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Musique

Too Many Zooz, une méchante claque dans le jazz


paru dans CQFD n°135 (septembre 2015), rubrique , par Jean-Baptiste Legars
mis en ligne le 09/02/2018 - commentaires

En ce 23 juillet [1], à Marseille, c’est au tour de Goran Bregović de monter sur scène, devant le public du festival de jazz des Cinq continents – dit aussi festival « des Incontinents », étant donnée la moyenne d’âge des spectateurs.

Sauf. Sauf que. Sauf que la grosse surprise du jour, elle a déjà eu lieu, assurée en première partie de soirée par le groupe Too Many Zooz. Et, derrière ces trois New-Yorkais, le show du préposé à la musique des films d’Émir Kusturica a un goût de bonne vieille Slivovitz, certes, mais ouverte et oubliée depuis quelque temps déjà. Malgré sa batterie de cuivres [2], sa voix tannée, ses choristes en habits traditionnels et son swing des Balkans, la démonstration reste fadasse après la méchante claque balancée par Too Many Zooz. Une taloche en partie improvisée qui a retourné les spectateurs à talons hauts et petit pull de Longchamp (4e), comme si Mamie Nova avait subitement troqué sa cuillère de yaourt contre une trace de blanche. JPEG

Pourtant, ils n’étaient que trois pour faire vivre la – très – grande scène montée sur le plateau du Palais. Une gageure quand on sait qu’ils ont débuté dans un petit coin des couloirs du métro new-yorkais. Mais ils y ont pris leurs aises, tant physiquement que musicalement. Et, pendant une petite heure, passée bien trop vite, ils ont surpris, séduit puis captivé tout ou partie du public  : Matt Doe n’a rien lâché, même pas sa bière ou son clope, quand il mettait à mal sa trompette ; King Of Sludge, impassible, a épuisé sa grosse caisse portative ; quant à Léo P., armé de son saxophone baryton, il a assuré à lui tout seul la chorégraphie du band.

Leur secret ? Il porte un nom : le « brass house », un mélange boosté au jazz, à la soul, au hip-hop et à la techno. Une mixture a priori inédite, et qui fonctionne du feu de l’enfer  : elle commence par te décoller le papier peint de la tête façon free party, puis les cuivres, parfois doux, le plus souvent joliment agressifs, fissurent le reste. Il ne reste plus qu’à secouer ses abattis pour ne pas tomber en morceaux  ! « Ce qui fait notre différence, c’est notre approche de la musique, déclarait Matt Doe au site 20minutes.fr en juin dernier. On veut faire danser et on fait beaucoup d’impro. Si on se loupe, on s’adapte et on s’en sert pour en sortir quelque chose de cool. » Too Many Zooz sévit depuis tout juste deux ans, mais a déjà sorti trois EP et assuré une cinquantaine de dates en France cet été. Vous les avez ratés ? Vous bilez pas, ils vous préparent un album studio. Et puis, si vous traînez dans un couloir de métro, tendez l’oreille  : ils y jouent encore parfois.


Notes


[12015. Note du webmaster.

[2Et encore… Il semble bien que, sur certains morceaux, on entendait des instruments invisibles sur scène.



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Par Jean-Baptiste Legars


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