Dans le meilleur des mondes
Le dernier jour d’un con
Future ? No Thanks ! est le dernier opus de Paolo Pedercini et du studio La Molleindustria, connu pour jouer avec des thèmes explicitement politiques depuis le début des années 2000. Sa première image est christique : un vieil homme barbu reposant dans un cercueil, fossile du monde capitaliste dont une partie des États-Unis est parvenue à se débarrasser pour instaurer une économie largement socialisée.
Pour atteindre une forme de « plénitude émotionnelle » au moment de sa mort, l’hôpital gériatrique Bernie Sanders propose notamment à ses patients de finir leurs jours selon leurs volontés profondes, déterminées après concertation avec les proches. Harvey, détesté de sa famille, souhaite simplement disparaître le plus vite possible. En analysant les traces numériques de sa vie, l’ordinateur lui suggère quand même six objectifs pour donner un sens à son dernier jour sur Terre : manger un vrai steak, fumer un cigare, boire un coca, conduire une voiture à moteur thermique, avoir une dernière relation sexuelle et se battre à mains nues. Enchanté par ces dernières occasions de profiter du monde, notre vieillard s’en va dans la ville avec sa to-do list, accompagné d’un adorable petit robot-chien censé lui prodiguer le soutien émotionnel indispensable à sa quête de paix intérieure.
Hélas, le monde est loin de ressembler aux bonnes vieilles années 1980. Il sera donc difficile de réaliser les fantasmes du boomer. Future ? No Thanks ! se joue comme un jeu en monde ouvert, mais sa structure est en réalité celle d’un point & click : il s’agit simplement d’arpenter la ville à la recherche d’objets et de personnages qui déclencheront des dialogues.
Tout l’intérêt des cinq à six heures de jeu est là : découvrir peu à peu toutes les facettes de ce petit monde, son histoire, l’organisation des loisirs, du travail, de l’école, dans cette utopie naïve et colorée où les idées d’un Aaron Bastani1 sont entrées en application. Un monde où le wokisme a si bien gagné la bataille (culturelle, institutionnelle et matérielle) que même les personnages nostalgiques du capitalisme se surprennent parfois, au gré d’une conversation, à s’émouvoir du sort des minorités, tant ils sont contaminés par l’air ambiant.
La grande force comique du jeu tient aux réactions de son personnage principal, caricature du vieux grognon de droite dépassé par les événements. Mais la mayonnaise finit par prendre une tout autre dimension car, au gré de vos recherches, vous serez amené à revoir certains membres de votre famille, et potentiellement renouer avec eux. Et alors, sans jamais cesser d’être drôle, cette histoire moqueuse fera aussi place à une jolie forme de tendresse pour Harvey, ce vestige grabataire d’un monde bientôt révolu.
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
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CQFD n°256 (octobre 2026)
Comment va la justice ? Dans ce dossier d’octobre, CQFD est allé à la rencontre de celleux qui rendent la justice : magistrat·es, avocat·es, juré·es... On découvre notamment comment la comparution immédiate est instrumentalisée par l’exécutif pour servir un projet de société réactionnaire ou encore comment les lois votées par les politiques enterrent l’idéal d’une justice démocratique. Un système qui favorise toujours les mêmes, en étant toujours plus répressif, raciste et classiste.
Hors dossier, on a discuté du "saint sauveur" des Grecs Matthieu Pigasse avec l’économiste Éric Toussaint. Puis, on revient sur l’effacement pur et simple d’un fournisseur italien de services numériques à destination des luttes avec le collectif Autistici/Inventati. Tandis que la rédaction de CQFD du futur s’est immiscée dans nos pages pour faire le bilan, un an après l’élection du candidat à la présidentielle, Fabien Roussel.
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Paru dans CQFD n°256 (octobre 2026)
Dans la rubrique Culture
Par
Mis en ligne le 05.11.2026
Dans CQFD n°256 (octobre 2026)
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