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Les hommes aussi souffrent


paru dans CQFD n°87 (mars 2011), rubrique , par Mademoiselle, illustré par
mis en ligne le 29/04/2011 - commentaires

par TanxxxLes hommes souffrent. Et il n’y a pas qu’Éric Zemmour pour le dire. Alors comme Mademoiselle n’est pas méchante, chaque fois qu’un homme lui dit qu’elle exagère, qu’il n’est pas un dominant, lui, qu’il souffre, elle écoute toujours son témoignage poignant. Il faut alors ménager sa susceptibilité, avouer que « c’est plus compliqué », qu’il y a des femmes méchantes, vénales, manipulatrices, des femmes atroces dont la seule existence suffit à rendre tout propos féministe moins légitime. Il faut opiner, acquiescer, ne pas froisser celui qui fait le ménage chez lui, applaudir celui qui donne des bains à bébé, se pâmer devant sa science de la purée de carottes, bref, cajoler, calmer ce gros chagrin, et l’écouter parler de cette domination dont il n’est pas responsable… jusqu’à ce que le bruit de ses paroles d’homme-bien recouvre celles des dominées qu’il aime, dans le fond. Mais dans le fond, et sans le son. Mais dire cela, c’est déjà recommencer à exagérer. C’est recommencer à parler de petites choses ridicules, d’une petite voix qui insupporte. Alors le grand bonhomme cesse de pleurer à chaudes larmes, et s’indigne : « C’est n’importe quoi ! C’est exagéré ! Ce n’est pas la réalité ! » Ah, mais ne croyez pas qu’il soit simple d’exagérer : c’est un vrai boulot d’avoir l’outrecuidance de ne pas dire la même réalité. Car lorsque celle-ci n’est pas évacuée de prime abord – « Cela n’existe pas » ou « Cela n’est pas de mon fait » –, elle est souvent retournée contre les femmes (« Elles doivent bien y trouver un avantage »), ou sert de faire-valoir à une atroce douleur : « Je souffre d’être dominant ». Contre cette auto-flagellation bruyante, qui ne permet finalement que de parler d’un gros nombril poilu, Mademoiselle propose l’ouvrage de Léo Thiers-Vidal [1]. L’auteur pose deux questions fondamentales : « 1) Les hommes sont-ils conscients de dominer, d’être dans une position dominante ? 2) Dominent-ils les femmes de façon consciente ? » On voit alors émerger des hommes ayant à la fois une connaissance des privilèges qu’ils ont en tant qu’hommes, mais qui témoignent également d’une difficulté, ou d’un refus, de dire leur propre contribution à ce système oppressif. Quoi qu’il en soit, ils reconnaissent au moins avoir cette chance : celle de ne pas être des femmes. Ce serait là une bien pire souffrance.


Notes


[1Léo Thiers-Vidal, De « L’Ennemi principal » aux principaux ennemis – Position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination, L’Harmattan, 2010.



13 commentaire(s)
  • Le 29 avril 2011 à 15h59, par Foxapoildur -

    Mouais. Y-a-t-il quelqu’un dans la salle qui connaisse un couple dont la femme n’est pas l’élément dominant ?

    1) Les femmes sont-elles conscientes de dominer, d’être dans une position dominante ? 2) Dominent-elles les hommes de façon consciente ? »

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  • Le 30 mai 2011 à 18h19 -

    "Il faut alors ménager sa susceptibilité, avouer que « c’est plus compliqué », qu’il y a des femmes méchantes, vénales, manipulatrices, des femmes atroces dont la seule existence suffit à rendre tout propos féministe moins légitime."

    Il faut alors ménager sa susceptibilité, avouer que "c’est plus compliqué", qu’il y a des hommes méchants, vénaux, manipulateurs, des hommes atroces dont la seule existence suffit à rendre tout propos égalitaire ou tentative de défense moins légitime.

    Ou comment s’opposer à la domination en embobinant habilement le tout dans un beau paquet, en tapissant le tour de préjugés pour pas que ça s’abîme et en s’opposant à un type d’argument en apportant un argument du même type ("Toi même d’abord.") en faisant, si possible, dans la démesure.

    C’est dommage, le fond de l’article avait l’air intéressant. Oui cette domination homme/femme existe. Oui elle est plus présente dans ce sens là. Oui elle existe aussi dans l’autre sens. Non, ça n’est pas forcement conscient, et non la société n’y est pas pour rien.

    Je suis un homme. Je sais maintenant que c’est un tort, quand bien même je serai sensible à la cause.

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  • Le 15 janvier 2012 à 10h49, par Plop -

    Les réactions de "Mais c’est pas moi" sont drôles. Une bonne façon de considérer la validité d’un argument, surtout quand on est impliqué, est de la sortir de son contexte ou d’inverser les rôles (homme/femme, blanc/noir). Si l’inversion vous paraît absurde, c’est qu’il y a un problème.

    Admettons que chaque jour A prenne systématiquement la meilleure place à table (ombragée) et que B doivent se mettre à la moins bonne (disons qu’il a le soleil en face pendant tout le repas). Si B - qui a laissé coulé pendant très longtemps - décide de réagir, il aura droit à des réponses du type : - Mais tu veux me PRENDRE ma place, et que j’aie la mauvaise à chaque fois ? - Mais j’ai aussi des problèmes, ma place n’est pas idéale. (J’ai vue sur la cuisine alors que tu vois le paysage !) - Mais ta place t’allait très bien juqu’à maintenant, pourquoi tu râles ?

    Une solution équitable ne serait-elle pas de partager les places ? Du genre 50-50 ?

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    • Le 11 février 2014 à 18h55, par mt14 -

      Les hommes sont des dominants, la seule solution, c’est la destruction. A mort les hommes !

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      • Le 14 février 2014 à 23h33, par Gol -

        C’est très exagéré. Tu es boucher, ou bien ? Soyons psychologues : il s’agit de convaincre les hommes qu’ils sont des femmes comme les autres. Et voilà, le tour est joué ! La société est harmonieuse !

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    • Le 14 février 2014 à 23h31, par Gol -

      On peut dire que c’est une solution citoyenne. C’est bien, c’est sain, c’est de l’intérêt bien compris. Le bonheur !

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  • Le 15 février 2014 à 15h28, par un homme normal -

    il faut prendre et laisser les femmes pour ceux qu’elles sont : de simples objets sexuels et de reproduction de l’espèce à trouver au rayon consommable de nos grandes surfaces.

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Par Mademoiselle


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