CQFD

Jeu de massacre au TGI de Lyon


paru dans CQFD n°117 (décembre 2013), rubrique , par Olivier Katre, illustré par
mis en ligne le 27/01/2014 - commentaires

Les élections approchent et la préfecture de Lyon a décidé de taper fort sur la misère : après le nettoyage des bidonvilles ceinturant la ville, il faut maintenant « faire des exemples » durant les comparutions immédiates. Traquer sans relâche les menus larcins et les erreurs de parcours. Le jeune procureur des comparutions immédiates ainsi que les juges, s’en sont donné à cœur joie ce lundi 18 novembre 2013. Morceaux choisis :

Damien, 32 ans, au RSA, menace sa femme (et lui-même) parce qu’elle lui refuse la garde de leur fille depuis plusieurs mois ; le juge des affaires familiales qui est à même de trancher n’a été saisi ni par l’un ni par l’autre. Le parler des quartiers de Damien ne plaît visiblement pas au juge qui commente ses phrases par des « ah bon » et des « on est content de l’apprendre  » et lui envoie 12 mois de prison dont 6 ferme dans les dents. Avec mandat de dépôt. Et sur le sort de la fillette dans l’embrouille ? Rien.

Hakim, 30 ans, une femme et deux enfants, est vendeur de pizzas à son compte ; un soir de semaine, paniqué par la vue d’un homme armé qui le vise, il fait demi-tour et prend la fuite en voiture. Pas de bol, le braqueur est un policier en civil qui déclenche une chasse qui finira en tonneau pour Hakim, poussé dans un muret par la voiture de la BAC. Le juge qui n’écoute pas les paroles du prévenu et lui envoie des « oui oui » et des « d’accord d’accord  » ironiques n’écoute pas non plus l’avocate (« Je n’ai pas entendu vos conclusions »), suit les réquisitions du procureur et condamne Hakim à neuf mois de prison et à verser 1 400 euros aux deux policiers pleurnichards.

Lasha, 30 ans, héroïnomane géorgien, SDF et sans emploi, vole des bonbons, 20 euros par-ci, 3 flacons de parfum par-là, avec un peu de chance un PC, pour les revendre et acheter de la came. Son avocate tente la nullité de procédure en invoquant un interrogatoire et la lecture des droits traduits par… un inconnu au téléphone. Cela ne dérange ni le procureur qui demande 13 mois de prison pour ce primo-délinquant jouant la carte de la sincérité ni les juges qui rejettent la nullité et lui balancent 10 mois de prison dans la face. Pour lui apprendre à modérer son addiction.

Billy, 22 ans et SDF, est suspecté d’avoir volé un téléphone portable et une carte de crédit. Le casier judiciaire du prévenu permet au juge « de faire sa connaissance ». Habitué des hôpitaux psychiatriques, Billy est envoyé en prison provisoirement pour un mois, en attendant une expertise psychiatrique qui dira s’il est apte à la prison. Comprenne qui pourra.

A 19h25, c’est au tour de Kamel, 40 ans, toxicomane et sans emploi, père de trois enfants dont un en mauvaise santé, de faire son entrée dans le box des accusés ; il aurait brisé la vitre de trois voitures sans rien voler. En réalité son avocat explique qu’il y a un seul flagrant délit de tentative de vol ; les policiers ont fait pression sur Kamel durant la garde à vue en l’empêchant de voir un médecin et d’accéder à de la méthadone. En échange d’une hypothétique clémence du procureur, ils lui ont collé sur le dos toutes les tentatives de vols qui traînaient. « Le deal proposé par la police à Kamel n’est pas surprenant, j’en ai déjà été témoin », précise l’avocat. Trois mois de prison avec mandat de dépôt, s’émeuvent les juges.

La soirée avançant, les temps d’audience se raccourcissent, une heure pour juger Damien en début de séance, 40 minutes pour juger Kamel à 19 h 25 et seulement 17 minutes pour juger Ahmed à 20 h 10. Son infraction routière lui coûtera deux mois de prison ferme et un aller sans retour vers la Tunisie. Ah ! L’hospitalité française, quand même…

Si la ministre de la Justice entend diminuer les emprisonnements et supprimer les peines plancher, dans le même temps, les préfets, accompagnés par la presse locale, font pression sur les magistrats pour qu’ils tapent toujours plus fort sur la misère. Avec pour seul résultat d’aiguiser la haine et la rancœur de tout le monde, histoire de rendre cette société définitivement invivable.

Cellule, sweet cellule

Par Berth. {JPEG}



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Par Olivier Katre


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