Prévenir avant de se faire couler

Demain c’est pas si loin

Les Soulèvements de Mars, déclinaison locale des Soulèvements de la Terre, publient un nouvel ouvrage collectif qui analyse les mécanismes moroses de la forêt de ciment dans laquelle on vit : Bave, crache, chie du béton.

Dans la cimenterie de Lafarge, à Bouc-Bel-Air, près de Marseille, tout est gris : les murs, les esprits, les rats, la nuit. En 2022, une opération organisée par les Soulèvements de la Terre vient bouleverser cette froide banquise. Près de deux cents militant·es en combinaisons blanches y pénètrent pour « désarmer » la cimenterie – autrement dit, écorner quelque peu les installations, machines, véhicules et autres sacs de ciment qui se trouvaient là. Mais le mouvement est brisé par les sirènes de la police et finit par des gardes à vue massives1. Quatre ans plus tard, l’association locale des Soulèvements de la Terre, les Soulèvements de Mars, publie un ouvrage collectif au titre IAMesque : Bave, crache, chie du béton2, en référence au mythique morceau du groupe de rap marseillais, « Demain c’est loin ».

On y apprend que la durée de vie du béton n’est que de 50 à 60 ans. Après, les armatures métalliques se corrodent et la stabilité n’est plus assurée. Une obsolescence programmée dont les promoteurs se servent pour nourrir leurs appétits de spéculateurs immobiliers. Ils bâtissent d’énormes constructions élevées en ciment, puis laissent le temps et la hausse continue du foncier faire leur œuvre. Quand les bâtiments commencent à corroder et que le marché donne des signes que le business sera juteux, ils font croire au mauvais entretien des bandes de gosses soi-disant mal élevés pour les faire déménager plus loin, vers de prochains quartiers à gentrifier.

Ce n’est pas la seule légende et mythe débile, en voici d’autres : le technosolutionnisme mensonger du fameux captage et stockage du carbone des cimenteries. Ce procédé « innovant » consiste à placer des filtres à solvants énergivores au sommet des cheminées qui fument des cimenteries. Le carbone émis est ainsi capté et acheminé par des carboducs – équivalent de pipelines à carbone – vers des zones de stockage – des nappes aquifères sous-marines, des veines de charbon et, le plus souvent, des gisements de pétrole et gaz épuisés. Se forment alors des poches de gaz souterraines, dont personne n’a de recul concernant les risques encourus... Et, comble, le bilan carbone total de l’opération produit plus de carbone qu’il n’en stocke. Ceux qui vantent un béton écologique participent en fait activement au désert du midi, soleil écrasant du dérèglement climatique.

À l’échelle mondiale, ce sont 150 tonnes de béton qui sont coulées du soir au matin, lendemain après lendemain. Comment ne pas se laisser couler par le désespoir  ? Pour sortir de cet horizon cimenté, il ne s’agit pas de remplacer le béton par un nouveau matériau innovant, mais bien de requestionner nos manières de produire, et vite... Car demain, c’est pas si loin.

Ilona Morel

Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.

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1 . Lire « Lafarge, tu nous gav », CQFD n°222 (juillet-août 2023).

2 Autopublié, mais disponible en accès libre sur le site Lundimatin.

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Cet article a été publié dans

CQFD n°252 (mai 2026)

En cette ère de hausse des prix de l’énergie, où résonnent divers appels à l’électrification, au nucléaire, CQFD s’est pris la tête sur les meilleures et pires façons de faire tourner la machine. Jean-Baptiste Fressoz nous rappelle que le renouvelable n’enterre pas le fossile, Sébastien Navarro nous parle des déchets nucléaire à Malvési. Hors numéro, répression administrative : en Europe, où fleurissent les hubs de re-migration ; et plus spécifiquement au pays de l’amour, pour les internationaux qui souhaitent officialiser leur union. On parle aussi du projet de méga-canal dans les Hauts de France, et du décolonialisme difficile en Haïti.

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