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Joke

L’autoprod n’est pas le chemin, c’est le but !


paru dans CQFD n°122 (mai 2014), rubrique , par Nicolas Norrito, illustré par
mis en ligne le 04/07/2014 - commentaires

Samedi 26 avril, la furieuse bande de Joke enflamme l’arrière-salle des Trois-Frères, un des chouettes rades de la rue Léon (18 e arrondissement). C’est explosif et joyeux, solidaire et pas donneur de leçons. Quelques heures plus loin, voici ce qu’ils nous répondent, à l’occasion de la sortie de leur nouveau disque.

Par Cynicom. {JPEG}

Burkina Faso : On monte le lavoblaster sur une bagnole – deux machines à laver, un four… qui balance du son – avec Baba Commandant, joueur de kora, qui pose son style sur le titre « Tout le monde compte ».

Interview

CQFD : Joke a déjà une longue histoire. Ce groupe, c’est l’histoire d’une bande de copains qui a progressivement appris à (bien) jouer. Vous nous en dites davantage sur votre route ?

Y : On s’est formés au collège en 1992…

X : … et non pas du tout, tous les membres de Joke étaient déjà virtuoses à l’âge de 12 ans.

Z : Lavoblaster est notre sixième disque, si on ne compte pas notre première K7 (1998), ni les deux albums sortis uniquement sur le Web : Délégué 0.1, avec que des remix, et Live#07 qui sont des prises issues d’une tournée dans les Balkans en 2007. Tous les albums sont en téléchargement gratos sur notre site.

On a du mal à vous définir musicalement tant les influences semblent multiples et la musique métissée. Ce dernier album a justement été enregistré au Burkina Faso, et ça donne une belle énergie à l’ensemble, joyeuse et contestataire. Comment se sont passées ces prises de son ?

Y : C’était mortel. On était invités à Rock à Ouaga, seul festival rock en Afrique subsaharienne. On avait aussi des contacts sur place, notamment notre pote Camille qui tient le studio Ouagajungle, haut lieu du Do It Yourself dans la capitale burkinabé.

Z : On a passé nos journées en studio et on jouait live tous les soirs. Un « making of » du disque en dix épisodes a été tourné par nos potes de Rasca Prod, il faut aller regarder ces vidéos pour capter l’ambiance. Tout est sur le Web !

Y : On savait déjà quels morceaux enregistrer. On a réfléchi sur place avec les artistes disponibles à comment les faire intervenir sur nos titres. Tout s’est goupillé très naturellement, on est partis avec un preneur de son historique et efficace, Éric Sénard, et on a investi Ouagajungle. On a kiffé grave et on attend plus qu’une chose : y retourner pour amener le disque aux copains. Mars 2015 si tout va bien…

X : On a la chance d’avoir plein d’invités qui cartonnent : Victor Démé, Baba Commandant, Bebey Bissongo, Art Melody… On a aussi fait poser quelques potes des Balkans, dont les Dubioza Kolektiv. Dubamix nous a aussi offert un super remix.

De mémoire, il me semble que certains d’entre vous avaient enregistré un disque en Kabylie, non ?

Y : Paul Leclair et Super Chenet ont sorti 5.4.3.2.1.Alger ! C’est un side-project comme disent les yankees, un disque de vacances…

Z : Joke a déjà fait deux tournées en Algérie et nous sommes très liés à un groupe de là-bas : Djmawi Africa. Le petit projet algérien s’est fait grâce à ces connexions. Il est sur un soundcloud.

W : Ulac smah ulac [1] ! Shira ou rouge, le combat continue !

La scène, ça semble être votre univers tant vous multipliez les concerts en France, mais également à l’est de l’Europe. Comment expliquez-vous un tel rayonnement international ?

X : Hahaha ! Rayonnement international… La France nous a fait suer. On a été pas mal boudés à cause de nos textes par les programmateurs, mais aussi par notre refus de jouer le jeu de la « musique actuelle » comme l’aiment les professionnels français. On n’a pas de bio, pas de style, pas de mode, pas de clip, pas de partenaires, pas de buzz, pas de plan promo… Juste des morceaux et de l’envie de live, et on est super contents comme ça. Le public est pas con et il kiffe, pas comme les marchands de concerts et de disques l’imaginent.

Y : Partir à l’étranger nous a sauvés. Suite à une tournée organisée par AOLF, on a noué pas mal de contacts en ex-Yougoslavie. Joke y a peut-être organisé dix tournées depuis. On y repart d’ailleurs cet été pour deux tournées de dix concerts chacune.

Z : On aimerait maintenant essayer d’aller en Amérique latine. Mais, bien sûr, si on nous propose la Sibérie, on est chauds aussi ! À bon entendeur…

Le morceau « Reste calme » commence par l’échange tendu entre Xavier Mathieu et David Pujadas. Des claques dénonce les discours militants stéréotypés. D’une façon générale, la quasi-totalité de vos titres ont une tonalité sociale. D’où viennent cette volonté émancipatrice et ce refus d’un engagement partidaire traditionnel ?

X : La totalité tu veux dire, non ? Lesquels n’ont pas cette tonalité ?

Y : Chacun son truc. Pour moi qui écris ou choisis les textes, ça me paraît être une évidence. On n’est pas des encartés, mais on a en marre, comme tout le monde, de se faire entarter par la tyrannie du fric.

Z : Ta question est intéressante, c’est quelque chose qui revient souvent. Je crois qu’on cherche à faire un truc politique en dehors des cadres politiques, et que c’est peut-être bien ça la politique. Tu te souviens de John Holloway et de ce qu’il raconte sur la hiérarchisation des luttes ?

Vos concerts sont souvent à prix libre, vos albums sont à prix libre. Vous faites comment pour tout financer ?

X : On galère mais on s’en sort. L’autoprod n’est pas le chemin, c’est le but !

Y : En gros, les activités du groupe financent les activités du groupe et on arrive à s’en sortir plus ou moins comme ça. Ça implique bien sûr qu’on ne se paye pas individuellement. Quand on est en gros manque de fraîche, on en rajoute de notre poche. De manière générale, faire des disques coûte très cher, même s’il est de plus en plus facile de faire les choses soi-même.

Z : Nos concerts sont souvent… gratos, en tout cas quand c’est nous qui les organisons et qui avons un droit de regard dessus. Les disques sont à prix libre depuis des années, ce qui nous a permis d’en distiller des milliers en France et à l’étranger. On a la faiblesse de penser que l’industrie du disque est morte et que la raison d’être d’un album est d’être joué. Je pense que plein de gens achètent les disques comme le bon souvenir d’un concert, ça se tient. On aimerait maintenant sortir le dernier en vinyle… et à prix libre. On cherche des scènes. Il faut nous contacter et nous faire jouer. On est sympas et toujours arrangeants tant qu’on nous propose une bonne teuf…


Notes


[1« Pardon pas de pardon ! », slogan des émeutiers kabyles.



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Par Nicolas Norrito


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