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Retour en prison pour une clope


paru dans CQFD n°105 (novembre 2012), rubrique , par Olivier Katre
mis en ligne le 28/12/2012 - commentaires

Le 22 octobre, en début de soirée, Medhi, 28 ans, discute dans la gare de la Part-Dieu à Lyon avec des amis ; l’un d’entre eux fume une cigarette qu’il écrase prestement à l’approche des agents de la Suge, la police de la SNCF. Ils intiment alors au groupe d’amis l’ordre de quitter la gare et décident de verbaliser le fumeur. Mehdi proteste. Le ton monte et ce dernier préfère s’en aller. Sa réaction déplaît à l’un des agents qui le poursuit, l’interpelle en dehors de la gare, le met violemment à terre et le menotte. Mehdi hurle et s’agite alors même qu’il a les bras entravés, avant d’être embarqué au poste de police.

Le 24 octobre, lors de l’audience dans la salle des comparutions immédiates du tribunal de grande instance de Lyon, les procès-verbaux des agents de la Suge parlent d’« outrage » et de « résistance » et laissent entendre que lors de son interpellation « Mehdi avait les yeux brillants et semblait avoir bu ». Ils évoquent des insultes (« bâtard… enculé…traitre ») et des coups que Mehdi aurait portés lors de son interpellation. Le juge évoque l’enfance et la vie de Mehdi : un père absent, un logement en foyer d’urgence, des échecs scolaires, des missions d’intérim et un métier de brancardier en contrat avec les Hospices civils de Lyon, contrat qui ne sera pas renouvelé suite à une inscription dans son casier judiciaire, ce nouvel échec le poussant vers la maison d’arrêt pendant plusieurs mois, avant d’être libéré fin septembre 2012. Mehdi reconnaît avoir insulté les agents lors de son interpellation et présente ses excuses aux parties civiles. Concernant les coups, il explique : « quand j’étais menotté à terre, j’ai pété un câble, hurlé, dit des insultes. Je me suis défendu mais je n’ai pas porté volontairement des coups. » Quant aux « victimes », deux des agents présentent des certificats médicaux avec cinq jours d’incapacité temporaire totale. Le troisième ne s’en voit accorder que deux.

Le procureur interroge avec une pointe d’ironie Mehdi : « Vous dites que votre mère est malade, mais vous pensez que c’est bien pour elle que vous traîniez à la Part-Dieu après 22h30 ? C’est pour chercher du travail ? » « J’en veux à moi-même, je ne sais pas ce que j’ai dans le cerveau… J’ai injurié un des agents, c’est vrai », répond Mehdi. « Le prévenu a-t-il fait des démarches pour retrouver un emploi depuis sa sortie de prison ? Il n’y a pas de documents à ce sujet », poursuit le magistrat qui choisit d’omettre la difficulté qu’il y a à les rassembler en 48 heures. Il réclame une peine de dix mois de prison dont six mois avec sursis et mise à l’épreuve de 24 mois, assortie d’une obligation de travailler et de l’interdiction de séjourner dans un périmètre de trois cents mètres autour des gares, et demande le placement sous mandat de dépôt, afin que Mehdi ne puisse pas bénéficier d’un éventuel aménagement de peine.

En cinq minutes, l’avocat commis d’office tente de rectifier les propos du procureur en rappelant les différentes missions d’intérim que Mehdi a déjà effectuées. Il évoque la difficulté de chercher du travail tout en étant exclu d’un large périmètre autour des gares et donc d’une partie du réseau de transports en commun, et demande que la peine ne soit pas assortie d’un mandat de dépôt afin de permettre à son client une réinsertion dans la société.

Après un délibéré, le tribunal condamne Medhi à une peine de dix mois de prison dont huit avec sursis et mise à l’épreuve de deux ans, assortie de l’interdiction de paraître dans un périmètre de trois cents mètres autour de la gare de la Part-Dieu et des obligations de travailler ou de suivre une formation et d’indemniser les agents de sécurité de la Suge. Le tribunal décide en outre de la mise sous mandat de dépôt qui envoie directement Mehdi en maison d’arrêt…

Avant de quitter la salle, le juge interroge encore Mehdi pour savoir s’il a besoin de consulter un médecin ou un psychiatre et s’il a déjà tenté de se suicider. « Oui, j’ai fait une tentative de suicide à la maison d’arrêt de Corbas. Au mois d’août dernier, je me suis tailladé les veines avec une lame de rasoir. » Le juge prend note de la réponse avant que Mehdi ne sorte du box des accusés pour être conduit à la maison d’arrêt de… Corbas.



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Par Olivier Katre


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