Marius Jacob au théâtre

Le voleur libertaire et sa mère

Un homme seul en scène raconte l’histoire de Marius Jacob, cambrioleur anarchiste qui inspira le personnage romanesque d’Arsène Lupin. Mais Marius n’est pas seul. Lorsqu’il montre son œil gauche grimé, la voix de sa mère se fait entendre, complice et moqueuse à la fois.

« Té, il vous a dit qu’il a eu son certificat d’études à 11 ans ? C’était quelque chose à l’époque, ce qui ne l’a pas empêché d’être d’un naïf, mais d’un naïf ! » Dans l’auditoire de l’Alcazar, ancien temple marseillais des spectacles populaires devenu bibliothèque publique, défile la vie d’Alexandre Marius Jacob1, la voix irrévérencieuse de sa mère guidant le récit. Franck Vrahidès, qui interprète le brigand libertaire, et le metteur en scène Jérémy Beschon2, de la compagnie Manifeste Rien, complices dans l’écriture de la pièce, font le choix de démarrer l’histoire par la fin. Devenu forain dans l’Indre à son retour du bagne, Jacob, vieux et malade, s’injecte une dose mortelle de morphine en 1954, après avoir offert un repas aux enfants pauvres du coin et en prenant soin de léguer deux bouteilles de rosés à ses amis.

D’abord engagé comme mousse, le petit prolo marseillais revient de ses périples en haute mer à la fois épris de liberté et révolté par les injustices. À 18 ans, il fonde L’Agitateur, une feuille de chou dont le titre annonce la couleur de sa vie à venir. La presse libre étant en butte aux tracasseries policières (l’époque est aux attentats et aux magnicides), il monte un audacieux fric-frac au Mont-de-piété. Avec son père et deux autres complices, il se fait passer pour un inspecteur enquêtant sur une affaire de recel et dépouille les lieux sans coup férir. Puis il s’attaque au casino de Monte-Carlo. Après quelques cuisantes trahisons, dont celle de son propre père, Jacob fonde la bande des Travailleurs de la nuit, qui écume le territoire en cambriolant les riches – aristos, clergé, bourgeois ; jamais les professions socialement utiles, comme les médecins ou les artistes. Après Ravachol et avant la bande à Bonnot, Jacob prône «  l’illégalisme contre l’illégitime propriété  », mais sans violence, avec une organisation clandestine et des techniques de monte-en-l’air minutieuses, pourvue d’un strict code de conduite. Sinon, on ne vaut pas mieux que les capitalistes. 10 % du butin est reversé aux journaux libertaires. Arrêté en 1905, puis jugé, il déclare aux jurés : «  Malfaiteur peut-être, mais toujours du travail bien fait.  » Jurés qui, peu sensibles à sa verve, l’envoient pourrir à Cayenne.

Complice de son fils du début à la fin, la voix de la mère ponctue le récit de commentaires empreints de bon sens populaire qui font le pont avec l’oralité contemporaine. Celle de son fils est, quant à elle, présente à travers des extraits de ses écrits, au style plus littéraire, republiées par les éditions L’insomniaque. «  Anarchiste révolutionnaire, écrivait-il. J’ai fait ma révolution, vienne l’anarchie.  » Et que vive l’idée.

Par Bruno Le Dantec

Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.

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1 « Marius Jacob, travailleur de la nuit », par Jérémy Beschon, a été présentée le 5 mai 2026 à l’Alcazar, Marseille.

2 Jérémy Beschon présente son dernier ouvrage, publié aux Éditions Quiero, L’Éclat des fracas, le 11 juin à 19 heures à la librairie l’Odeur du temps de Marseille.

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CQFD n°253 (juin 2026)

Depuis une bonne trentaine d’années, le mouvement free-party promet un espace de fête libérée de toute surveillance. Si dernièrement, la répression s’est durcie, la résistance, elle, continue. CQFD y consacre son dossier central : reportage au Teknival 2026, retour sur l’histoire de la teuf libre et analyse des sanctions chez nos amis italiens. Dans les actus, CQFD a failli faire la montée des marches à Cannes mais finalement, la culture bourgeoise du cinoche nous a plutôt inspiré un article à charge. Tandis qu’au Sénégal, les enjeux impérialistes se nichent dans les mesures LGBT-phobes : on vous explique les enjeux page 12.

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