CQFD

Loi Travail

Rennes d’un printemps


paru dans CQFD n°145 (juillet-août 2016), par Mathieu Léonard, illustré par
mis en ligne le 15/06/2018 - commentaires

Interview de Camille (oui, oui, le prénom a été changé), salarié, qui a participé au mouvement contre la loi Travail à Rennes, et nous fait découvrir le fonctionnement de l’assemblée générale interpro.

Par Vincent Rivière. {JPEG} CQFD : Comment expliques-tu la forte dynamique de Rennes dans la lutte contre la loi Travail ?

Camille : C’est une longue tradition ici ! Durant la lutte contre le CPE en 2006, la faculté de Villejean avait été à la pointe de la mobilisation. Plus récemment encore, le dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a été l’occasion d’apprendre à composer avec la diversité qui défend la ZAD, des écolos aux « anarcho-autonomes » comme disent les médias ! Chacun tire de son côté, mais chacun sait qu’il ne s’agit de ne pas trop diviser. Du coup, quand le mouvement s’est lancé, il n’y a pas eu de ruptures. Un des points forts de Rennes, c’est que les gens évoluent dans un territoire restreint, on se rencontre place Sainte-Anne, dans les cafés, on dépasse les clivages politiques.

On a beaucoup évoqué le niveau de violence des manifestations et des policiers. La maire de Rennes, Nathalie Appéré, en a marre de l’opposition de gauche. Elle a voulu en finir, sauf qu’on n’en finit pas avec la violence par la violence. D’abord, elle a empêché l’accès à l’hypercentre. L’impossibilité d’y manifester est liée à un mouvement de fond d’embourgeoisement. De plus en plus de gens venaient protégés en manif. Faut dire qu’ils ont sorti tout l’arsenal, avec la volonté de faire mal : Flash-Balls pointés vers le thorax et la tête, lacrymo à tir tendu, grenades de désencerclement pour terroriser. Même Ouest-France a parlé de violente charge policière, c’est dire ! Beaucoup disaient avoir la frousse de venir manifester. Un étudiant a perdu un œil le jeudi 28 avril suite à un tir de Flash-Ball. La mairie socialisante n’a pas eu un mot de compassion, alors que quasiment chaque vitrine cassée avait droit à un hommage appuyé !

Le mouvement s’est-il cantonné à des actions de rue ?

Loin de là. L’épisode le plus marquant est celui de l’occupation de la Maison du peuple, une salle de spectacle située en plein centre. L’initiative de l’occupation est venue de l’assemblée générale (AG) interpro qui regroupe des militants non encartés. Le 1er mai dernier (2016), une AG s’était improvisée dans un multiplex de la ville avec les intermittents. Ils ont voulu se rendre en masse au meeting syndical organisé le même jour. Sauf qu’ils ont trouvé porte close, l’événement étant annulé. Les manifestants sont rentrés de force dans la salle de spectacle. La mairie a demandé l’expulsion immédiate, mais les syndicalistes ont finalement débarqué pour s’opposer à l’intervention policière. Une AG s’est improvisée. Il y avait une énergie incroyable. On retrouvait tout l’arc-en-ciel de la mobilisation sous un même toit, du syndicaliste au cagoulé des manifs. On sentait de la tension, mais pas d’invectives. Il y avait une vigilance à ne pas rompre les ponts de chaque côté.

Comment s’est passée l’occupation ?

Le mardi d’après, la mairie a tenté une deuxième expulsion, un jour de manif ! Les syndicalistes de base sont venus défendre les occupants, forçant les responsables départementaux à ramener leurs fesses. Il y a eu comme un appel d’air alors que le mouvement était terminé à la fac. Loin d’être trashée, comme on voit parfois, la salle est restée nickel, certains effectuant même de petites réparations ! Midi et soir, la cantine faisait des repas gratos pour 200 personnes, ça attirait bien au-delà des militants. Un concert sans alcool a été organisé, un exploit en Bretagne ! Mais, le plus important, ça a été les discussions qui avaient lieu partout.

Cette alliance au sein du mouvement en est restée là ?

En fait, ce qui s’est passé là est le résultat d’un travail de longue haleine. Le syndicat Sud et l’AG interpro ont joué un rôle clé. Leurs présences à l’intersyndicale permettaient de ne pas couper les syndicats du reste de la lutte, et inversement. À maintes reprises, on a vu des actions de solidarité, comme lorsque des syndicalistes SNCF ont défendu des étudiants montés sur les voies. Du coup, la Maison du peuple n’est pas restée un lieu fermé sur lui-même. Quand la CGT est rentrée dans la danse, les liens étaient là pour établir ensemble les conditions des blocages. Certains ont su faire tomber la posture radicale, et soutenir le mouvement syndical quand il s’agissait de paralyser l’économie. C’est clair que des ponts sont créés pour les prochaines luttes à venir...



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Par Mathieu Léonard


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