Connexion musico-sportive

Football social à l’irlandaise

Face à la décadence du sport professionnel soumis aux règles capitalistes, des Irlandais·es luttent à contre-courant pour bâtir un autre modèle. À Dublin, le Bohemian Football Club, détenu entièrement par ses fans, se mobilise pour redéfinir l’utilité sociale du sport en soutenant diverses causes, dont celle des Gazaoui·es.

Les adeptes du groupe de rap nord-irlandais Kneecap ou du groupe de rock irlandais Fontaines D.C. – tous deux connus pour leur soutien à la Palestine et leurs engagements sociaux – n’ont pas pu passer à côté. Qu’il soit noir et rouge, bleu ou blanc, le maillot de l’équipe de foot des Bohemians de Dublin était dans tous les festivals cet été. Même l’activiste suédoise Greta Thunberg le portait sur la flottille humanitaire qui se dirigeait vers Gaza en juin dernier. Et pour cause, le club, qui brille rarement au-delà des terrains de l’île d’Émeraude, s’est associé à Fontaines D.C. en décembre 2024 pour réaliser le 3è maillot (le bleu) de l’équipe. Objectif : reverser 30 % des profits sur les ventes à l’organisation humanitaire Medical Aid for Palestinians. « Défendre les Palestiniens face au génocide perpétré par Israël est d’une grande importance pour les membres et supporters des Bohemians  » déclarait le club dans un communiqué.

Les grands clubs préfèrent quant à eux sacrifier toute humanité sur l’autel de la sacro-sainte diplomatie de la thune

Habituellement, la dénonciation des horreurs de ce monde et l’engagement politique ne dépassent que rarement les tribunes – encore remuantes, bien que de plus en plus étouffées – ou les équipes de seconde zone. Les instances et plus grands clubs préfèrent quant à eux sacrifier toute humanité sur l’autel de la sacro-sainte diplomatie de la thune. En témoigne l’amende de 17 500 euros infligée par l’UEFA (Union européenne des associations de football) en octobre 2023 au Celtic Glasgow pour le soutien affiché de leurs fans à la cause palestinienne.

Les Bohs n’en sont pas à leur coup d’essai ! En 2020, pour dénoncer le Direct Provision, le système défaillant irlandais de prise en charge des exilé·es, iels s’associent à Amnesty International et au Movement of Asylum Seekers Ireland (MASI) pour réaliser un autre maillot sur lequel iels placent le message « Refugees Welcome » au centre – à l’endroit normalement dédié au sponsor principal. Une initiative qui donne de l’air sur une île rongée par les actes de violence xénophobe, en constante augmentation, et qui touchent principalement les personnes exilées depuis les émeutes racistes de Dublin de novembre 20231.

Dans un milieu toujours plus financiarisé, où des fonds d’investissement prennent les passionné·es de baballe pour des vaches à lait, les Bohs proposent un modèle alternatif

Si tout cela est rendu possible, c’est qu’il n’y a aucun intérêt financier supérieur au club. Le Bohemian Football Club est tout simplement détenu à 100 % par ses supportrices et supporteurs qui payent une adhésion annuelle et décident quelles causes le club doit soutenir, le prix des billets, les projets de rénovation de leur stade... En 2020, le club décide de recruter Daniel Lambert pour le poste de Chief operating officer (Directeur des opérations), lui qui n’est autre que le manager de Kneecap. La boucle est bouclée !

Alors oui, on peut légitimement arguer que faire de ses engagements sociaux et politiques des arguments marketing pour vendre plus de places et de produits dérivés n’est pas jojo. Mais il permet d’apporter une visibilité et une aide matérielle nécessaires aux Gazaoui·es qui en ont désespérément besoin. Dans un milieu toujours plus financiarisé, où des fonds d’investissement prennent les passionné·es de baballe pour des vaches à lait, les Bohs proposent un modèle alternatif. « Il existe peu d’institutions dans ce monde qui tiennent fermement et sans fléchir face à l’oppression. Le Bohemian F.C. en fait partie […]. On sera toujours à leurs côtés », clamait Carlos O’Connell, le guitariste de Fontaines D.C2. Le football, comme la musique, ne devient-il pas un prétexte pour se rassembler et commencer une révolution ?

Eliott Dognon

Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.

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1 Lire « “Hateful rhetoric ”leads towards migrants leads to “more vicious violence” », The Irish Times (20/10/2025).

2 Lire « Fontaines D.C. team up with Dublin’s Bohemians FC to launch football shirt for Palestine aid », NME (05/12/2024).

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CQFD n°246 (novembre 2025)

Ce numéro de novembre s’attaque de front à la montée de l’extrême droite et à ses multiples offensives dans le milieu associatif et culturelle. On enquête sur les manœuvres des milliardaires réactionnaires, l’entrisme dans la culture et les assauts contre les assos dans le dossier central. Hors-dossier, on vous parle des les alliances nauséabondes entre hooligans, criminels et pouvoir en Serbie, on prend des nouvelles des luttes, de Bruxelles aux États-Unis, en faisant un détour par Exarchia et par la Fada Pride qui renaît à Marseille. Et pendant qu’on documente la bagarre, le Chien rouge tire la langue : nos caisses sont vides. On lance donc une grande campagne de dons. Objectif : 30 000 euros, pour continuer à enquêter, raconter, aboyer. CQFD compte sur vous !

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