Politique gaming
Être ou ne pas être social-traître
Vous – Hershel, nom de code CASCADE, enfance bourgeoise, radicalisée à la fac, persécutée par les réactionnaires monothéistes, a fui en République démocratique du Kohila et adopté le matérialisme historique – émergez à l’étage d’un studio de développement photographique, dans la petite ville de Portofiro. Vous êtes une espionne de l’« Operant Bureau », mais n’avez aucune idée de la mission qui vous est confiée. Accessoirement, votre associé – nom de code PSEUDOPOD – est avachi en caleçon sur un fauteuil, dans une espèce de coma incurable où il aurait plongé après avoir écouté un disque : You But From a Dream d’Ultra Violeta, star planétaire de la L-Pop.
En fouinant un peu, vous apprendrez que ce monde raffole de ces productions culturelles venues de La Luz, un empire techno-fasciste qui avait autrefois colonisé Portofiro et d’autres régions, mais qui préfère aujourd’hui s’adonner au soft power. Portofiro étant sous blocus culturel depuis son indépendance, la plupart des disques de L-Pop et autres opiums du peuple y circulent sous forme de contrefaçons. Mais un rendez-vous se prépare en secret : le ministre de la Culture luzien devrait se pointer dans les prochains jours afin de négocier une levée du blocus avec EMTERR (l’Empire sans territoire, alias la Banque, alias le Capital transnational).
En cherchant plus loin, vous découvrirez que votre mission consiste à intervenir dans ces négociations pour le compte du Superbloc, ou Union suprême des Républiques prolétariennes. On retrouve dans cette enquête les instants de grâce un peu suspendus qui faisaient la grandeur de Disco Elysium. Genre : aider une petite fille à démêler un fil de pêche sur la plage après avoir subi une séance de torture dans les sous-sols d’une revue de poésie contemporaine.
Les ramifications qu’il vous reste encore à élucider sont immenses, géopolitiques, mais aussi intimes, sentimentales, et prendront même un tour métaphysique si vous choisissez de plonger Hershel dans l’épineux « problème de la Réalité ». Autre problème : acheter ce jeu vous rendra un peu complice des nouveaux patrons véreux de ZA/UM. C’est un premier dilemme à trancher.
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
Nous, c’est CQFD, plusieurs fois élu « meilleur journal marseillais du Monde » par des jurys férocement impartiaux. Plus de vingt ans qu’on existe et qu’on aboie dans les kiosques en totale indépendance. Le hic, c’est qu’on fonctionne avec une économie de bouts de ficelle et que la situation financière des journaux pirates de notre genre est chaque jour plus difficile : la vente de journaux papier n’a pas exactement le vent en poupe… tout en n’ayant pas encore atteint le stade ô combien stylé du vintage. Bref, si vous souhaitez que ce journal puisse continuer à exister et que vous rêvez par la même occas’ de booster votre karma libertaire, on a besoin de vous : abonnez-vous, abonnez vos tatas et vos canaris, achetez nous en kiosque, diffusez-nous en manif, cafés, bibliothèque ou en librairie, faites notre pub sur la toile, partagez nos posts insta, répercutez-nous, faites nous des dons, achetez nos t-shirts, nos livres, ou simplement envoyez nous des bisous de soutien car la bise souffle, froide et pernicieuse.
Tout cela se passe ici : ABONNEMENT et ici : PAGE HELLO ASSO.
Merci mille fois pour votre soutien !
Cet article a été publié dans
CQFD n°255 (septembre 2026)
Le 30 juillet dernier, 60 000 à 80 000 personnes sont afflué à Ceuta depuis le Maroc, provoquant la terreur des fachos. Dans le dossier du mois, CQFD explore la migration et le durcissement des frontières aux portes de l’Europe. Si les migrants continuent d’être instrumentalisés politiquement, deux réactions s’opposent : la violence de l’extrême droite ou la solidarité. CQFD s’intéresse aussi à la précarité et la répression politique qui poussent la jeunesse marocaine à l’exil, ainsi qu’au déclin de la libre circulation au sein de l’espace Schengen, où les contrôles aux frontières sont devenus la norme.
Hors dossier, CQFD vous emmène découper de la rime au Demi Festival à Sète ainsi qu’en Argentine où la mobilisation a permis d’empêcher l’ouverture des terres rurales aux capitaux étrangers.
Trouver un point de venteJe veux m'abonner
Faire un don
Paru dans CQFD n°255 (septembre 2026)
Dans la rubrique Culture
Par
Illustré par Mathys Dreno
Mis en ligne le 26.09.2026
Dans CQFD n°255 (septembre 2026)




