Vu dans Marie Glaire
Lettre à Philippe, fervent admirateur de Brigitte Bardot
Un vent glacial entrechoque les cordages des yachts du « petit port de pêcheurs », comme Brigitte Bardot aimait à appeler Saint-Tropez. L’actrice est décédée des suites de son cancer le 28 décembre, et ce matin-là, on célèbre ses obsèques. Trois heures avant la cérémonie une messe catholique retransmise sur trois écrans géants dans l’espace public, de quoi faire frémir tous les défenseurs de la laïcité, une armada de journalistes est déjà en place, caméra au poing, à traquer les quelques fans déjà présents. Ils seront plus d’un millier dans la matinée.
C’est ici que je te rencontre Philippe*, accoudé aux barrières pour « avoir la meilleure place ». Tu as 75 ans et tu es arrivé la veille, pour être sûr de pouvoir saluer ton idole. Devant l’écran où Brigitte apparaît en noir et blanc, un bébé phoque dans les bras, tu salues l’actrice mondialement connue et la défenseuse des animaux que toi aussi tu dis aimer la preuve, tu as adopté un chien… Mais tu n’es pas venu pour ça. Tu es surtout venu, comme de nombreux autres « fans » que j’interrogerai ce matin-là, pour faire tes adieux à « une citoyenne française qui défendait son pays. Une femme libre, qui disait ce qu’elle pense ». Selon toi, BB « représentait LA femme. Les gens qui critiquent sur les réseaux, c’est des jaloux qui ont des femmes moches ». Merci Philippe. Et devant ma mine déconfite, tu ajoutes : « Bon, elle avait des idées de droite oui, d’extrême droite, on ne sait pas… »
Mon cher Philippe, tu hésites. Pourtant, Brigitte n’a-t-elle pas été condamnée, et ce à cinq reprises, pour injure et incitation à la haine ? Pour ta star, les Réunionnais seraient une population « dégénérée », les homosexuels « des lopettes de bas étage », les musulmans « une surpopulation étrangère à laquelle nous faisons allégeance ». Mais BB n’a pas non plus hésité à défendre des acteurs accusés d’agression sexuelle ni à se positionner contre le féminisme. Est-ce là pour toi, Philippe, la juste place que devrait occuper LA femme ? Philippe, je ne te comprends pas. Je ne te comprends pas, mais d’autres le font et exploitent ta vision délétère de la vie. De nombreuses personnalités d’extrême droite eh oui Philippe se montrent à toi à la cérémonie : Marine Le Pen, présente « à titre amical », le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, l’écofasciste eugéniste et défenseur des baleines Paul Watson, ou encore la ministre chargée de l’égalité femmes hommes, transphobe et antiféministe Aurore Bergé. Même Emmanuel Macron a voulu proposer un hommage national, avant de se faire éconduire par la famille Bardot, pas fan du président. Ouf.
Cher Philippe, si je n’ai pas su quoi te dire ce matin-là, au milieu des fourrures, des lunettes de soleil et des petits chiens, je souhaite t’écrire que la France que ces personnalités t’encouragent à « défendre » comme un paradis perdu n’est qu’un agglomérat réactionnaire, raciste, sexiste et homophobe. 2026 : arrête un peu de traîner aux obsèques de fachos. Tu verras, ça fait vraiment du bien.
*Philippe est un mélange de plusieurs personnes rencontrées ce matin-là
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CQFD n°249 (février 2026)
Cet hiver, les agriculteurs ont été nombreux à se mobiliser pour tenter de faire entendre leurs voix contre la gestion de l’épidémie de dermatose et le traité du Mercosur. On vous a concocté un dossier spécial agriculture : on y évoque l’entente surprenante entre la Confédération paysanne et la Coordination rurale, puis on s’est entretenu avec Morgan Ody, coordinatrice générale de La Via Campesina, qui nous donne son ressenti après la suspension du traité de libre-échange avec le Mercosur après 26 ans de contestation. Hors dossier, on vous parle du projet bien polluant et loin d’être démocratique des JO d’hiver 2030, qui se doivent se dérouler dans les Alpes. On prend des nouvelles de la situation au Venezuela après l’enlèvement de Nicolàs Maduro et on discute de Tête dans le mur, le bouquin gonzo d’Emilien Bernard, l’un de nos journalistes qui a remonté la frontière murée entre les US et le Mexique.
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Paru dans CQFD n°249 (février 2026)
Mis en ligne le 28.02.2026



