Cap sur l’utopie

« Camarades, précipitons les événements ! » (Durruti)

Où l’on parle de Praxis de la guérilla urbaine, sélection canon des appels à la lutte armée inventive de l’indomptable foudre de guérilla brésilien Carlos Marighella (1911-1969).

Une bien mauvaise nouvelle pour les propriétaires de la planète : deux de leurs plus irréductibles ennemis, Jann-Marc Rouillan, ex-fer de lance d’Action directe, et Ron Augustin, ex-activiste de la Fraction armée rouge, orchestrent désormais une redoutable collection anticapitaliste, « Au bout du fusil », aux éditions Premiers matins de novembre. Et après avoir ouvert le feu en 2021 avec Amilcar Cabral 1, l’âme damnée de l’anticolonialisme en Guinée-Bissau et au Cap-Vert, ils continuent fulguramment le combat avec Praxis de la guérilla urbaine (avril 2022), une sélection canon des appels à la lutte armée inventive de l’indomptable foudre de guérilla brésilien Carlos Marighella (1911-1969).

Né à Bahia, il est vite considéré à l’École polytechnique comme un bien drôle de pistolet par ses profs et ses petits condisciples parce que, même aux examens, il rédige ses copies en vers libres. Plus tard, le bonito garoto 2 » (c’est ainsi qu’on le sobriquette dans le sertão) forme bientôt des groupes clandestins armés qui élisent comme terrain de jeu des prisons, des casernes, des crédits fonciers, des fazendas de richards. Enflammés par son Manuel du guérillero urbain (1969), des groupes d’action anti-impérialistes d’abord mao-guévaristes puis ardemment autonomes se constituent peu à peu. Leur bilan n’est pas de la tortilla. Ils dégomment le capitaine Charles Rodney Chandler, qu’ils soupçonnent d’être un espion de la CIA, se rendent maîtres de stations radio pour y carillonner des proclamations révolutionnaires, relaxent joyeusement des companheiros de la prison de Rio 3, accueillent de nombreux déserteurs, enlèvent l’ambassadeur des States Charles Burke Elbrick qu’ils échangent contre quinze des leurs et braquent une flopée de banques.

« Comment envisagez-vous de poursuivre la guérilla urbaine ? » demande Conrad Detrez au Preto dans le n°3 du mensuel Front.
« On peut faire un tas de choses : kidnapper, dynamiter, descendre les chefs de police, en particulier ceux qui font torturer ou assassiner nos camarades, ensuite continuer à exproprier des armes et de l’argent. Nous souhaitons que l’armée brésilienne acquière l’armement le plus moderne et le plus efficace car nous le lui déroberons. Et puis on peut aussi saisir le bétail et les vivres des grandes haciendas pour les donner aux paysans. Par ailleurs, les ouvriers mariés, pères de famille, peuvent très bien saboter les machines, fabriquer en secret des armes, détruire le matériel. Avec un peu de sable, la moindre fuite de combustible, une lubrification mal faite, un boulon mal vissé, un court-circuit, des pièces de bois ou de fer mal agencées peuvent causer des désastres irréparables. »

Quelques trucs tactiques et stratégiques signés Marighella :

• « Vous avez certainement remarqué que nous annonçons souvent quelles seront nos prochaines actions. C’est à dessein. L’ennemi sait ce que nous ferons mais il ne sait ni où, ni quand, ni comment nous le ferons. Nous avons ainsi toujours l’avantage.  »

• « Au cours de l’année 1968, les étudiants brésiliens ont réussi à réaliser d’excellentes opérations tactiques en lançant des milliers de manifestants dans les rues à sens unique et à l’encontre des voitures, en utilisant des lance-pierres et des billes de verre qu’ils répandaient entre les pattes des chevaux de la police montée.  »

• «  Lorsque les forces ennemies détachent un groupe de soldats ou de policiers pour encercler un ou plusieurs de nos camarades, nous devons, à notre tour, détacher un groupe plus important pour encercler ceux qui les encerclent.  »

• « Augmenter graduellement les troubles par le déclenchement d’une série interminable d’actions imprévisibles.  »

Caramba, caramba  ! Viva Marighella !

Noël Godin

1 Ne faites pas croire à des victoires faciles d’Amilcar Cabral, préfacé par Amzat Boukari-Yabara.

2 « Beau garçon », en portugais. ] Carlos « organise des grèves quand il n’est pas en prison », raconte l’écrivain Conrad Detrez. « O Preto [[« Le Noir ».

3 Marighella : « Aucune prison, qu’elle soit située dans une île du littoral, en ville ou à la campagne, ne peut être tenue comme inexpugnable face à l’astuce et à la puissance de feu des révolutionnaires. »

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