CQFD

Espagne : « Activiste, pas terroriste ! »


paru dans CQFD n°141 (mars 2016), rubrique , par Jean-Pierre Levaray
mis en ligne le 29/07/2018 - commentaires

La répression du mouvement social est une tendance lourde dans la majeure partie des pays européens. De l’autre côté des Pyrénées, Podemos ou non, les manifs restent lourdement réprimées et la loi « antimanifestation », votée en 2014, remet en cause la liberté d’expression et d’association. Plus de 1 000 activistes se trouvent actuellement accusés d’être des casseurs et on compte plus de quarante procédures pénales prévues pour participation à des grèves.

Francisco Molero est de ceux-là. Jeune homme de 25 ans habitant dans la province de Malaga, éducateur au chômage, il vit de boulots précaires comme la cueillette des olives et est soutien de famille, ses parents étant lourdement handicapés.

Le 25 avril 2013, alors qu’il est de passage chez des amis à Madrid, il décide de participer à la manifestation « Rodea el Congreso » (« Assiéger le Congrès »). La manif se termine par des charges policières très brutales et des jets de pierres de l’autre côté. Alors que les manifestants se font courser, Francisco est plaqué au sol par quatre flics. Onze des quinze interpellés sont envoyés au cachot de Moratalaz, ils passent 24 heures sans manger et subissent humiliations verbales et physiques.

Francisco Molero est reconnu par les flics car il portait « des vêtements noirs et un foulard palestinien » (sic). Il se retrouve inculpé pour avoir porté atteinte à l’autorité. Le procès a lieu le 16 octobre 2015. Les témoignages des policiers sont contradictoires, sur le timing comme sur les emplacements où aurait été vu Francisco. Le jeune homme continue à nier tout acte de violence. Malgré cela, Francisco écope de 5 ans de prison ferme et d’une amende de 16 000 euros.

À l’heure où ces lignes sont écrites, il attend son incarcération.

Francisco Molero est également militant du SAT, Syndicat andalou des travailleurs. Né après la mort de Franco, partiellement indépendantiste, le SAT est proche de l’anarcho-syndicalisme et prône l’action directe. Présent dans le monde rural, ce syndicat est connu pour sa défense des travailleurs agricoles et journaliers ainsi que pour ses occupations-réappropriations de fincas (fermes). On trouve aussi le SAT aux côtés de Juan Manuel Sanchez Gordillo dans la gestion de la ville de Marinaleda, entrée en résistance.

Francisco n’est pas le seul militant de ce syndicat à subir la répression pour avoir participé à des manifestations : Andrés Bodalo, responsable du SAT pour la région de Jaen et candidat Podemos aux dernières élections, est sous le coup d’une condamnation à trois ans et demi de prison. D’autres militants sont condamnés à de fortes amendes. Il faut dire que le SAT s’est attiré les foudres des gros propriétaires terriens présents, en force dans la région andalouse.

Un mouvement de soutien à Francisco Molero s’est créé suite au procès, où se retrouvent toutes les composantes à la gauche du PSOE ainsi que les syndicats comme le SAT, la CNT ou la CGT. Il s’agit de dire non à l’incarcération de Francisco, mais aussi de récupérer de l’argent pour payer la lourde amende. Le 23 janvier dernier (2016), une manifestation dans les rues du centre-ville de Malaga rassemblait plus d’un millier de personnes pour demander la liberté pour Molero.



Ajouter un commentaire

Par Jean-Pierre Levaray


Dans le même numéro


1 | 2 | 3 | 4

Voir






Spip ø Squelette ø Ce site ø Suivre la vie du site RSS 2.0 ø Naviguer en https ø Soutenir CQFD ø Contacts