nécessaires.

Bien sûr, au niveau direction, on nous vend ce groupe autrichien comme étant le meilleur, qu’on va pouvoir aller de l’avant grâce à leur savoir-faire, etc. Un groupe spécialisé dans les plastiques et le pétrole qui ne possède que deux petites unités de fabrication d’engrais ! En fait on assiste actuellement à un redéploiement international au niveau du marché des engrais azotés. Il s’agit d’un marché juteux car les céréaliers sont riches, les cours des céréales très élevés et le modèle productiviste toujours dominant. Mais ce marché n’intéresse pas Total qui se recentre sur les recherches et explorations pétrolières. Calcul différent pour Borealis, sans doute davantage attiré par le carnet de commandes d’engrais, qu’il utilisera pour ses produits ou revendra, que par les unités de production.

C’est le même scénario partout : les multinationales, après avoir engrangé de confortables profits, anticipent la mutualisation des pertes. Quand arrivera le moment de la fermeture, le futur acquéreur sera tellement insolvable que ce sera à la collectivité de se charger des licenciements et de la dépollution (plusieurs centaines de millions d’euros pour ma boîte).

Pour l’instant, dans la boîte, ça réagit peu. Seuls les syndicats semblent motivés, d’autant qu’il va y avoir des tas de réunions, d’expertises et que cela va durer au moins six mois. Les copains ne s’en fichent pas pour autant. Mais, pour le moment, c’est juste un changement de patron et de couleur des bleus. Par ailleurs, plus d’un quart des salariés aura quitté l’usine dans les trois ans, pour cause de départs en retraite. Ceux qui resteront seront âgés et un plan de licenciements pourrait être une bonne porte de sortie. Quant aux plus jeunes, fatalistes, ils disent savoir depuis longtemps qu’ils ne passeront pas toute leur vie dans une seule boîte.

Reste les cadres qui semblent pour l’instant les plus paniqués de devoir quitter le giron de Total. Ils pensaient tous progresser et « faire carrière » dans la sphère pétrolière. Caramba, encore raté !

Par Efix {PNG}



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Par Jean-Pierre Levaray


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