Il était une fois en Suisse

Flèche, le concierge saboteur des temps modernes

Avec sa BD Flèche, l’auteur jurassien Simon Beuret donne vie à une fable attachante et drôle qui raconte l’histoire d’un concierge excentrique autant adepte de la bricole et de la récup’, que du sabotage des projets immobiliers menaçant la friche où il vit.

Homme à tout faire venu de Suisse allemande, Frantz – que sa jeune pote écolière Cécile appelle Flèche « parce qu’il a toujours des bonnes idées » – est concierge dans une université de Suisse romande1. «  Il sait tout réparer. Le mec il a de l’or dans les pattes. C’est plus haut qu’il lui manque une case », peut-on entendre sur le campus alors qu’il rentre chez lui à bord de son tricycle à moteur en chantant du Henri Dès, cheveux en bataille et grosse moustache au vent. Il vit avec sa « Mütti  » (« maman ») dans une ancienne friche où il a un grand atelier. Ses journées sont rythmées par la conciergerie, la récup’ de matériaux en tout genre et les chantiers Rumex2 dans le jardin de sa maman, plus toute jeune, mais bien déter. D’origine italienne, Cécile – « Sicile » avec l’accent suisse-allemand – est souvent de la partie pour bricoler ou jouer au foot, et les générations, comme les cultures, se mélangent et s’enrichissent dans ce lieu si bordéliquement enchanteur.

Mais quand le bâtiment du cinéma désaffecté est détruit et qu’ils reçoivent une première visite d’un agent de la ville qui se demande comment on peut vivre comme ça au XXIe siècle, Flèche comprend que leur havre de paix est menacé et que le quartier se transforme. « Wesh c’est la guerre en ville ou quoi ? » lui demande Cécile alors qu’ils traversent une zone de bâtiments en cours de destruction. « Presque… c’est le foutur ! lui répond Flèche. Le foutur c’est ce qu’est pas encore là mais qui détruit ce qui est déjà là...  » Flèche n’y voit pas une coïncidence quand sa mère tombe malade quelques jours plus tard. Il décide de passer à l’action contre ce « foutur » qui ne veut pas des vieux. De jour, les projets immobiliers poussent comme des champignons dans le voisinage, et la nuit, Flèche met ses talents de bricoleur au service d’un sabotage nocturne des immeubles en construction.

En lisant Flèche (Atrabile, mai 2026), onréalise rapidement qu’on a entre les mains un bel hommage à ces personnages pas comme les autres qui font des ponts entre les mondes, encouragent toujours à sortir des sentiers battus pour bricoler, s’entraider, en quête d’amusements, d’autonomie et de découvertes. Une richesse qu’on retrouve dans les dialogues, où la langue du quotidien mélange français et suisse allemand, et dans le dessin, dont le trait dynamique restitue l’énergie vitale contagieuse des personnages. Un style organique qui exacerbe d’autant plus le rendu aseptisé et lisse des projets de rénovation urbaine contre lesquelles la petite équipe décide de se battre. La question se pose alors de savoir si on peut vraiment retenir le temps et lutter contre ce « foutur » qui met en péril le présent. Quelle que soit la réponse qu’on imagine on peut, dans tous les cas, comme Flèche, essayer en incarnant d’autres manières d’être et de faire qui soient joyeuses et inspirantes.

Par Jonas Schnyder

Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.

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1 . Partie francophone de la Suisse, dont plusieurs cantons sont bilingues.

2 . Mauvaise herbe à arracher à la main.

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CQFD n°255 (septembre 2026)

Le 30 juillet dernier, 60 000 à 80 000 personnes sont afflué à Ceuta depuis le Maroc, provoquant la terreur des fachos. Dans le dossier du mois, CQFD explore la migration et le durcissement des frontières aux portes de l’Europe. Si les migrants continuent d’être instrumentalisés politiquement, deux réactions s’opposent : la violence de l’extrême droite ou la solidarité. CQFD s’intéresse aussi à la précarité et la répression politique qui poussent la jeunesse marocaine à l’exil, ainsi qu’au déclin de la libre circulation au sein de l’espace Schengen, où les contrôles aux frontières sont devenus la norme.

Hors dossier, CQFD vous emmène découper de la rime au Demi Festival à Sète ainsi qu’en Argentine où la mobilisation a permis d’empêcher l’ouverture des terres rurales aux capitaux étrangers.

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