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Mais qu’est-ce qu’on va faire des… Injecteurs


paru dans CQFD n°106 (décembre 2012), rubrique , par Rosa Munch
mis en ligne le 24/01/2013 - commentaires

Qu’est-ce qu’on risque quand on veut s’injecter des drogues et qu’on ne voit pas ses veines ? Des plaies à force de se trouer la peau ou de s’envoyer le produit à côté, provoquant des abcès qui peuvent dégénérer en cellulite infectieuse et jusqu’à l’amputation d’un membre. Et ceci d’autant plus si la personne est précarisée et qu’elle n’a pas recours au système habituel de soin de peur de se faire recevoir comme une tox qui n’avait qu’à pas…

« Plus bleue la vie », voici le nom cynique d’un projet de la SNCF qui consiste à mettre des lumières bleues dans des abris de gare des quartiers Nord de Marseille pour éviter que les tox voient leurs veines. Contrairement aux moustiques attirés par la lumière bleue, et grillés par la haute tension, le consommateur, conscient des risques, même défoncé ou en manque, irait se c(r)amer ailleurs. Le site de « Commercial Security Devices [1] » rapporte à propos de cette lumière bleue que « les intoxiqués marquent leurs veines avec des marqueurs avant de fréquenter ces secteurs, ce qui élimine l’efficacité de ces lumières ». Bel entêtement !

Heureusement, par effet boomerang, la SNCF qui voulait virer les tox, remet en pleine lumière – blanche cette fois – la nécessité urgente d’ouvrir des salles de consommation à moindre risque en France [2]. Alors, loin des parkings, des terrains vagues ou des quais de gare, les drogués seraient entourés d’une équipe qui leur permettrait l’accès à tout type de soins, depuis la prévention des abcès, des contaminations VIH et hépatites, des poussières [3] et overdoses jusqu’à celui d’ouvrir une porte aux traitements de substitution. Les citoyens qui se sont plaints à la SNCF seraient alors satisfaits. En effet, comme le rappelle Anne Coppel, sociologue et présidente d’honneur de l’AFR [4], à propos de la situation en Suisse : « Les professionnels de santé favorables à la réduction des risques (RDR) […] ont pu démontrer son efficacité dans la protection de la santé, mais cela n’a pas désarmé pour autant commerçants et habitants, qui ont continué de s’opposer à l’ouverture d’accueils dans leur quartier, selon le principe « Nimby » [Not In My Back Yard]. Ces expérimentations n’auraient pu être négociées si la sécurité des habitants n’avait été garantie. […] Les premières salles de consommation à moindre risque et les prescriptions d’héroïne médicalisée ont été expérimentées, en partie en réponse aux problèmes de terrain – comme des usagers continuant de s’injecter des drogues dans les lieux publics. Aussi, ce qui détermine l’engagement des villes, ce sont surtout les résultats constatés sur le terrain : les citoyens suisses ont apporté leur soutien aux programmes d’héroïne médicalisée comme aux salles de consommation parce qu’ils ont pu constater que plus les usagers sont pris en charge, moins ils trainent dans la rue . [5] »

Merci donc à la SNCF de participer à ce débat. Parions qu’elle ne manquera pas de réinjecter sans risque les budgets dédiés aux lumières bleues dans les programmes de RDR car, comme le dit la compagnie de chemin de fer, « le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous ».


Notes


[1commercialsecuritydevices.com

[4Association Française de Réductions des risques.

[5Anne Coppel, Olivier Doubre, Drogues : sortir de l’impasse. Expérimenter des alternatives à la prohibition, La Découverte, 2012.



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