Coup de pompe

Mauvaises énergies

Sept litres sept, sept litres huit, sept litres neuf, hop, huit litres. On secoue bien les dernières gouttes dans le réservoir. Presque vingt balles. Pour faire une heure de bagnole, ça tend. Et, quand dans ledit engin se met à ronronner la voix du Cornu pour annoncer qu’il n’y aura pas de blocage des prix d’un pétrole dont le cours fait des bonds de cabri au rythme de l’ouverture et de la fermeture du détroit d’Ormuz, ça craque. Coup de frein à main, on s’arrête sur le bas-côté, on touche un peu d’herbe. Une grande inspiration, on relâche l’air par les narines : « Faire un dossier, faire un dossier, faire un dossier. » Mais par où prendre la chose ? Au loin, les collines des Corbières, que des champs de panneaux photovoltaïques ont transformées en dos de pangolin géant, nous donnent un début de piste : le renouvelable. Alors, on remonte le sentier jusque dans le Parc naturel régional du Haut-Languedoc, qui, grâce à son éolien, produit autant d’énergie qu’il n’en consomme. Enfin, à condition d’exclure toutes les importations du calcul. Un territoire souverain énergétiquement grâce à des techniques qui émettent relativement peu de carbone dans l’atmosphère et qui pourraient nous éviter de toutes et tous crever dans d’atroces souffrances sur une planète incandescente, ne serait-il pas là, le monde de demain ? La question méritait d’être posée, alors nous sommes allé·es causer avec les habitants et habitantes du Haut-Languedoc, histoire de voir comment que ça vit dans cette poule aux œufs verts de l’Occitanie. Franchement pas jouasses, les autochtones se sont plaint·es à nous d’être envahi·es par des centrales électriques qui affectent la biodiversité et les paysages du parc naturel. Ça nous a mis un petit coup.

Pour égayer le tableau, des copain·es de Bure, haut lieu des antinucléaires d’Europe, sont à leur tour venu·es nous secouer les puces : dites, depuis combien de temps vous n’avez pas parlé du scandale de l’enfouissement des déchets radioactifs dans notre coin de Meuse, à CQFD ? Notre cher ancien collègue Sébastien Navarro, lui, en a rajouté une couche en nous racontant comment, sur les hauteurs de Narbonne, une raffinerie d’uranium à centrales nucléaires a rendu radioactif un canal du coin et malades les travailleur·ses.

Devant ce bourbier et l’urgence de ralentir sérieusement le réchauffement climatique, on s’est dit : bon, y a plus qu’à sortir du capitalisme. Sauf qu’on est tombé·es sur un os. Cet os, il s’appelle Jean-Baptiste Fressoz. Il nous a rappelé que même ça, ça ne serait pas forcément suffisant, qu’il y a des pans entiers de notre civilisation d’acier, de béton et de plastique qu’on ne sait toujours pas décarboner, en en profitant au passage pour foutre un taquet au mythe de la transition énergétique.

Alors on vous laisse lire tout ça, et vous faire votre avis. Qui sait, peut-être allez-vous vous rendre compte que vous aviez jugé trop vite la douce lueur des chandelles que chérissent tant les Amish de Pennsylvanie ou de l’Indiana ? On rigole, mais à moitié seulement et pas beaucoup plus que cela, parce qu’il est certain qu’un début de solution réside dans l’éviction des besoins artificiels et la définition collective de ce qui doit être produit ou non. Et qu’on y mette toute notre énergie !

Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.

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Cet article a été publié dans

CQFD n°252 (mai 2026)

En cette ère de hausse des prix de l’énergie, où résonnent divers appels à l’électrification, au nucléaire, CQFD s’est pris la tête sur les meilleures et pires façons de faire tourner la machine. Jean-Baptiste Fressoz nous rappelle que le renouvelable n’enterre pas le fossile, Sébastien Navarro nous parle des déchets nucléaire à Malvési. Hors numéro, répression administrative : en Europe, où fleurissent les hubs de re-migration ; et plus spécifiquement au pays de l’amour, pour les internationaux qui souhaitent officialiser leur union. On parle aussi du projet de méga-canal dans les Hauts de France, et du décolonialisme difficile en Haïti.

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Paru dans CQFD n°252 (mai 2026)
Dans la rubrique Le dossier

Par L’équipe de CQFD
Illustré par Élias

Mis en ligne le 30.05.2026