Cot cot cot, fait la lutte des classes
Films de poulettes politisées
Est-ce que vous aimez le rose ? Pour beaucoup de jeunes filles féministes, c’était presque la honte d’avoir un goût pour cette couleur, d’office associée au girly, à des têtes à coiffer, à des frivolités dénuées de tout intérêt. De cette misogynie culturelle, la chaîne YouTube Random essais en parle dans son épisode « Chick flicks et Dirty dancing, bien plus que des films de meufs ».
Alors oui, on sait, à bas les GAFAM, Google au bûcher et YouTube au milieu. Mais quoi qu’on en dise, cette plateforme reste un moyen d’expression pour plein de créateur·ices, par ailleurs largement sous-rémunéré·es pour leur travail et l’argent qu’iels rapportent à la multinationale. Donc on soutient les prolétaires du numérique, et on visibilise les youtubeur·euses.
Et ce n’est pas comme si on faisait ici l’apologie du capitalisme et de son pote le patriarcat. Au contraire, la vidéo de Random essais tient un propos féministe intersectionnel, qui cherche à réhabiliter un genre stigmatisé jusque dans le nom qui le décrit : le chick flick (traduisez « film de poulette »). Un cinéma de meuf, des comédies où il est question d’émotions, de sentiments, parfois de romance. Dès son apparition dans les années 1970, il subit un mépris aussi important que ses performances au box-office. « L’histoire du chick flick montre que les films populaires auprès des femmes sont dévalorisés non pas malgré leur succès, mais précisément à cause de son public. » Par exemple selon la vidéaste, le discrédit jeté sur des films comme Twilight, saga vampirique culte des années 2010, tient davantage au jeune âge et à la féminité de ses fans qu’à des critiques constructives sur l’œuvre. Elle prolonge la réflexion en rendant justice à son film préféré, Dirty Dancing (celui de 1987), « qui prouve que les films de meufs peuvent être des œuvres engagées, subtiles, et qui méritent d’être prises au sérieux ». L’histoire n’est pas seulement celle d’une jeune femme qui se passionne pour la danse en même temps que pour son professeur musclé. La lutte des classes est au cœur de l’intrigue, et s’insinue dans les relations entre Johnny et Bébé. L’héroïne découvre les privilèges de sa propre position sociale.
Le titre de la chaîne prévient, il s’agit d’un essai. L’argumentation saute d’un film à un autre, en passant par une étude, un plateau télé ou une expérience personnelle. La voix off de la vidéaste glisse sur des images cinématographiques, s’interrompt au profit de scènes de films éloquentes. Le propos est convaincant, on en ressort avec une pointe d’amertume envers Timothée Chalamet, et l’envie de se plonger dans Confessions of a Shopaholic, Stella Dallas, ou toutes autres références de la culture populaire féminine trop souvent décrites à tort comme des « plaisirs coupables ».
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
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Cet article a été publié dans
CQFD n°251 (avril 2026)
Alors que Macrotte se croit en pleine guerre de la reproduction et prévoit d’envoyer une lettre à tous les jeunes de 29 ans cet été, CQFD s’intéresse à ces femmes qui résistent encore et toujours à la maternité. Dans ce dossier refus de la maternité, la parole est donnée à ces résistantes du ventre et on évoque la difficulté à obtenir une stérilisation définitive quand on a un utérus. Hors dossier, reportage sur les docks de l’Estaque, où Thousand Madleens prépare une flotte pour la bande de Gaza, puis retour sur d’amères commémorations du coup d’État militaire en Argentine. Focus sur une maladie méconnue dont les victimes subissent la double peine des symptômes et d’une société maltraitante et chronique XXL d’une sortie scolaire en plein blocus, contre les suppressions de postes de profs.
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Paru dans CQFD n°251 (avril 2026)
Dans la rubrique Culture
Par
Illustré par Marina Margarina
Mis en ligne le 25.04.2026
Dans CQFD n°251 (avril 2026)




