Au nom du père
Le Planning familial a désormais son double maléfique
Une association qui propose un accompagnement familial et des actions d’éducation à la vie affective et sexuelle, mais qui ne parle jamais d’avortement et qui conseille l’observation du cycle menstruel comme méthode contraceptive, ça pue le réac’ à plein nez. À plus forte raison lorsque celle-ci, le réseau Familya pour ne pas la nommer, reçoit durant trois ans des thunes du milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin. Mediacités et Politis ont enquêté : derrière le masque aimable d’une asso qui souhaite « sauver » les couples et familles en crise, des milieux traditionalistes et réactionnaires. Il faut dire que la famille, son fondateur Thierry Veyron la Croix, ça le connaît. Des Veyron la Croix, vieille lignée du Dauphiné, on en retrouve la trace jusqu’au XVIe siècle. Qui peut en dire autant ? Son association, Thierry la décrivait en 2020 comme une « œuvre d’évangélisation », avant de changer son fusil d’épaule et de la dépeindre aujourd’hui comme « aconfessionnelle et apolitique ».
Sur le site de Familya, l’ami Thierry, relate le début de la folle aventure : « Nous avons accompagné des centaines de couples confrontés à des difficultés relationnelles, souvent synonymes de séparation. Nous avons été témoins de leur souffrance et des conséquences de ces ruptures sur leur vie, ainsi que sur celle des enfants. » Selon Familya, la séparation et le divorce sont la source des souffrances familiales. Exit les rapports de domination qui s’y jouent. Certaines questions comme l’homosexualité et les violences sexistes et sexuelles sont tout simplement passées sous silence. « Nous ne sommes pas une association politique ni militante. […], se rengorge Veyron la Croix. Familya ne prend aucune position sur ces sujets. » Pas de sujet, pas de problème.
Sauf que Familya s’inscrit dans un réseau dense d’acteur·ices bien engagé·es contre l’avortement. Un certain nombre de ses intervenant·es et cadres se sont formé·es au CLER Amour et Famille ou à Teen Star. La première est une association créée en 1962 par des catholiques anti-avortement, contre l’action du tout jeune Planning familial. La seconde est présidée par Angela de Malherbe, soutien de la Marche pour la vie, le défilé annuel des tocard·es anti-choix. Cerise sur le gâteau, si Familya a renoncé en 2025 aux subventions de Stérin pour soigner son image, l’association continue de recevoir de l’aide de Stella Domini, une organisation religieuse plusieurs fois pointée du doigt pour son soutien financier à la désinformation contre l’IVG. Et l’État d’adouber le tout à travers des financements de la CAF et des collectivités territoriales. Terrifiant, quand dans le même temps il diminue ses subventions au Planning familial, qui, lui, a fait ses preuves en matière d’accompagnement dans la vie sexuelle et affective.
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CQFD n°251 (avril 2026)
Alors que Macrotte se croit en pleine guerre de la reproduction et prévoit d’envoyer une lettre à tous les jeunes de 29 ans cet été, CQFD s’intéresse à ces femmes qui résistent encore et toujours à la maternité. Dans ce dossier refus de la maternité, la parole est donnée à ces résistantes du ventre et on évoque la difficulté à obtenir une stérilisation définitive quand on a un utérus. Hors dossier, reportage sur les docks de l’Estaque, où Thousand Madleens prépare une flotte pour la bande de Gaza, puis retour sur d’amères commémorations du coup d’État militaire en Argentine. Focus sur une maladie méconnue dont les victimes subissent la double peine des symptômes et d’une société maltraitante et chronique XXL d’une sortie scolaire en plein blocus, contre les suppressions de postes de profs.
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Paru dans CQFD n°251 (avril 2026)
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Mis en ligne le 18.04.2026
Dans CQFD n°251 (avril 2026)
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