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Les amis de la Tunisie


paru dans CQFD n°86 (février 2011), rubrique , par Daniel Gaillard, Jean-Sébastien Mora
mis en ligne le 08/03/2011 - commentaires

Ça y est, Ben Ali est parti. Dans la classe politique française c’est la grande réjouissance, tu penses ! Un dictateur au pouvoir depuis 23 ans… Pendant tout ce temps, les voix de nos dirigeants n’ont cessé de s’élever contre ce terrible tyran. Nicolas Sarkozy, par exemple, n’a pas mâché ses mots quand, en 2008, il fut fait citoyen d’honneur de la ville de Tunis : « Il m’arrive de penser que certains des observateurs sont bien sévères avec la Tunisie qui développe sur tant de points de vue l’ouverture et la tolérance. » Éric Raoult, le député-maire UMP du Raincy (Seine-Saint-Denis), était lui aussi intraitable. Ce membre du groupe parlementaire d’amitié France-Tunisie avait soutenu le peuple tunisien lors de la réélection de Ben Ali en 2009 : « Incontestablement, en Tunisie, beaucoup de gens aiment le président. » En 2003, c’est Jacques Chirac qui s’énervait : « Le premier des droits de l’homme, c’est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat. De ce point de vue, il faut bien reconnaître que la Tunisie est très en avance sur beaucoup de pays. »

La gauche n’était pas en reste pour faire vivre les valeurs immortelles des droits de l’homme. Dominique Strauss-Kahn, patron PS du FMI, n’y était pas allé de main morte en novembre 2008. Devant Ben Ali himself, il s’était fâché tout rouge : « Le jugement que le FMI porte sur la politique tunisienne est très positif. C’est un exemple à suivre. » Jusqu’à la fin, la critique fut sévère. Le 9 janvier dernier, le Frédéric Mitterrand de la Culture fulminait : « Dire que la Tunisie est une dictature univoque semble tout à fait exagéré. »

Allez, bien sûr, depuis la chute du dictateur, ils ont tous fait amende honorable. Chacun y va de son couplet laudateur à l’endroit des courageux martyrs de la révolution de jasmin, histoire se placer au mieux auprès du nouveau gouvernement tunisien. Et ça a déja commencé ! Tenez, par exemple, Hakim El Karoui. On appréciera le pragmatisme de ce Franco-Tunisien, directeur de la banque Rothschild, ancien conseiller technique de Jean-Pierre Raffarin et du ministre des Finances Thierry Breton. El Karoui a conseillé Ben Ali lui-même, les jours précédant son départ et ne cachait pas ses amitiés avec l’homme d’affaires Marouane Mabrouck, patron d’Orange-Tunisie et mari de Cyrine Ben Ali, une des filles du chef d’État déchu. Or depuis, El Karoui cherche à se démarquer de ses anciennes accointances et a assuré le sauvetage médiatique de l’actuel Premier ministre Ghannouchi. Tout laisse à penser qu’il est à l’origine de la nomination au gouvernement de transition nationale de trois loups franco-tunisiens de la finance. Surnommé « l’ambassadeur bis », Hosni Djemmali a lui aussi très vite fait oublier sa coupable proximité avec la dictature. Ex-journaliste, Djemmali contrôle tout un pan de l’hôtellerie de luxe et demeure un intime de la famille Debré et de Guillaume Sarkozy. On peut donc se réjouir d’avance : les suites présidentielles seront prêtes pour accueillir tous les « nouveaux » amis du peuple tunisien.



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