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Mapuche en lutte : Le disparu de Patagonie


paru dans CQFD n°157 (septembre 2017), par Martin Barzilai, illustré par
mis en ligne le 12/02/2018 - commentaires

Santiago Maldonado a disparu le 1er août dernier (2017). Cet artisan de 28 ans, originaire de Buenos Aires, sympathisant du mouvement Résistance ancestrale mapuche (RAM), n’a plus donné signe de vie après l’intervention brutale de quatre-vingt-dix gendarmes en territoire mapuche, à Cushamen dans la province de Chubut, pour faire lever des barrages routiers. Selon des témoignages d’habitants, les gendarmes auraient tiré à balles réelles. Et Santiago aurait reçu des coups, avant d’être traîné au sol par les condés.

Par Sub.coop. {JPEG}

La veille, une manifestation avait été organisée devant la cour fédérale de Bariloche pour réclamer la libération de Facundo Jones Huala, chef coutumier de Cushamen, accusé d’être à l’origine d’un incendie contre une grande propriété à Pisu-Pisué, dans la région Los Ríos, en 2013. Facundo faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international pour « terrorisme » et avait été arrêté le 27 juin dernier. Le jour même de la rencontre entre Mauricio Macri, président argentin clairement de droite, et la présidente chilienne Michelle Bachelet, soutenue par la « gauche » de son pays.

Au Chili, les Mapuche luttent depuis de nombreuses années contre les grands propriétaires terriens et la spoliation de leurs terres. En moins de deux siècles, leur territoire s’est réduit à 5% de sa surface initiale. Par ailleurs, chez les politiciens de la capitale, le mot « Mapuche » est pratiquement devenu synonyme de terroriste. D’où une lourde répression : cette année, deux militants ont été tués lors d’occupations de terres. Et 37 autres croupissaient derrière les barreaux en avril 2017 [1].

Du côté argentin, la confrontation est en apparence moins vive. Toutefois, la lutte contre le magnat du prêt-à-porter Benetton, propriétaire de milliers d’hectares de terres sur le territoire mapuche, dure depuis des années. Dernièrement, c’est le basketteur argentin Emanuel Ginobili, également grand propriétaire dans la région, qui s’est attiré les foudres de la RAM.

Lente enquête

La disparition forcée de Santiago n’est pas sans rappeler les exactions des forces de sécurité durant la dictature (1976-1983). Un souvenir évidemment amer. D’où une campagne de protestation massive, au point que le Prix Nobel de la paix, Adolfo Pérez Esquivel, a lui-même accusé le président Macri et sa ministre, Patricia Bullrich, d’être directement responsables de cet acte criminel.

Face à cette déferlante, la ministre de l’Intérieur, qui a commencé par soutenir les gendarmes, s’est finalement décidée à diligenter une enquête. Des prélèvements d’empreintes digitales et ADN ont été effectués dans les véhicules de la gendarmerie présents à Cushamen le 1er août dernier. Mais près d’un mois après la disparition du jeune homme, les résultats de ces analyses n’ont toujours pas été rendus publics. Le 30 août, Marcos Peña, chef de cabinet du président Macri, a tenté d’écarter d’autorité l’hypothèse que tout le monde a en tête : « Aucune preuve tangible ne permet d’affirmer qu’il s’agit d’une disparition forcée. »

L’Argentine a pourtant connu plusieurs cas de disparitions forcées pour des raisons politiques depuis la fin de la dictature. Ainsi de Julio López, maçon socialiste, enlevé illégalement une première fois sous la dictature, puis disparu définitivement en 2006, sous la présidence de Nestor Kirchner. Mais aussi de Daniel Solano, disparu dans la province de Rio Negro en 2011, de Sergio Avalos, à Neuquen en 2003, ou encore de Marcelino Olaire, à Formosa à la fin de l’année 2016. Les vieilles habitudes ont la vie dure…


Notes


[1Selon un décompte du site Meli.mapuches.



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Par Martin Barzilai


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