Chili : Fck Kst – Entendu à Marseille

Pinochet revient par les urnes

Le pire semblait programmé : le 14 décembre 2025, José Antonio Kast, fils d’un officier nazi et nostalgique de Pinochet, a été élu président du Chili avec 58 % des voix face à la candidate de la gauche au pouvoir. Des Chilien·nes de Marseille partagent ici leur désarroi et leur rage.

La Colorada, association fondée par des Mexicaines, reçoit une dizaine de Chilien·nes ce jeudi 18 décembre. « Hé, ici ce n’est pas le bureau des pleurs », prévient Cosa Rara, fille de disparu chilien et exilée de longue date dans le sud de la France. Ricardo râle contre « la parole fasciste libérée à travers le monde ». Paloma souligne qu’on assiste à un backlash généralisé. « Au Chili, on paie à la fois les promesses non tenues de la gauche et la panique morale surgie en réaction au soulèvement social de 2019. » Cet estallido social avait vu la jonction de colères diverses, contre la hausse du prix des transports, la privatisation de l’enseignement et les violences faites aux femmes. De fait, dans son discours de victoire, après avoir reconnu que lutter contre le crime organisé ne serait pas aisé, Kast a préféré viser les jeunes casseurs « dont les parents paieront quand ils brûlent un bus ». Carlos reproche à Jeannette Jara (candidate de gauche, militante du PC) de s’être laissée, dans les débats, entraînée sur le terrain de la droite dure : immigration et insécurité. « La gauche doit assumer son rôle transformateur. »

Cosa Rara raconte une anecdote significative : Kast, en campagne dans la capitale, croise un de ses partisans sur un trottoir. Celui-ci s’adresse à lui en allemand et le candidat se réjouit que tous deux n’aient « pas perdu leur ADN aryen ». Ana, artiste argentine venue en soutien à la soirée, souligne que les discours négationnistes, pourtant illégaux, sont diffusés partout, à longueur d’antenne. « Et c’est la gauche qu’on criminalise. » Lola abonde : « L’anticommunisme est très ancré au Chili. Ici on crie à l’antisémitisme quand tu parles de Palestine, là-bas on brandit l’épouvantail de Cuba, du Venezuela. Sur le mode post-vérité à la Trump, plusieurs deep fakes imitant la voix de Jara lui ont fait dire qu’il fallait ouvrir les frontières de part en part aux réfugiés fuyant Haïti ou le Venezuela. »

La dictature de Pinochet avait été un laboratoire des politiques néolibérales. Tina, jeune Péruvienne venue en solidarité, recentre le débat sur les appétits qu’éveille le triangle du lithium, à cheval sur les territoires chilien, péruvien et bolivien. Paloma appuie sur les échecs du gouvernement progressiste : « Boric [l’actuel président], présenté comme issu du mouvement social, avait promis de changer le monde, mais il a fait de la gestion sociale-démocrate. Et il a échoué à changer la Constitution héritée de la dictature. Là-dessus, Kast arrive et parle de révolution… conservatrice. » À ce propos, Ricardo pose la question des affects tristes que caresse le discours d’extrême droite : « Le langage de la raison ne suffit pas, à nous de réveiller nos affects joyeux. » Cosa Rara fait remarquer que seules les villes portuaires de Valparaíso (centre) et Coquimbo (nord) ont maintenu la gauche en tête. « C’est l’air du grand large ! On assiste à la déroute de la gauche officielle, pas des luttes sociales et territoriales. » Avant de se quitter, des idées sont lancées pour la suite : un observatoire, un podcast pour faire entendre la voix de l’exil là-bas au pays. Rendez-vous est pris pour une émission radio.

Bruno Le Dantec

Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.

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CQFD n°248 (janvier 2026)

En Syrie, les Druzes de Soueïda continuent de se battre pour l’indépendance après la chute de Bachar al-Assad : iels nous racontent leur méfiance vis-à-vis du nouveau pouvoir en place. En France, si on n’a pas été choqué-es que l’Etat et les fachos s’engouffrent dans la brèche guerrière du moment, quand la gauche s’y est mise, on a eu du mal à avaler la pilule. Entre réarmement démographique et le Service national universel, des gens qu’on pensait camarades se sont dit prêts à prendre les armes. Chez nous, c’est pas question. Pour s’en échapper, on s’est plongé dans des supers bouquins et ça nous a inspiré : rencontre avec Wendy Delorme, autrice de romans d’anticipation queer et écolo, entretien avec Benjamin Daugeron qui raconte l’alcoolisme de son père dans Treize années à te regarder mourir et analyse du Girlcott qui a mené à l’annulation du Festival de BD d’Angoulême.

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