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paru dans CQFD n°156 (juillet-août 2017), rubrique , par Julien Tewfiq, illustré par
mis en ligne le 28/08/2017 - commentaires

Depuis neuf ans, tous les mercredis à 18h, la Prime Team de MégaCombi diffuse sur les ondes de Radio Canut une heure de parodies drolatiques, de reportages, de sons loufoques ou du quotidien. Depuis le temps qu’il en rêvait, Julien Tewfiq est enfin allé à Lyon, à la rencontre de ses idoles. Un reportage tout en objectivité.

Previously in Ciquioufdee : pour le no 144 [1] de CQFD, la rédaction m’avait envoyé interviewer Olivier Minot, l’un des animateurs de Radio Debout. J’avais alors découvert MégaCombi sur Radio Canut [2], dont Minot fait partie. Une vraie révélation ! J’ai dévoré les podcasts les uns après les autres, passionné par les reportages, riant aux sketches, ému parfois jusqu’aux larmes… Et convaincu par le positionnement politique aussi radical que pertinent de l’émission. J’étais devenu un « fan ». Et puis, un jour…

Par Emilie Seto. {JPEG}

Fausse manifestation "d’auditeurs authentique de Radio Canut" à la fin de l’éission, aux cris de "on est chez nous !"

9h04. Sur les pentes de la Croix-Rousse, quartier (encore un peu) populaire en proie à un processus de gentrification implacable. J’arrive chez Frib [3], visiblement bien trop à l’heure… À peine le temps de remarquer la une du no 122, « Vins libertaires et bières sociales », scotchée sur le frigo que les autres arrivent : Jean-Gab, puis Combi, Kobri et des croissants. Nous prenons place dans le grand salon cuisine. Le café n’est pas encore prêt, mais Combi et Frib discutent déjà de la prochaine émission devant un ordinateur portable. Pas une émission comme les autres : elle sera entièrement consacrée aux 40 ans de Radio Canut, diffusée en live depuis le quartier populaire de la Guillotière et réduite à une petite demi-heure. Le thème de l’émission (l’histoire de Radio Canut) et sa structure, une parodie de La Marche de l’Histoire de Jean Lebrun sur France Inter, sont déjà en place. Combi et Frib se penchent sur ce qu’ils ont écrit en amont. Frib se lance : «  L’Escalator de l’histoire, Jean Lerouge... » Puis changeant de voix, de rythme, de diction : « Alors, aujourd’hui, retour sur l’histoire de Radio Canut, une success story radiophonique... » Combi savoure : « Tu le fais super bien ! »

9h15. Pendant que le café et Luigi arrivent, une séance de brainstorming est lancée : quelle chute pour l’émission ? Faut-il finir sur l’élection de Macron ou sur une manifestation ? Combi va et vient dans le salon, parle, propose des idées. Il ne tient pas en place. Frib approuve ou critique, prend des notes. Luigi fait des blagues. Et Jean-Gab, devant son ordinateur, écoute distraitement la discussion malgré son casque sur les oreilles. En fait, il est déjà en train de chercher des sons pour habiller les différents moments de l’émission.

9h28. Premier problème, le reportage de Chris, absente pour cette fois, est trop long. « Faut couper, affirme Combi. Elle va pas être contente, parce qu’elle a beaucoup bossé mais... je l’appelle. » J’en profite pour demander à Jean-Gab s’il faut souvent tailler dans les reportages ou les sons. « Oh oui, très souvent ! Et ça ne se passe pas toujours bien : parfois, ça gueule... Combi veut couper, l’autre défend son travail. C’est souvent grâce à une tierce personne que ça s’arrange, qu’on trouve un consensus. Même si Combi a souvent raison au final. Par exemple, tu as remarqué que les musiques de l’émission ne passent jamais en entier ? En fait, on n’arrête pas de couper. » Luigi ajoute : « Tu vois, c’est ça, MégaCombi. Tu fais un truc et on n’en diffuse que la moitié à la fin… » La question se reposera plusieurs fois au cours de la journée : il faut tailler dans le « son de l’année » de Flobé ou dans les répliques du sketch pour gagner en efficacité… Mais sans énervement, cette fois : l’équipe est bien moins stressée que d’habitude. « En général, on bosse toute la journée du mercredi pour l’émission qu’on diffuse en live le soir même, explique Luigi. C’est un boulot hyper intense. Mais là, l’émission ne sera diffusée que samedi et sa taille est réduite… Pfff, on a deux jours de plus ! Le grand luxe ! »

La lecture du script commence. Combi le résume en phrase : « C’est l’histoire de Radio Canut à la sauce MégaCombi, c’est-à-dire en mélangeant le vrai et le faux. » Autour d’une thématique d’actu (« Élections : piège à ‘on » ou « Salut, c’est Über ») ou de société (« Punk à chien », « Mauvais genre »), chaque émission se décline en fictions, interviews de sans-voix ou récits de vie parfois très personnels. Il faut ainsi avoir un cœur de pierre pour ne pas être touché par les histoires de l’épisode « Mariage » ou de celui sur l’accouchement.

9h37. Question de Jean-Gab : «  La partie Saturday Night Fever, c’est produit ou on la fait sur place ? » Les « sons produits » sont enregistrés avant le direct, et donc lancés par la régie : musiques, reportages et sons d’ambiance. Mais la plus grande partie de l’émission est interprétée en direct par les membres de la team. Par exemple, c’est Jean-Gab qui chantera en direct par-dessus Saturday Night Fever pour jouer un artiste disco-punk ! Ha ha ha ha stayin’ aliiiiiive !

10h. Zebrilde arrive. Combi lui annonce que cette fois, elle sera « la cheffe » ! Comprendre : elle s’occupera de la réalisation, sera « aux manettes ». À partir de là, c’est elle qui prend en charge la répartition des tâches. L’ambiance se fait studieuse : Luigi et Jean-Gab cherchent des sons et les mixent ; Kobri écrit les infos parodiques. Tout le monde est devant son ordi. Je n’entends plus que le clic des souris et quelques « putain, ça va pas, ça... »

10h27. « Vous auriez pas des splash ? », demande Jean-Gab. Devant l’incompréhension de ses collègues, il précise : « Des ploufs, quoi. » « De piscine ? », rigole Zebrilde. « Mais non, de saumons ! C’est pour la fausse pub. » Ils s’échangent alors leurs bons plans de banques de données de sons – celle, énorme, de la BBC semble faire saliver tout le monde.

11h15. Entre-temps, Flobé est arrivée, très contente d’apporter « encore un nouveau son de l’année »… qu’il lui faut immédiatement retravailler et couper. Elle s’y attelle avec l’aide de Zebrilde. « On n’a que deux minutes ? Putain, c’est chaud ! » « Mais garde une version longue pour plus tard, » lui conseille sa pote.

12h30. Pause repas. Pâtes sauce tomate et blagues concernant Gérard Colomb, maire de Lyon, qui sera nommé ministre de l’Intérieur dans la journée. De l’avis général, « avec toutes les saloperies sécuritaires qu’il a expérimentées à Lyon… ça va être horrible ».

13h15. Reprise tranquille. En les regardant travailler, je comprends comment l’équipe de MégaCombi réussit ce tour de force : produire collectivement, chaque semaine, une heure d’émission de qualité. En fait, ça fonctionne un peu comme pour… les séries télés. Ce qui prime, c’est l’écriture – ici, celle du sketch principal et des séquences (les fausses archives de Radio Canut). Combi fait office de showrunner : il garde le cap, coordonne l’équipe, supervise toutes les étapes d’écriture et d’enregistrement. Kobri et surtout Frib l’assistent à l’écriture. Mais toute l’équipe (une quinzaine de personnes, essentiellement des trentenaires lyonnais) peut participer, donner des idées, réaliser des sons et interpréter les personnages créés. Et surtout, rien n’est figé. Par exemple, l’émission de la semaine suivante, « MégaCombi Métropole », dépendra en bonne part du boulot de reportage de Luigi. Bref, une organisation à la fois souple et rodée, avec quelques spécialisations et hiérarchisations.

15h41. Flobe s’écrie, toute contente, qu’elle a réduit son reportage à 2’40. Combi : « Si tu veux, j’écoute et je te propose des coupes ? »

16h46. Mon moment de gloire ! Jean-Gab a besoin de moi pour enregistrer la fausse pub. Je dois dire dans le micro : «  Le saumon, c’est trop bon. » Et deux ou trois autres phrases du même style. En cinq minutes, c’est dans la boîte. C’était trop court.

17h30. Rangement. C’est fini.

Bien plus tard, nous sommes assis en rond sur une pelouse, partageant bières et pizzas. Il y a Jean-Gab, Flobé, Luigi, Combi et Naïa, dernier arrivé de la bande. Nous parlons de l’avenir de l’émission. Combi se demande si après la prochaine saison, la dixième, il ne serait pas temps « de faire autre chose ». Jean-Gab a des idées, des envies d’expérimentations sonores. Combi voudrait tenir un rôle moins central. Flobé serait partante pour faire des « sons de l’année ». Et Luigi aussi... On finit par se séparer en se faisant mille promesses de se revoir à Lyon ou à Marseille. Plus que jamais, j’en suis convaincu : « MégaCombi, la meilleure émission de la bande FM ! (Et en même temps, c’est pas difficile.) »


Notes


[1Juin 2016.

[2Radio Canut, 102.2 à Lyon. MégaCombi est aussi diffusée en live sur plusieurs radios locales. Et en podcast ! Aucune excuse pour ne pas l’écouter !

[3Les membres de la Prime Team de MégaCombi ont tous leur petit nom d’antenne.



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Par Julien Tewfiq


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