CQFD

La France aide au développement

Matraque sans frontières


paru dans CQFD n°86 (février 2011), par Daniel Gaillard, illustré par
mis en ligne le 21/02/2011 - commentaires

Michèle Alliot-Marie a déclenché un tollé en proposant à Ben Ali le « savoir-faire » répressif national en pleine révolte populaire. Pourtant, il y a longtemps que le maintien de l’ordre à la française, sévices compris, est fort apprécié des dictateurs…

par Rémi« Nous proposons que le savoir-faire, qui est reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type », déclarait la ministre des Affaires étrangères le 11 janvier dernier devant l’Assemblée nationale. Et MAM de se faire donc l’énième porte-parole d’une tradition bien française, à moins qu’il ne s’agisse d’une super-ruse diplomatique comme on a pu le lire ici ou là : en continuant à soutenir Ben Ali, le gouvernement a participé à renforcer la crédibilité de l’opposition (sic). Les choses sont assurément moins complexes. Ainsi, le Service de coopération technique international de police (SCTIP) a été créé en 1961 par le général De Gaulle pour former les flics des pays décolonisés. Présent en Tunisie depuis 1971, le SCTIP, devenu la Direction de la coopération internationale (DCI) en septembre 2010, a notamment pour mission « des activités de conseil et de formation » auprès des polices locales. Cinquante ans après la décolonisation, on pourrait penser que ces pratiques soient plus officieuses, laissées à des sociétés militaires privées par exemple. Que nenni ! Ce que rappelait, en 2005, le ministre de l’Intérieur de l’époque (un nain hargneux) : « La coopération technique avec les polices et gendarmeries étrangères, dont l’un des volets est celui de la formation, reste d’actualité. »

Et le SCTIP revendique fièrement ses missions, dont on peut prendre connaissance sur le site du ministère de l’Intérieur : « Son action s’est orientée vers la recherche d’un réel partenariat, ce qui a favorisé l’émergence d’une coopération d’échanges tant technique qu’opérationnelle. » C’est-à-dire un échange de bons procédés avec les polices russe, chinoise ou libyenne, bien connues pour leur respect inconditionnel des droits de l’homme. L’internationale de la matraque a de beaux jours devant elle. Heureusement la France n’exporte pas que son savoir-faire. Les Rapports annuels au Parlement sur les ventes d’armes nous apprennent que, depuis 2005, les nobles représentants du complexe militaro-industriel à la française ont aussi vendu au régime de Ben Ali pour plus d’une quarantaine de millions d’euros de matériel électronique servant à surveiller tout ce qui passe sur les ondes et à brouiller tout ce qu’on refuse de laisser passer. Ces systèmes ont été tellement efficaces qu’ils ont rendu la diplomatie française aveugle, sourde et muette face à la colère du peuple tunisien. À l’évidence elle aura été plus sensible au désarroi de la police avec laquelle elle était en ligne directe.

Celui qu’elle a sûrement écouté, c’est Kamel Morjane, le ministre des Affaires étrangères tunisien et cousin par alliance de Ben Ali. Le 7 janvier, ce brave diplomate est venu faire une discrète visite à son homologue française. D’après le site du gouvernement, il serait juste passé faire un petit coucou à MAM et « aborder l’ensemble des sujets qui ont trait à notre relation bilatérale et aux enjeux régionaux ». Mais certains esprits chafouins pourraient penser qu’en pleine débâcle du pouvoir tunisien, il aurait pu demander un soutien de la France pour mater la rébellion et éteindre le feu. Ce qui expliquerait la tentative de notre passionaria de la répression d’envoyer des experts calmer les ardeurs démocratiques des Tunisiens. Mais faudrait vraiment avoir l’esprit tordu pour faire ce genre de déduction.

D’autant que le 12 janvier, le gouvernement a autorisé la livraison aux flics tunisiens de plusieurs palettes de grenades lacrymogènes et autres matériels nécessaires au maintien de l’ordre public. La cargaison, pourtant dûment certifiée, a été bloquée par les services des douanes le 14 janvier, lesquels ont fait preuve d’un zèle « vérificatoire » pouvant s’apparenter, avec le recul, à un sursaut d’humanité.

Décidément sur tous les fronts, MAM a rendu hommage, le 22 janvier, aux « caractéristiques de démocratie et de tolérance » de l’État égyptien. À cette date, l’intervention des forces de sécurité égyptiennes avait déjà causé une vingtaine de morts. Mais cela aurait sans doute pu être pire sans, une fois de plus, l’expertise sécuritaire française. D’après une annonce de l’ambassade de France au Caire, révélée par le site Rue89, le ministre de l’Intérieur avait envoyé, dès octobre 2010, deux officiers français pour former la police égyptienne à la « gestion des foules et des grands évènements ». Décidément dans tous les bons coups, not’ bleusaille…



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Par Daniel Gaillard


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