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Au sommaire du n°167


paru dans CQFD n°167 (juillet-août 2018), rubrique , par Bruno Le Dantec, Iffik Le Guen, l’équipe de CQFD, illustré par , illustré par , illustré par
mis en ligne le 06/07/2018 - commentaires

En kiosque ! Numéro spécial d’été : 32 pages !

En une : "Tourisme : plus loin, plus vite, plus rien" de Jean-Michel Bertoyas.

Dossier : Tourisme : plus loin, plus vite, plus rien

Non, CQFD ne s’est pas proposé de gâcher vos vacances. Mais de questionner un pervers saucissonnage du temps et des espaces au nom du droit aux loisirs qui, contrairement à ce que font miroiter les guides touristiques, ne nous fait vraiment pas la vie belle.

Pour Jean Mistler, « le tourisme est l’industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux, dans des endroits qui seraient mieux sans eux ». En écho à ce bon mot, et alors que la dimension bronzée et en tongs de la mondialisation bat son plein, la « tourismophobie » prend de l’ampleur partout en Europe.

L’été dernier, la presse quasi unanime s’est émue des manifestations - portant des slogans comme « Mort au tourisme ! » ou « Tourist go home ! » - qui ont troublé la quiétude des visiteurs en Espagne, en Italie, au Portugal et même en Croatie.

Dans son édition du 17 août 2017, La Dépêche du Midi publie le témoignage d’un couple de Bretons, habitué des festivités traditionnelles de Donostia (San Sebastián) et très chagriné par cette incompréhensible vague de rejet. « Nous devions rester jusqu’à samedi, mais avec la manifestation anti-touristes qui a lieu ce jeudi, en ouverture des fêtes de la ville, on préfère s’en aller, pour ne pas risquer d’être agressés. »

Avant de conclure sur ces « cafés et restaurants du quartier antique [qui] promettaient aussi de rester fermés, pour ne pas être la cible de possibles débordements de manifestants », le journaliste du quotidien régional insiste sur la crispation identitaire et nationaliste qu’il croit déceler chez les protestataires. Ne manquerait qu’un relent xénophobe pour en faire des salauds de fascistes ? En tout cas, de fameux hypocrites, ces énergumènes, tant la manne touristique semble incontournable aujourd’hui ! Au niveau local d’abord, notre plumitif de La Dépêche, encore lui, tient à ramener tout le monde à la raison économique. Avec deux millions de visiteurs annuels, les retombées du tourisme « profiteraient directement » à 35 % de la population de la ville basque. On n’est donc plus très loin de la mono-activité (ou de la « monoculture », comme disent les assemblées de quartier de Barcelone en lutte contre la « touristification » de leur ville)…

Au niveau global ensuite, d’après l’Organisation mondiale du tourisme et diverses institutions représentant les professionnels du secteur, la contribution totale de l’industrie touristique au PIB planétaire s’élèverait à 10 %. Davantage encore que les industries automobile, pétrolière, agro-alimentaire, de la drogue ou des armes ! Mais tellement plus inoffensive, diront certains... C’est à voir. Les dégâts environnementaux et culturels crèvent les yeux de qui veut bien regarder. Et ce sont loin d’être les seuls. Énumérer les pseudo-bienfaits de ce méga-business revient déjà à lister ses néfastes conséquences. Dire que près de 300 millions d’emplois à travers le monde dépendent des allées et venues de près d’un milliard et demi de touristes (dont la moitié en Europe, même si le Vieux Continent perd chaque année des parts de marché au profit de l’Amérique du Nord et de l’Asie), c’est parler de pollution, de massification et d’exploitation. Et d’un lobby surpuissant.

Par conséquent, il ne faudrait pas que les anti-touristes viennent perturber trop longtemps la bonne marche d’affaires aussi juteuses. De la même manière que des pays comme la Thaïlande, le Guatemala ou le Maroc ont sanctuarisé leurs zones touristiques pour les protéger de la petite délinquance ou du péril terroriste, verra-t-on les pays riches criminaliser ces mouvements de protestation ?

En attendant, saluons cette prise de conscience qui gagne partout du terrain : le tourisme est l’ennemi radical du voyage, de l’hospitalité, des territoires et de toute idée d’émancipation. Mort au tourisme, donc. Qu’il soit en nous ou hors de nous.

Bruno Le Dantec et Iffik Le Guen

Par Emilie Seto. {JPEG}

Actu de par ici et d’ailleurs

Extension du domaine de la répression : Gare aux Bure-pifs ! > Une manif’ un brin offensive. Et bim, quelques jours plus tard, voilà que les interpellations et comparutions tombent comme à Gravelotte. Déjà soumis à une surveillance constante des pandores, les opposants à la poubelle nucléaire de Bure ont eu droit à un traitement « spécial » après le rendez-vous du 16 juin. Point de situation.

Entre France et Italie : Chronique printanière d’une frontière meurtrière > Dans les montagnes du Briançonnais, plusieurs exilés ont perdu la vie en tentant de rejoindre l’Hexagone. Traqués par la police et l’extrême droite, ils sont secourus par des militants solidaires, que l’État cherche à intimider. Trois d’entre eux ont même passé neuf jours en prison.

Une lutte victorieuse : Mon HP a craqué > Avec ses 500 lits, l’hôpital psychiatrique du Rouvray, en Seine-Maritime, est le troisième de France en nombre de patients soignés. Face au manque de moyens, le personnel a fini par recourir à la grève de la faim pour se faire entendre.

Brest : Saint-Martin face à la gentrification : L’Avenir d’une erreur > Pour célébrer ses 15 ans d’expérimentations sociales, CQFD a dérivé le 9 juin dernier jusqu’à Brest, dans le quartier Saint-Martin, autour de la place Guérin. Au menu : concerts, débats et échanges sur les résistances locales à la gentrification.

Casse du service public universitaire : À Nanterre, « notre grève de précaires » > Cinquante ans après, dans la fac où débuta Mai 68, des précaires de l’enseignement supérieur et de la recherche ont repris la lutte. En bloquant les notes de leurs étudiants, ils et elles ont dénoncé l’introduction de la sélection à l’université, déjà mise à mal par une décennie de réformes libérales. Ils prennent la plume ici, pour expliquer leur combat. Tribune.

Les « zones sacrifiées » par Engie : Chili con carbon > Le Chili, cette bande de terre aux climats extrêmes qui s’étire sur 4 300 kilomètres, est un pays isolé par des frontières naturelles. « Une île sur le continent sud-américain », comme s’amusent à dire les Chiliens. Au Nord, c’est le désert d’Atacama, qui sépare le pays du Pérou et de la Bolivie. C’est dans cette zone la plus aride du monde que les habitants de Mejillones et Tocopilla ont vu s’installer au pied de leurs maisons des zones industrielles.

Photo de Marion Esnault. {JPEG}

Eau rage, eau désespoir : Euphrate, la Turquie coupe le robinet > Depuis décembre 2015, la Turquie, qui a la haute main sur le cours de l’Euphrate, a rompu l’accord qui la liait à la Syrie voisine. En réduisant le débit du fleuve, elle y provoque sécheresse et pénurie d’électricité. Dans le viseur ? Le projet d’émancipation porté par la Fédération démocratique de Syrie du Nord.

Lectures et cultures de partout

Série TV - S03E01 The Americans : Travail, famille, KGB > Previously dans Ciquiouéfdi : The Americans est restée longtemps assez confidentielle des deux côtés de l’Atlantique. Elle se conseillait entre amis partageant le goût des séries innovantes et palpitantes. Jusqu’à la très récente diffusion du tout dernier épisode, que la presse a d’un seul coup couvert d’éloges… Après une longue absence dans nos pages, cette histoire d’agents du KGB infiltrés aux USA a réveillé notre chroniqueur télé ciquiouéfdien.

Le bouquin des copains : Une deuxième salve contre les éditocrates > Ils squattent les médias avec leurs discours « incorrects » - dans les faits, libéraux et racistes. Dans Les Éditocrates 2, ils sont pris pour cible. Bim ! En plein dans le mille.

De Panaït Istrati : Vie et mots d’un écrivain-vagabond > Ces derniers temps, un regain éditorial remet Panaït Istrati à l’honneur. Ce conteur venu de Roumanie devint écrivain francophone à succès, sans cesser de rouler sa bosse avec gourmandise. Jusqu’à ce que, de retour d’URSS, il trempe sa plume dans un esprit critique que les âmes damnées du stalinisme ne lui pardonneront pas.

« Une vie, une œuvre » : L’autre John Kennedy > À l’inverse de son homonyme, il n’est pas mort à Dallas en 1963. Dans le sud du Portugal, le « président » Kennedy est toujours là. Barbu, alcoolique, menteur et facétieux, il est l’un des derniers survivants d’une colonie de hippies installée à la fin des années 1970.



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