Convoi de soutien

Alep : les quartiers kurdes assiégés

Malgré ses engagements à protéger les minorités ethniques présentes sur son territoire, le nouveau gouvernement de transition syrien a envoyé ses troupes assiéger deux quartiers kurdes de la ville d’Alep le 7 janvier dernier. Récit de ce troisième épisode de violences contre les peuples de Syrie.

Je boucle mon sac en cinq minutes : quelques vêtements chauds, mon appareil photo et un kit de premiers secours. Quelques jours plus tôt, le 7 janvier, la nouvelle est tombée : les quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashrafiyeh, au nord de la ville d’Alep, sont assiégés par l’armée du nouveau gouvernement syrien.

Dans la ville où je me trouve, une partie de la population organise au pied levé un convoi de véhicules pour apporter du soutien médical aux défenses kurdes

Après les massacres d’Alaouites et de Druzes en mars et juillet 2025, le pouvoir s’attaque à une ancienne cible : les Kurdes. Les quartiers visés, majoritairement peuplés par cette communauté, sont contrôlés par l’Administration autonome du nord-est de la Syrie, aussi appelée « Rojava ». Tout laisse à penser que de nouveaux crimes vont être commis, et déjà des images d’habitant·es pris au piège au milieu des combats nous parviennent. Dans la ville où je me trouve, non loin d’Alep, une partie de la population organise au pied levé un convoi de véhicules pour apporter du soutien médical aux défenses kurdes.

Le 10 janvier au matin, on se retrouve devant le point de ralliement, au Centre d’art de la ville. La logistique et la quantité de matériel médical sont impressionnantes. Chacun s’affaire à organiser le chargement et au moment de prendre la route, les gens se serrent dans les bras.

Sur le trajet, à mesure des villes que nous traversons, des dizaines de voitures civiles se joignent à nous. Cette solidarité vient gonfler notre détermination à percer le siège des quartiers nord d’Alep. Mais au moment de franchir l’Euphrate, frontière naturelle entre les deux administrations, une annonce tombe : la route devant nous est bombardée. Les voitures s’immobilisent. Que faire ? Chacun consulte son téléphone à la recherche d’informations. Des images de tanks, de drones turcs, de dizaines de milliers de combattants syriens auxquels font face quelques centaines de combattant·es kurdes, nous parviennent. Les visages se ferment. Autour de moi, l’idée d’une possible défaite semble faire son chemin. Nous décidons de continuer prudemment.

Juste après Der Hafer, dernier village tenu par l’Administration autonome, les forces syriennes ont ordre de ne laisser passer aucun véhicule. Le convoi doit à nouveau s’arrêter. On espère pouvoir négocier et reprendre la route dès le lendemain. Malgré la tension, l’atmosphère se relâche un peu : des braseros sont allumés, et la soirée s’anime de danses et de chants.

Le lendemain, six ambulances venues d’Alep croisent notre check-point : elles rapatrient les corps de civils et de forces de sécurité kurdes... Dans nos rangs, la décision est alors prise de se séparer : une partie des véhicules, dont le mien, fait demi-tour pour escorter ce triste cortège jusqu’au Rojava. Nous sommes le 11 janvier, et plus tard dans la journée, nous apprendrons l’invasion totale des quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashrafiyeh. Ainsi se jouait le premier acte d’une annexion qui se confirmerait les semaines suivantes : le 30 janvier, un fragile cessez-le-feu est déclaré, mais entre les deux administrations les tensions restent vives.

Arnaud Thomas

Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.

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CQFD n°249 (février 2026)

Cet hiver, les agriculteurs ont été nombreux à se mobiliser pour tenter de faire entendre leurs voix contre la gestion de l’épidémie de dermatose et le traité du Mercosur. On vous a concocté un dossier spécial agriculture : on y évoque l’entente surprenante entre la Confédération paysanne et la Coordination rurale, puis on s’est entretenu avec Morgan Ody, coordinatrice générale de La Via Campesina, qui nous donne son ressenti après la suspension du traité de libre-échange avec le Mercosur après 26 ans de contestation. Hors dossier, on vous parle du projet bien polluant et loin d’être démocratique des JO d’hiver 2030, qui se doivent se dérouler dans les Alpes. On prend des nouvelles de la situation au Venezuela après l’enlèvement de Nicolàs Maduro et on discute de Tête dans le mur, le bouquin gonzo d’Emilien Bernard, l’un de nos journalistes qui a remonté la frontière murée entre les US et le Mexique.

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