Lu dans Brasil de Fato

Marielle Franco et le MST : des luttes communes pour le peuple

Dans le média brésilien Brasil de Fato, Maíra, militante du Mouvement des Sans-terre, revient sur la condamnation des commanditaires de l’assassinat de Marielle Franco, conseillère municipale et militante pro LGBTQI+, et de son chauffeur Anderson Gomes, abattus le 14 mars 2018.

« Marielle Franco dérangeait. Femme noire, issue des favelas et lesbienne, la conseillère municipale était un caillou dans la chaussure des chefs disposant d’un pouvoir financier et d’une influence politique. Marielle a été victime d’un féminicide politique parce qu’elle affrontait les milices et osait contrarier les intérêts de criminels puissants. Son assassinat a ouvert les entrailles des alliances viciées entre miliciens, politiciens, policiers et autres agents publics. Après près de huit ans d’impunité, les commanditaires ont été condamnés à l’unanimité par la Cour suprême fédérale, mercredi 25 février. Après avoir échoué à plusieurs reprises et au prix d’un lent travail d’enquête, justice a enfin été rendue.

En tenant des réunions avec les habitants des zones à l’ouest et au sud-ouest de Rio, en légiférant sur la concentration des terres et en entravant les projets des miliciens, la conseillère municipale était devenue la cible de Chiquinho et Domingos Brazão. Les deux frères, respectivement ancien député fédéral et conseiller à la Cour des comptes de l’État de Rio de Janeiro, purgeront finalement 76 ans de prison.

[…]

Parfois, je me demande si elle pressentait que sa courageuse action politique pouvait lui coûter la vie. […] Le parcours de Marielle dialogue directement avec les luttes historiques du Mouvement des travailleurs ruraux sans-terre (MST). Elle était une défenseuse ardente des politiques publiques de régularisation foncière, de logement populaire, de réforme urbaine et de démocratisation de l’accès à la terre. Elle a consacré sa vie à la lutte pour les droits humains et la justice sociale. […]

Son assassinat a révélé l’écosystème criminel qui opère dans les structures de Rio de Janeiro. Un système létal qui articule accaparement des terres, factions, racisme structurel et misogynie. Toute une politique institutionnelle capturée par la criminalité : des dizaines de miliciens, de trafiquants et de bicheiros [notables liés à des réseaux de corruption, notamment à Rio, ndlr] élus pour représenter les intérêts du crime organisé au sein des pouvoirs législatif, exécutif et même judiciaire.

Les frères Brazão avaient ainsi des alliés grassement payés au sein d’institutions publiques, comme l’ancien chef de la police civile Rivaldo Barbosa, pour détruire des preuves, dissimuler des traces, entraver les enquêtes, retarder les investigations et menacer des témoins. Le tueur Ronnie Lessa, reconnu coupable d’avoir appuyé sur la gâchette, a admis que cet assassinat lui rapporterait 100 millions de dollars en terres à Jacarepaguá [immense banlieue en plein essor au sud-ouest de Rio] destinées à des lotissements, en plus de la promesse de créer une nouvelle milice, qu’il commanderait dans la région.

[…]

La condamnation des commanditaires affirme quelque chose d’essentiel : personne n’est au-dessus de la loi. L’issue du procès […] envoie un message clair aux pouvoirs pourris du système politique : une fonction publique ne peut pas servir de bouclier pour commettre des crimes. […] Il est urgent de rompre la relation entre l’État et la criminalité et de transformer radicalement la structure politique de Rio de Janeiro. […] »

MaÍra

Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.

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Paru dans CQFD n°250 (mars 2026)
Dans la rubrique Morceaux volés

Mis en ligne le 28.03.2026