Omar m’a pas tuer

Dans la lignée des faits-divers que le cinéma se réapproprie, voici le dernier : Omar m’a tuer, un « film-plaidoyer » produit par Rachid Bouchareb, réalisé par Roschdy Zem et relayé par tous les médias.

Rappelez-vous ce jeune jardinier marocain, ludopathe et analphabète qui, il y a vingt ans, avait été accusé d’avoir tué à coups de couteau et de chevrons sa riche patronne qui, agonisante, aurait calligraphié de son propre sang le fameux « Omar m’a tuer ».

Le réalisateur clame l’innocence d’Omar Raddad, exposant sa totale empathie envers le condamné qui sera gracié après avoir passé cinq ans en prison. Quid d’une justice pointée comme injuste ? Il n’est fait aucun commentaire sur cette pratique de monarque qu’est la grâce dont, fait unique, le décret est le seul en droit français à ne pas être publié au Journal officiel. S’agit-il là d’un engagement pour influer sur le cours de la justice ? Le service de presse de la société de production répond : « Ce n’est qu’un film. Il n’y a pas d’attente particulière. » Coïncidence ? La date de sortie, vingt ans jour pour jour après les faits, ferait plutôt pencher la balance du côté du cynisme mercantile.

Pourtant, quelle histoire ! Omar Raddad est arrêté en 1991 et condamné à dix-huit ans de prison en 1994, à l’issue d’une instruction et d’un procès truffés d’aberrations : pas d’empreintes digitales sur les lieux du crime – « pas remarquées » disent les bleus –, présence de deux ADN masculins identifiés comme n’appartenant pas à l’accusé. La victime souhaitait être enterrée mais le corps fut incinéré juste après la première autopsie, sur demande de sa famille, qui navigue par ailleurs dans les hautes sphères du pouvoir. Après des investigations menées par des enquêteurs privés financés par le roi Hassan II et sous la pression de ce dernier, Omar Raddad est gracié le 10 mai 1996 par Jacques Chirac, alors président de la République.

La justice aurait-elle trouvé là le moyen de mettre un point final à l’affaire en évacuant l’erreur judiciaire ? La caméra ne daigne offrir de gros plan sur l’ambiguïté de ce droit régalien qui permet de gré à gré l’élargissement d’un condamné. Contactés sur cette question, les interlocuteurs de la chancellerie, de la Cour de cassation ou encore du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) ne semblent par concernés par la sortie du film. Sauf une personne du CSM qui se souvient très bien de l’affaire : « À l’époque la radio en parlait beaucoup. Je crois qu’il est innocent, mais je n’ai pas encore vu le film. »

Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.

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Paru dans CQFD n°91 (juillet-août 2011)
Dans la rubrique Culture

Par Carl Gustav
Mis en ligne le 29.08.2011