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Dossier : Rumeurs de Guerre

L’horloge de l’Apocalypse nucléaire


paru dans CQFD n°130 (mars 2015), rubrique , par Georges Broussaille
mis en ligne le 02/05/2015 - commentaires

Nous ne sommes plus qu’à 3 minutes de la fin du monde. Ce n’est pas un délire de millénariste allumé, une prophétie inca, ou autre baliverne, c’est l’avis du très sérieux Bulletin of the Atomic Scientists de l’université de Chicago. Depuis 1947, il évalue, sous la forme d’une horloge, les dangers bien réels qui menacent l’existence de l’humanité, quand sonnent les douze coups de minuit, boom ! tout est fini. Au départ l’horloge de l’Apocalypse représentait uniquement le risque de guerre nucléaire mondiale, en 2007 elle a intégré au compte à rebours les menaces écologiques et technologiques. Elle est mise à jour selon l’air du temps ; en 2015, il est fétide  : « Le réchauffement climatique incontrôlé et la course aux armes nucléaires, résultant de la modernisation des énormes arsenaux, représentent des menaces extraordinaires et indéniables à la survie de l’humanité. »

Trois minutes, cela lui laisse à peine le temps de boire un verre cul sec et de tirer quelques taffes de la cigarette du condamné. En 1991, l’horloge de l’Apocalypse indiquait 17 minutes, assez pour s’en boire plusieurs et même fumer un joint. L’euphorie de la fin de la Guerre froide, l’arrêt de la course aux armements et la diminution du nombre d’armes nucléaires faisaient reculer le spectre de l’anéantissement. Aujourd’hui les médias parlent d’une nouvelle guerre froide entre les états-Unis et la Russie. Que s’est-il passé ?

Au lieu de se reposer sur les lauriers de la victoire sur l’URSS, les USA se sont auto-proclamés gendarmes du monde. L’OTAN a absorbé les anciens pays du Pacte de Varsovie, malgré la promesse faite à Gorbatchev par Bush père, en échange de son acceptation de la réunification allemande. Sa boulimie d’extension ne s’en contente pas, l’alliance occidentale courtise aussi les anciennes républiques socialistes de Géorgie, de Moldavie et d’Ukraine.

En 2002, Washington se retirait du traité ABM (Anti-Ballistic Missile) pour créer un système d’interception de missiles intercontinentaux, rendant ainsi inutile l’arsenal nucléaire de l’adversaire, car on peut l’atomiser sans craindre une riposte. Une menace prise très au sérieux par Moscou, d’autant que le Pentagone projette d’installer son bouclier antimissile en Pologne, Roumanie, Turquie. Mais promis juré, craché, il n’est absolument pas tourné contre la Russie, il s’agit de protéger l’Europe d’une hypothétique attaque de chimériques missiles à ogives nucléaires iraniens. Seulement, la Russie de Poutine n’est plus celle d’Eltsine, l’économie s’est redressée, le niveau de vie a augmenté, les caisses de l’État sont bien garnies, ce qui permet de moderniser l’armée et l’arsenal nucléaire. Aujourd’hui le Kremlin a les moyens et la volonté de dire niet à la Maison Blanche. L’Ukraine fait les frais de ce regain d’animosité, elle est le théâtre d’une guerre par procuration entre les deux puissances nucléaires, avec le risque d’escalade jusqu’à l’irréparable. La Der des ders, pour de vrai celle-là.

Le 7 février, le pessimisme suintait de la 51e Conférence sur la sécurité, un pince-fesses réunissant chaque année à Munich le gratin de la diplomatie internationale. On pouvait y croiser Igor Ivanov, ancien ministre des Affaires étrangères russe. Interrogé par le site Spiegel Online (Markus Becker, 13/02/2015), il donnait la météo du jour  : « Aujourd’hui la menace de guerre est plus élevée que durant la Guerre froide. » Les choses en sont à un tel point qu’une simple étincelle peut déclencher la java des bombes atomiques.

En 1995, le tir d’une fusée scientifique à partir du nord de la Norvège fit croire au Kremlin à une possible attaque nucléaire. Le locataire de l’époque activa les clés de lancement, il avait moins de 10 minutes pour prendre une décision. Cette année-là, l’euphorie commençait à retomber, mais l’horloge de l’Apocalypse marquait encore 14 minutes avant minuit. Eltsine n’appuya pas sur le bouton. Dix ans plus tard, qu’en serait-il ?

Pour Ivanov, nous pouvons nous faire du mouron  : « 5 ou 6 minutes peuvent être assez si la confiance existe, quand les canaux de communications existent et que vous pouvez les activer immédiatement. » Quand ce n’est plus le cas, tic, tac, tic…

La suite du dossier

La guerre vue du ciel

Rumeurs de Guerre

Guerres : Bilans macabres

Jeremy Scahill  : Piétiner la propagande

BHL : En Libye, « J’ai intérêt à ne pas m’être trompé ».

La guerre tout contre nous



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Par Georges Broussaille


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