Semer de l’espoir
Décathlon K.O. par abandon face à Oxygène
C’est une histoire qui commence par une balade et qui s’achève par une victoire. En 2014, à Saint-Clément-de-Rivière, dans l’Hérault, un couple découvre un panneau d’enquête publique. Le promoteur ? Décathlon, bien décidé à bétonner 24 hectares de terres agricoles pour construire un « village du sport et du bien-être ». De quoi provoquer de l’urticaire à plus d’un voisin. Très vite, l’inquiétude se transforme en colère, puis en organisation. Le collectif Oxygène voit le jour : tracts, réunions, recours juridiques, pétitions, alliances avec les associations et la Confédération paysanne… Les déceptions s’enchaînent, mais les militant·es ne lâchent pas l’affaire. Pendant sept ans, la résistance s’invente, se consolide, se transmet. En 2021, coup de théâtre ! Après des années d’attente, le dernier espoir du collectif se réalise : les terres sont reconnues comme agricoles, et surprise, Décathlon jette l’éponge.
Cette lutte, Laure Lavigne Delville et Aurélien Pascal Commeiras la racontent dans Une victoire sur le béton (Le Passager clandestin, 2025), une bande dessinée documentée et joyeuse. Les deux auteur·ices, enfants du coin, connaissent le terrain et ses paysages. Leur récit restitue avec précision l’épaisseur d’une bataille locale : ses réunions de cuisine, ses moments de découragement, mais aussi ses éclats de rire et sa solidarité. Le dessin rond et coloré d’Aurélien Pascal Commeiras offre un ton chaleureux à cette épopée du quotidien. Laure Lavigne Delville, formée aux politiques environnementales, apporte une rigueur précieuse dans le traitement des enjeux d’aménagement du territoire. Le résultat : un récit accessible, pédagogique et vivant, où l’humour allège la technicité des démarches juridiques.
Ce qui frappe surtout, c’est la transformation collective que produit la lutte. On y voit des voisin·es devenus militant·es, des familles qui découvrent le pouvoir de dire non, et une intelligence collective qui se tisse au fil des réunions et des recours. Loin des clichés du militantisme héroïque, le livre célèbre la persévérance : celle qui finit, à force de patience, par faire plier un géant économique. En ces temps de résignation forcée et de reculs écologiques, cette victoire rappelle une évidence : les luttes locales peuvent gagner. Et qu’à défaut d’arrêter toutes les bétonneuses du monde, on peut commencer par un champ près de chez soi.
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
Nous, c’est CQFD, plusieurs fois élu « meilleur journal marseillais du Monde » par des jurys férocement impartiaux. Plus de vingt ans qu’on existe et qu’on aboie dans les kiosques en totale indépendance. Le hic, c’est qu’on fonctionne avec une économie de bouts de ficelle et que la situation financière des journaux pirates de notre genre est chaque jour plus difficile : la vente de journaux papier n’a pas exactement le vent en poupe… tout en n’ayant pas encore atteint le stade ô combien stylé du vintage. Bref, si vous souhaitez que ce journal puisse continuer à exister et que vous rêvez par la même occas’ de booster votre karma libertaire, on a besoin de vous : abonnez-vous, abonnez vos tatas et vos canaris, achetez nous en kiosque, diffusez-nous en manif, cafés, bibliothèque ou en librairie, faites notre pub sur la toile, partagez nos posts insta, répercutez-nous, faites nous des dons, achetez nos t-shirts, nos livres, ou simplement envoyez nous des bisous de soutien car la bise souffle, froide et pernicieuse.
Tout cela se passe ici : ABONNEMENT et ici : PAGE HELLO ASSO.
Merci mille fois pour votre soutien !
Cet article a été publié dans
CQFD n°246 (novembre 2025)
Ce numéro de novembre s’attaque de front à la montée de l’extrême droite et à ses multiples offensives dans le milieu associatif et culturelle. On enquête sur les manœuvres des milliardaires réactionnaires, l’entrisme dans la culture et les assauts contre les assos dans le dossier central. Hors-dossier, on vous parle des les alliances nauséabondes entre hooligans, criminels et pouvoir en Serbie, on prend des nouvelles des luttes, de Bruxelles aux États-Unis, en faisant un détour par Exarchia et par la Fada Pride qui renaît à Marseille. Et pendant qu’on documente la bagarre, le Chien rouge tire la langue : nos caisses sont vides. On lance donc une grande campagne de dons. Objectif : 30 000 euros, pour continuer à enquêter, raconter, aboyer. CQFD compte sur vous !
Trouver un point de venteJe veux m'abonner
Faire un don
Paru dans CQFD n°246 (novembre 2025)
Dans la rubrique Bouquin
Par
Mis en ligne le 16.03.2026
Dans CQFD n°246 (novembre 2025)
Derniers articles de Thelma Susbielle



