Bosser moins pour vivre plus

Réduire le temps de travail : l’évidence abandonnée

C’est une bataille que la gauche semble avoir délaissée. Comme s’il était désormais vain, voire honteux, de réclamer moins de labeur pour plus de bonheur. Et pourtant, la réduction du temps de travail, au cœur des luttes sociales des siècles précédents, est une solution de bon sens. Retour sur l’histoire d’une idée.
Illustration de Pirikk

« Et les économistes s’en vont répétant aux ouvriers : travaillez, travaillez pour augmenter la fortune sociale  »

Paul Lafargue, Le droit à la paresse (1883)

Passer aux 28 heures hebdomadaires ? Ils et elles ont dit non. Mi-juin 2020, la Convention citoyenne pour le climat était appelée à se prononcer sur la proposition suivante : « Réduire le temps de travail sans perte de salaire dans un objectif de sobriété et de réduction des gaz à effet de serre ». Sur les 150 citoyen·nes tiré. es au sort pour définir une série de mesures contre le réchauffement climatique, 65 % ont voté contre. Comment expliquer ce rejet ?

Le Monde (20/06/2020) nous livre une clé : « Beaucoup d’intervenants se sont notamment inquiétés de ses conséquences économiques et de l’image que son adoption donnerait de leurs travaux. » Ainsi d’une certaine Mélanie : « C’est totalement déconnecté de la réalité et c’est indéfendable dans le contexte actuel. Et cette mesure discrédite totalement la convention, c’est donner le bâton pour se faire battre. Si c’est proposé, ça sera rejeté et ça aura juste discrédité notre travail. »

Nul doute que les 28 heures hebdomadaires auraient suscité, chez les gens sérieux, sourires condescendants, doctes rappels à la « réalité » et aux sacrifices exigés par « l’économie ». Et si l’autocensure des membres de la Convention n’avait pas suffi, les ministres et parlementaires à qui seront soumises leurs propositions auraient sans doute écarté celle-ci d’un revers de main, comme le fit Emmanuel Macron avec celle de taxer les dividendes : la « démocratie participative » n’a jamais eu vocation à trop bousculer les certitudes au pouvoir.

On aurait pourtant pu imaginer la question, très sérieuse, soulevée comme telle dans le monde d’après. « L’opinion publique » du confinement semblait prête à lever le pied : début avril 2020, un sondage indiquait par exemple que 68 % des quidams interrogés étaient « contents de pouvoir consacrer plus de temps à eux ainsi qu’à leurs proches » 1 ; les télétravailleurs se prenaient à penser au sens de la vie en dehors du bureau ; on fêtait le travail chez soi, en rêvassant peut-être à la poursuite du combat des martyrs de Haymarket à Chicago, pendus en 1886 pour avoir voulu limiter à 8 heures son emprise sur la journée 2. Et puis le Medef a clos le débat avant qu’il ne soit ouvert : « l’économie » exige qu’on charbonne davantage pour compenser les pertes du confinement. En face, trop occupée sans doute à empêcher son allongement sous forme de retraite à points, la gauche ne porte pas avec beau coup d’ardeur la réduction du temps de travail 3.

Le temps libre, c’est la gauche

Et pourtant, la réduction du temps de travail est un vieil espoir révolutionnaire et un acquis tangible arraché à la social-démocratie. Avant d’être une politique économique – efficace – de technocrates sociaux-traîtres 4 « pour l’emploi », c’est un projet radical d’émancipation : celui de soustraire nos existences à l’extorsion de plus-value par la torture du travail.

Goulags soviétiques et autres « camps de redressement par le travail » l’ont fait oublier, mais le socialisme est le projet de moins travailler.

Pendant la « révolution industrielle », le capital s’est accumulé en vampirisant le temps des paysans déracinés, celui des femmes, des enfants, parfois à raison de 16 heures par jour. Il a supprimé les jours chômés de l’Ancien Régime (près d’un sur trois) et – déjà ! – le dimanche, qui ne fut regagné qu’en 1906 en France. Il rééduquait aussi les « indigents valides » par le travail forcé dans les workhouses 5. Le mouvement social lui a toujours opposé la conquête du temps libre.

Grand Bond en avant chinois, goulags soviétiques et autres « camps de redressement par le travail » l’ont fait oublier, mais le socialisme est le projet de moins travailler, depuis les « utopistes » Charles Fourier et Robert Owen 6 , inspirés par l’Utopia de Thomas More où l’on travaillait 6 heures par jour (en 1516 !), jusqu’au « socialisme scientifique » de Karl Marx : « C’est au-delà [de la sphère de la production matérielle] que commence l’épanouissement de la puissance humaine qui est sa propre fin, le véritable règne de la liberté. [...] La réduction de la journée de travail est la condition fondamentale de cette libération », écrit-il dans Le Capital.

En 1866, lors du congrès de Genève, l’Association internationale des travailleurs (Première Internationale) inscrit dans ses statuts : « Nous déclarons que la limitation légale de la journée de travail représente la condition préalable sans laquelle toutes les tentatives ultérieures d’amélioration et d’émancipation avorteront. » Loin du travail exalté par la statuaire soviétique, Marx imagine un monde où l’on travaillera «  en dépensant le moins d’énergie possible, dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine ». Le communisme était une promesse d’abondance matérielle et de temps retrouvé.

« Les nations heureuses qui lézardent au soleil »

Fidèle à la pensée de Marx, son gendre Paul Lafargue ne s’y trompe pas dans Le Droit à la paresse (1883) qui conspue la « passion moribonde du travail » de la classe ouvrière, ainsi rendue – ironiquement – responsable de ses malheurs : « Honte au prolétariat français ! » qui, en 1848, s’est soule vé pour le « droit au travail » au lieu d’exiger qu’il soit, ainsi que les richesses, équitablement réparti. Alors que le progrès technique devrait être le moyen de s’en libérer, ce « dogme désastreux » est cause d’une surproduction qui provoque chômage et baisses de salaires, encourage les gouvernements « à s’annexer des Congo, à s’emparer des Tonkin, à démolir à coups de canon les murailles de la Chine » pour écouler les marchandises. Et ces crises amènent les financiers « chez les nations heureuses qui lézardent au soleil en fumant des cigarettes, pour y poser des chemins de fer, ériger des fabriques et importer la malédiction du travail ».

Déjà Lafargue montre l’absurde du « grand gaspillage », de l’obsolescence programmée, des « besoins factices » qu’engendre cette « folie qu’est l’amour du travail ». Il faut donc contraindre le prolétariat « à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit ». Il participe à l’organisation à Fourmies, dans le Nord de l’industrie textile, de la première fête du 1er mai en 1891, où l’on scande pacifiquement : « C’est les 8 heures qu’il nous faut ! » L’armée fait dix morts, dont deux enfants, et 35 blessés. Lafargue est condamné à un an de prison, et le 1er mai prend définitivement place dans notre calendrier.

Travailler à tout prix

Bien plus tard, John-Maynard Keynes, un économiste libéral confortablement installé dans l’establishment britannique, écrit une Lettre à nos petits-enfants (1930) dans laquelle la réduction du travail passe d’utopie à fatalité : du fait de l’accumulation du capital et du progrès technique, il prévoit pour 2030 un niveau de vie quatre à huit fois plus élevé. L’humanité libérée du « problème économique » vivra dans l’abondance en ne travaillant plus que 3 heures par jour. Alors, écrit-il, « il nous sera possible de nous débarrasser de nombreux principes pseudo-moraux qui nous ont tourmentés pendant deux siècles et qui nous ont fait ériger en vertus sublimes certaines des caractéristiques les plus déplaisantes de la nature humaine ». L’amour de l’argent, par exemple, « sera reconnu pour ce qu’il est : un état morbide plutôt répugnant, l’une de ces inclinations à demi criminelles et à demi pathologiques dont on confie le soin en frissonnant aux spécialistes des maladies mentales ». Peu de chances, hélas, que la décennie à venir lui donne raison.

C’est que le génie des sociétés de consommation s’est employé à créer des « besoins » inutiles. Il y a aussi eu mille trouvailles pour « créer des emplois » et les « sauver ». D’un côté, l’invention d’une « société de valets », comme l’appelle André Gorz 7, permise par la « croissance riche en emploi » de la « société de services », avec ses livreurs et livreuses à vélo privé.es de droit du travail, ses damné.es des services à la personne et de la société du care, ses précaires occupé·es à faire ce que les salarié·es overbooké·es n’ont plus le temps de faire, tous ces gens pour qui « l’idéologie du travail est devenue une mauvaise farce ». De l’autre côté, les bullshit jobs étudiés par l’anthropologue David Graeber, reconnaissables à leurs intitulés ronflants, à leurs salaires parfois grandiloquents, et qui sont parfaitement inutiles quand ils ne sont pas socialement nuisibles : la finance, le marketing, les cabinets de conseil, etc.

En toile de fond depuis un bail, le chômage de masse et le sous-emploi, gardiens de la modération salariale 8, de l’accélération des cadences et de l’amour du travail.

Concrète utopie

Qui pensait, comme Keynes, le temps voué à être progressivement libéré des chaînes du travail, a sous-estimé l’efficacité de la discipline néolibérale, capable de stopper la baisse multiséculaire des heures qui y sont consacrées 9. « Le surmenage pour les uns et la misère pour les autres », résumait déjà en 1932 le philosophe Bertrand Russell, en conclusion de son bref et limpide Éloge de l’oisiveté, avant d’ajouter qu’« en cela, nous nous sommes montrés bien bêtes, mais il n’y a pas de raison pour persévérer dans notre bêtise indéfiniment ».

Du reste, ce ne sont pas les arguments raisonnables qui manquent pour arrêter cette bêtise, dont beaucoup sont d’ailleurs en phase avec la rationalité économique.

De nombreuses propositions de mise en œuvre tout à fait « crédibles » et « connectées à la réalité » sont prêtes à... l’emploi.

La réduction du temps de travail rend plus productif. Elle réduit le chômage et son cortège de malheurs, ses 10 000 morts par an au bas mot 10. C’est une politique qui peut être indolore pour les finances publiques 11. Sans compter que la diminution du nombre d’accidents, de l’usure physique et de la « souffrance au travail » représenterait des économies substantielles pour le système de santé. En travaillant moins, les gens sont moins stressés et rattrapent le sommeil perdu – on dort aujourd’hui en moyenne une heure et demie de moins qu’en 1970 12 ! Les relations de genre deviennent plus égalitaires 13 et, puisque c’était le thème de la Convention citoyenne, la réduction du temps de travail réduit effectivement la pollution 14

De nombreuses propositions de mise en œuvre tout à fait « crédibles » et « connectées à la réalité » sont prêtes à... l’emploi, même s’il est vrai qu’elles supposent souvent un autre partage des fruits du labeur. Une utopie concrète a priori populaire pour « changer la vie » donc, réunir chômeur·ses, auto-entrepreneur·ses et salarié·es de tous les pays, réconcilier la gauche avec son projet d’émancipation : « C’est moins d’heures qu’il nous faut  »

Qui craint le temps libre ?

Pourquoi la morale pro-travail semble-t-elle se faire plus pesante à mesure que celui-ci devient superflu ? L’humanité (des pays riches) sombre-t-elle dans la « “dépression nerveuse” universelle » que craignait Keynes pour 2030 ? Privée par le progrès technique de sa « finalité traditionnelle » qu’avait été depuis son origine la recherche de la subsistance, mais devenue incapable de « préserver l’art de vivre et de le cultiver de manière plus intense » et trop habituée au turbin pour « occuper les loisirs de manière agréable, sage et bonne », cette humanité préfère encore le travail à tout prix et le chômage qui va avec. « C’est une société de travailleurs que l’on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. […] On ne peut rien imaginer de pire », s’inquiétait aussi Hannah Arendt dans La Condition de l’homme moderne (1958).

C’est donc en partie la difficulté à affronter ce problème existentiel qui fait obstacle à la sortie de la « société du travail ». Mais qui craint le temps libre ? « L’idée que les pauvres puissent avoir des loisirs a toujours choqué les riches  », rappelait Bertrand Russell. Il y a les potentialités subversives de « l’oisiveté » : « Plus mes peuples travailleront, moins il y aura de vices », disait Napoléon, « le travail est la meilleure des polices », disait Nietzsche, « le monde appartient à ceux qui ont des ouvriers qui se lèvent tôt », disait Coluche. Pour les patrons philanthropes et autres hygiénistes du XIXe siècle, le travail a cette vertu d’éviter au peuple l’ivrognerie, la luxure, la délinquance et le socialisme. Seuls les riches savent s’occuper, et c’est en le faisant savoir que la classe de loisir 15 affirme sa supériorité, tout en louant pour les autres la « dignité du travail » et la simplicité. Comment diable les gueux occuperaient-ils leur temps autrement ? Et ne risquent-ils pas d’occuper les ronds-points et les Champs-Élysées ?

Que le temps libre des masses inquiète la bourgeoisie s’entend, elle qui n’a jamais cessé de traquer les « temps morts » au travail, mais que faire des angoisses que cette perspective fait naître chez d’autres ? Ceux qui se demandent que faire avant et après le taf, pendant ce(s) jour(s) de la semaine libéré(s), ces années sabbatiques, ces vacances rallongées, cette retraite anticipée ? Et que répondre lorsqu’on nous demande « ce qu’on fait dans la vie », quand notre place dans la division du travail ne suffit plus à le résumer ?

Le temps libre rend libre

Par « réduire le temps de travail », il faut entendre réduire le travail aliénant, abstrait, en miettes, sans qualités. Avoir en tête, par exemple, une image du travail dans les abattoirs 16 , se rappeler qu’il y a toujours des ouvrières et des ouvriers qui triment dur, beaucoup trop dur. Il ne s’agit donc pas de s’en prendre au travail par lequel « je réaliserais mon individualité », celui qui apporte, comme disait Marx, la « joie spirituelle de satisfaire un besoin humain […] et d’apporter à un autre ce qui lui est nécessaire » 17. Bien au contraire, cette forme de travail que, dans le contexte actuel, les économistes placent dans la catégorie « loisirs » parce qu’elle ne crée pas officiellement de « richesses » (l’autoproduction, le travail domestique et le bénévolat), toutes ces activités « autodéterminées » dont on n’a pas à chercher bien loin le sens, on aura tout le loisir de s’y livrer.

Plus de temps pour « cueillir des châtaignes ou des orties ».

Au grand dam de l’emploi et de la richesse nationale sans doute, on pourra même songer à s’occuper davantage, par nous-mêmes, de nos enfants et de nos vieux, ainsi que le réclamaient par la grève les métallurgistes allemands du syndicat IG Metall en 2018. Après avoir gagné le droit aux 28 heures pendant deux ans, ils demandent aujourd’hui qu’elles deviennent la règle.

Nul besoin d’un « ministère du temps libre » en tout cas pour « goûter les joies de la terre, pour faire l’amour et rigoler ; pour banqueter joyeusement en l’honneur du réjouissant dieu de la Fainéantise », comme préconisait Lafargue. S’il faut des idées, on peut puiser parmi les plus belles des partisan·es de la libération du temps, celles de Bertrand Russell par exemple : s’approprier les occupations autrefois réservées à la « classe oisive » comme les études, la pratique des arts et de l’écriture, sans plus penser à se vendre. Quand Russell dit qu’il faudra s’éduquer à vivre en travaillant moins, il ne pense « pas principalement aux choses dites “pour intellos” » mais, par exemple, à la redécouverte des «  impulsions qui ont commandé au développement des danses paysannes et qui doivent toujours exister dans la nature humaine ». Les occupations seront naturellement moins passives qu’à présent où «  les énergies actives sont complètement accaparées par le travail ». Yolande, par exemple, défendait les 28 heures à la Convention citoyenne car ça lui aurait permis d’avoir plus de temps pour « cueillir des châtaignes ou des orties » 18. Osera-t-on l’en priver plus longtemps ?

Manuel Rolland

2 Ces leaders anarchistes étaient accusés d’avoir jeté une bombe sur la police dans un contexte de manifestations mortellement réprimées. Au terme d’un procès très critiqué, quatre furent exécutés. Un autre se suicida en prison.

3 La CGT et le NPA demandent tout de même les 32 heures hebdomadaires, tandis que la France insoumise veut « ouvrir la discussion » sur le sujet. La CGT, la FSU, Solidaires, le Fidl, le MNL, l’Unef et l’UNL ont lancé un appel à la grève pour le 17 septembre qui revendique notamment la réduction du temps de travail sans perte de salaire.

4 La réforme des 35 heures a permis de « flexibiliser » les emplois du temps. Elle s’est accompagnée d’une baisse de cotisations sociales patronales, faisant porter sur les contribuables des sacrifices que le Parti socialiste n’osait pas demander au patronat. Leur mise en place s’est souvent accompagnée d’une augmentation du rythme de travail non contrôlée, laissant ici et là le goût amer des pauses disparues aux travailleurs et travailleuses – tout de même très majoritairement favorables au système des RTT (réduction du temps de travail).

5 En 1834 en Angleterre, une « loi sur les pauvres » instaure l’enfermement des indigents en capacité de travailler dans ces « maisons de terreur », où l’on besogne jusqu’à 18 heures par jour dans les pires conditions.

6 Owen préconisait les 8 heures de travail quotidien et fit beaucoup pour que soit voté le Factory Act de 1819. Loin de ses ambitions, cette première loi réglementant le travail interdit théoriquement celui des enfants de moins de 9 ans, limita à 12 heures par jour celui des 9-16 ans et à 15 heures celui des adultes : semaine de 90 heures !

7 « Pourquoi la société salariale a besoin de nouveaux valets  », Le Monde diplomatique (juin 1990).

8 La pensée économique dominante a donné le petit nom de NAIRU non-accelerating inflation rate of unemployment ») à cette théorie du bon sens patronal : il faut un taux de chômage suffisant pour menacer de mettre à la porte les trublions qui réclament des hausses de salaire.

9 Depuis la révolution conservatrice aux États-Unis et au Royaume-Uni, depuis les 35 heures en France.

11 Moins de chômage, c’est moins de dépenses sociales et plus de recettes fiscales.

13 Voir par exemple le livre de Dominique Méda, Le Temps des femmes – Pour un nouveau partage des rôles, Flammarion, 2001.

14 Pour un survol des études menées sur le sujet : « Réduire le temps de travail pour sauver l’environnement », Alternatives économiques (09/11/2018).

15 Théorie de la classe de loisir, Thorstein Veblen, 1899.

16 Voir par exemple le documentaire Entrée du personnel de Manuela Frésil (2011) ou lire Steak machine de Geoffrey Le Guilcher (Goutte d’or, 2017). Lire aussi pp. IV & V du présent dossier notre entretien avec l’écrivain Joseph Ponthus : « L’usine te bouffe le temps, le corps et l’esprit ».

17 Manuscrits, 1844.

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1 commentaire
  • 11 janvier, 19:29, par Benjamin C

    MERCI !!! Oui, oui, oui ! En mai 2020, j’avais écrit ce texte, mais sans aller au bout. Je le mets ici parce que l’idée est de faire du jiu-jitsu politique : se servir de ses faiblesses comme d’un levier ; en faire sa force.
    — - Aller vers le monde d’après – Pour une semaine de 21h

     Pour réellement aller vers un monde d’après, les mesures ne doivent pas seulement être fortes ; elles doivent également être symboliques, toucher non seulement l’économie, le travail, l’écologie, mais aussi l’ensemble de nos valeurs, de nos comportements : notre rapport au monde.
     Pour réellement fédérer le social et l’environnemental, pour réellement être audible, il faut des mesures qui comportent non seulement des objectifs sectoriels (finances, transports, habitat, santé …), mais il faut aussi un faible nombre de mesures chapeau, communes aux aspirations sociales et environnementales en même temps, portant de manière simple les prémices d’un changement de société en profondeur1.
     Ces mesures chapeau sont écrites durant cette période précise, spéciale, dont un des enseignements principaux est que TOUT EST POSSIBLE. Par conséquent, si votre première réaction est de vous dire « c’est n’importe quoi, ce n’est pas faisable », ce qui est le réflexe qu’une majorité de personnes a pris depuis des lustres, il faut tenter de s’en déparer. Ce qu’il faut se demander, c’est si cela est souhaitable. Si cela vous parle, vous, individuellement, pour vous, pour vos proches, pour votre vision de la société d’après. Ce genre de mesures symboliques et fortes rencontrent évidemment des oppositions tout aussi fortes qui nous font dire « jamais cela ne passera, les gens n’accepteront pas » ; il faut alors réussir à imaginer leur mise en place effective dans un monde dans lequel une majorité de gens les a appelées de leurs vœux, ce qui lève bon nombre des freins a leur mise en œuvre.

     Semaine de 21h : limiter massivement le temps de travail, car cette limitation a plusieurs objectifs concomitants qui ne pourraient être atteint avec une petite diminution du temps de travail Rupture radicale avec la « valeur travail » et le « travailler plus pour gagner plus » Limiter la pénibilité des métiers pénibles Permettre des embauches massives, notamment dans les services publics Accentuer la souplesse de l’embauche Produire moins pour polluer moins Acter l’automatisation de nombreux postes de travail Dégager du temps de vie associatif, familial, convivial, pour se réapproprier la politique au bon sens du terme, pour créer et gérer des coopératives, pour favoriser l’auto-construction, l’auto-production vivrière et/ou artisanale visant à l’autonomie

    [Il y en avaient d’autres, mais ce serait hors sujet] Bien à vous, et encore merci pour votre article qui me fait un bien fou !!!

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