Vu ailleurs
Contre le business du patrimoine sacré, le peuple maya se mobilise
Par une chaude matinée d’avril, ils sont des dizaines à faire la queue pour obtenir leur billet d’entrée pour Chichén Itzá (Mexique). Comme chaque jour de l’année, ce site d’archéologie maya s’apprête à accueillir plusieurs milliers de visiteurs. Par an, plus de deux millions de touristes le visitent, faisant de Chichén Itzà l’un des monuments les plus visités du pays. Et au vu du prix d’accès (697 pesos, environ 34 euros), c’est une vraie machine à cash. Tous les bénéfices reviennent à l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire (INAH), une instance fédérale. Mais ce dimanche 26 avril 2026, les vacanciers sont accueillis par un comité inhabituel. Sur les marches menant au site, une centaine de personnes brandissent des pancartes : « Non au CATVI, non à la cage où est enfermée la renaissance maya », « Moins de béton, plus de respect », « Où sont passés les pauvres ? »
La raison de cette manifestation ? Une décision administrative brutale vise à limiter drastiquement la présence des artisans et vendeurs mayas qui exercent à l’intérieur du site depuis plus de 30 ans. Sous prétexte de « moderniser » l’accueil et de fluidifier le flux de visiteurs, les autorités mexicaines ont ouvert le CATVI, un nouveau Centre d’accueil touristique. L’entrée historique a été détournée au profit de ce nouveau complexe extérieur, reléguant les vendeurs locaux dans de petits stands de type marché. L’argument de l’INAH est d’un cynisme absolu : la présence de ces artisans donnerait une « mauvaise image » du site. Pour les 2 000 familles des communautés de Pisté et de Xcalacop, cette mise à l’écart est un arrêt de mort économique. Alors que les millions de pesos des billets d’entrée s’envolent directement vers les caisses de l’État fédéral, l’artisanat reste le seul moyen pour les locaux de capter quelques miettes de cette manne touristique.
Dans un communiqué cinglant adressé à la présidente Claudia Sheinbaum et aux barons du tourisme, la communauté maya dénonce des manœuvres de division, des promesses de prêts opaques et des pressions sur les voyagistes, sommés de contourner les circuits traditionnels. Les pertes économiques atteignent déjà 50 %. « Ni la conception ni l’exploitation du CATVI n’ont fait l’objet d’une consultation, au mépris de la convention 169 de l’Organisation internationale du travail », dénoncent les manifestants.
Le paradoxe politique est total : l’État privilégie les infrastructures de luxe tout en limitant les droits des autochtones de mener leurs propres commerces. Le Maya préhispanique, mort et muséifié, est glorifié pour attirer les gros sous tandis que le Maya contemporain, vivant et précaire, est méprisé et chassé de sa propre terre sacrée.
Face au mur institutionnel, la communauté a durci le ton en bloquant temporairement les accès au site depuis le 20 mai. Elle exige l’arrêt immédiat des expulsions et une table ronde de négociations. En écho aux luttes néo-zapatistes, le peuple maya tente de faire entendre sa voix : « Plus jamais un Mexique sans nous. »
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CQFD n°253 (juin 2026)
Depuis une bonne trentaine d’années, le mouvement free-party promet un espace de fête libérée de toute surveillance. Si dernièrement, la répression s’est durcie, la résistance, elle, continue. CQFD y consacre son dossier central : reportage au Teknival 2026, retour sur l’histoire de la teuf libre et analyse des sanctions chez nos amis italiens. Dans les actus, CQFD a failli faire la montée des marches à Cannes mais finalement, la culture bourgeoise du cinoche nous a plutôt inspiré un article à charge. Tandis qu’au Sénégal, les enjeux impérialistes se nichent dans les mesures LGBT-phobes : on vous explique les enjeux page 12.
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Paru dans CQFD n°253 (juin 2026)
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Mis en ligne le 01.07.2026
Dans CQFD n°253 (juin 2026)
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